montagne de verre, langue d'Oc et ville rose
Henri Troyat est mort, pourra-t-on réécrire "la neige en deuil" ? A voir celle qui enveloppe l'Ossau je ne crois pas. Pour une fois que "Jean-Pierre" ne se voile pas à ses intrépides montagnards (coquetterie des grands sommets ?), la vue necessitait certes des lunettes noires, mais pas pour cacher le deuil. En raquettes on peut "racketter" un des plus beaux endroits de la planète, en attendant le texte qui accompagnera ces jeux d'ombres et de lumières (il est arrivé, voir un peu + bas...). Même les avions jouent à cache cache avec les monuments (le dôme de l'Hôtel Dieu dans la ville "rause"). Le linge pend au vent d'Autan qui carresse les terrasses des capitoules. La langue d'Oc résonne et l'ail sort des fenêtres dominicales en effluves salvatrices. Le bonheur est dans le Midi, pas dans le pré !

La neige en deuil ressuscite l’homme
Serait-il possible d’être amoureux d’une montagne ? A voir le ciel océan sur cette neige camouflant la roche de sa blancheur immaculée, entre deux reprises de souffle sur la pente, oui. La montagne est une maîtresse femme qui annonce la couleur dès le départ : elle nous fait entendre qu’on va pouvoir en vivre, mais qu’elle peut aussi faire mourir. Matador fière et fidèle, de ses dents aiguisées elle se dresse, en appelant d’un sourire qui parfois se transforme en scie carnassière. La mangeuse d’hommes découpe le cœur et le corps de ses braves amants. Une pente religieuse... On y découvre alors la plus secrète des confidences. Celle du cœur de l’homme qui laisse entrevoir aussi son âme. Il peut s’y perdre, comme dans les draps d’une femme qui ne sait plus comment retenir le plaisir de celui qui la recouvre de ses vagues de désir. Marcher en montagne est un acte d’amour que seul celui qui sait donner peut recevoir. Ce plaisir est parfois solitaire, onanisme rocheux d’une solitude recherchée et éprouvée. Elle n’est pas une fin en soi. Le plaisir de la montagne ne prend sa véritable signification que partagé avec l’autre. L’ami, le frère, le confident qui éprouve lui aussi le miel de la rencontre, et l'essoufflement. Nul besoin d’être proche pour sentir le cœur battre la chamade. L’énergie seule fait vibrer les cœurs hors d'haleine.
Alors la maîtresse femme, la montagne fière et fidèle peut donner, en des instants très rares, le premier mot d’un vers. Ce premier mot est ‘amour’. Le dernier : ‘reviens’. Entre les deux, ni toujours, ni jamais. Mais un espace où le temps suspend sa course, dans un appel à la reconnaissance mutuelle. L’accord est parfait. L’échange sublime. La redescente se fait caresse, et renaissance.

« Les deux maisons » En ossalois, "Beost" signifie « les deux maisons ». Le château (abbaye laïque du XIIè siècle), et l’église. 
J’entre dans la seconde et reste muet. Pas de paroles dans ce récit. Juste l’œil qui se rince du bain salvateur d’une lumière de fin de journée qui lèche la pierre. Le jaune paille et le vert de gris. Les vitraux jouent aussi au carnaval des couleurs sur les piliers froids. Ni Venise ni Dunkerque. Pas plus Rio ou Nice.
Juste « Beost ». Deux maisons pour deux yeux qui n’en croient pas leur vue.
Et la lumière fut… Qu’elle soit, pour toujours.




Quand j’s’rai grand, je serai un aviateur...
Airbus va mal. On le sait, on l’entend. Dans la ville « rause », à l’heure du déjeuner dominical, une tour de capitoul accueille un drôle de pique-nique. Le moscatel et le pâté coule dans la gorge et pique un peu. Des fenêtres ouvertes, une odeur d’ail sort en effluves régénératrices. La Navarre n’est pas loin, l’Aragon pousse sa corne. La Garonne parle la langue d’Oc. C’est alors que l’aéroplane approche de sa piste où il déversera ses étonnants voyageurs. Qui sont –ils ? D’ici on ne sait point. Boîte de conserve transportant ses sardines, sont-ils rouges tomates d’un séjour au soleil d’Afrique ? Ou pâles travailleurs revenant au port d’attache ? L’imagination sort son train d’atterrissage…
L’aéroplane croise alors, dans une curieuse perspective, la croix de celui qui dans son Ascension a tout attiré à lui. L’avion est probablement d’Airbus. Le moscatel est d’Espagne. Le pâté est aux cèpes. L’ail du comté tolosan. La croix du pays d’Oc. Le couteau de Nontron, ou de Suisse. La rue, Malcousina (qui signifie « mauvais cousin »). Les draps blancs caressent la brique rose. Le dôme est l’Hôtel Dieu.
Dieu ? Il joue de la guitare espagnole en crachant son haleine qui sent l’ail et le chorizo.
Voir, sentir, entendre, toucher, goûter. Tous les sens sont en alertes. C’est dimanche. Le jour du « seigneur », où les seigneurs aussi se reposent…




sur le fil du temps, la pensée du jour
"A force de mourir et de n'en dire rien, vous avez fait jallir, un jour, sans y penser, un grand pommier en fleur au milieur de l'hiver"
Jules Supervielle


le bruit et l'odeur
jouir des mots
Une fois n’est pas coutume, et après le texte de Jeanne Chérhal il y a quelques mois, voici, exhumé d’une petite caisse en bois qui me sert de bibliothèque, un morceau choisi de Gérard Farasse, dans Belles de Cadix, et d’ailleurs ; aux éditions « Le Temps qu’il fait » (sise à Cognac).
« La belle ténébreuse qui demande du feu au passant enveloppe sa main, d’un geste impérieux et tendre, pour rapprocher le briquet de la cigarette. Le reflet de la flamme rend ses yeux plus clairs qu’il n’est naturel ; puis la dame à la cigarette se dissipe en fumée odorante. Cette troublante apparition n’est pourtant pas un fantôme : le passant éprouve encore sur sa peau la pression chaude et autoritaire de sa main. Son émotion - elle lui a fait sauter le cœur – continue à couver comme une braise tandis qu’il cherche des yeux un point rouge qui s’éloigne ».

(photo David Lerouge)
« La fermière au visage rose se penche, souriante, pour plonger sa pinte dans le lait chaud et crémeux, révélant un gorge gonflée, opulente. L’enfant détourne les yeux vers la fenêtre bleue que voilent quelques nuages. Le lait tombe en cascade avec un bruit qui résonne dans le bidon de fer blanc. Une odeur nauséeuse emplit la pièce. Pour éviter tout contact avec la peau laiteuse de la fermière, l’enfant dépose sa monnaie sur la table et s’enfuit. Il aspire l’air du dehors à pleins poumons. « Alors, tu ne bois pas ton lait ? » lui dit sa mère. Elle ne comprends pas sa répugnance ».
« Au retour de l’école, l’enfant marche dans les monceaux de feuilles mortes pour le plaisir de les entendre craquer et de respirer l’odeur puissante de pourriture végétale, sans savoir que tous ses automnes à venir en seront à jamais imprégnés. Passé maître dans l’art de traîner les pieds, il dirige des concerts de fracas qui ont le pouvoir de faire disparaître le terrible maître à soutane et à férule, le cœur ânonnant des écoliers, les lettres de l’abécédaire mystérieux. Un sous-bois doré de conte s’ouvre en pleine ville. Et, tout au fond de la perspective de l’avenue crépusculaire, une lueur rose en forme de goutte d’eau s’allume ».
ora et labora, et surtout bla-bla-bla
tranches de vie, tronche de cake
Il n’y a pas qu’une candidate aux élections présidentielles pour se livrer à quelques mots fabuleux dont nous avons tous le secret. L’homo ruga, l’homme de la rue, est là pour nous donner quelques tranches de vie qui nous sortent de la « peinartitude » dans laquelle on se vautre, hélas, trop souvent. Récit de choses vues et entendues ces derniers temps, dans différentes villes…
Chez un marchand de tabac dans le 13è arrondissement de Paris (qui vend aussi des tickets RATP) : la dame âgée : donnez-moi un carnet de bus.
Le patron : mais ça fait dix bus ça madame ! comment allez-vous les emporter ? La dame âgée : c’est pas parce que je suis vieille que tu dois te foutre de ma gueule ! (visiblement ils se connaissent depuis longtemps vu le haut degré d’intimité dans le vocabulaire…).
Moi, derrière, je jubile en silence… Pas pour longtemps.
Le patron : et pour vous, ce sera quoi ? Une demi-douzaine de rames de métro ?
Moi : euh… non, non… un timbre amende pour un PV de stationnement… (penaud).
Le patron : encore un futur gagnant à l’euro millions !
Moi : je vous dispense de vos commentaires devant tout le monde ! (je n’ai pas le même degré d’intimité que la vieille, et faire un chèque à l’ordre du Trésor Public ne m’a jamais amusé).
La dame âgée (qui n’est pas encore repartie, elle met du temps pour ranger les bus dans son cabas…) : ah non ! Ici, ce n’est pas tout le monde ! Ici, vous êtes rue de Tolbiac monsieur !
Je ne dis plus rien, assommé littéralement par les autobus de la RATP, le Trésor Public, et la gouaille rassurante de ces deux acteurs malgré eux.
Dimanche matin, place du Vieux Marché, à Rouen. Une petite fille fait un caprice au bras de sa mère, plutôt bon chic bon genre, mais gênée par le mini scandale de sa mini môme :
La maman : ah non Alice ! Je t’avais dit c’est soit le tour de manège, soit la friandise dans la boulangerie ! (le choix du prénom est un indicateur sociologique précieux pour la remarque sur le bécébégisme de la maman, au demeurant fort jolie et dans la pleine fleur de ses quarante ans).
Alice : mais… puisque j’ai eu le mickey ?! Je peux avoir les deux ! (les enfants sont formidables).
La maman : ne sois pas bête, ça n’a rien à voir ! Et là, on va à la boulangerie, et on achètera que du pain !
Je souris intérieurement. Du pain, et des jeux ! La petite Alice avait trouvé le vieux ressort, du haut de ses 5 ans… César – maman a rendu son verdict : c’est non…
Ce n’est pas pour rien qu’il y a six siècles on a brûlé Jeanne d’Arc sur cette place !
Un peu plus tard, dans un grand marché de la place St Marc :
Un marchand de pommes très « couleur local », et sentant fort le calva, devise sur la météo, « on a pas eu d’hiver » etc. etc. Benoîtement j’embraye en lui demandant si ça fleurit dans la campagne (histoire de montrer que je m’intéresse malgré mon côté citadin…).
Le marchand de pommes : ah oui ! et plus que ça, les bourgeons même ! Il va falloir qu’on traite comme si on était en mai ! Avec du … ??? (un produit bizarre dont je ne retiens pas le nom).
Moi : ah bon ? (étonnement gênée, j’essaie de ne pas perdre la face) Mais… ce n’est pas trop polluant ?
Le marchand de pommes : nooonnn… ! Ca s’rait pas autorisé ! Mais en revanche les lapins, ils aiment pas !
Moi (étonnement) : ah bon, et comment vous le savez, ils vous l’on dit ? (limite insolent…)
Le marchand de pommes : ben non pardi ! Mais depuis que j’en ai mis, ils ne reviennent plus ! C’est quand même un signe qu’ils doivent trouver ça amère !
Y a plus de saison ! Et les lapins n'aiment pas les produits chimiques ! Tout fout le camp, vivement les élections... Je paie mes pommes. Ce sont des « bénédictins ». Comme pour illustrer le vieux proverbe : "les racines de la littérature sont amères, mais que les fruits sont doux !"
(à suivre…)

ligue des alcooliques anonymes
alcool désertique
Le curé de la paroisse où je me suis rendu à la messe ce dimanche a prêché sur le texte très convenu des « tentations du Christ au désert ».
« Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ». Ce que le texte ne dit pas, mais qui est sous-entendu, c’est qu’il dut aussi avoir soif… On ne saurait mieux comprendre cet état de manque physique, lié aux conditions arides du désert, et à la solitude qu’on peut ressentir après quarante jours dans ces conditions.
Comme le calendrier liturgique nous y invitait, nous étions le premier dimanche de carême, période bénie entre toutes les périodes pour réactiver les bonnes intentions et résolutions à tenir. Traditionnellement, on parle de « privations ». Elles sont censées nous rapprocher de Dieu. Je passe sur le bien fondé de ces arguments de riches, qui généralement ne manquent de rien (en apparence), invitant la masse de ceux dont certains manquent de tout à se priver encore, dans une sorte de spiritualité désertique bien à eux. Je doute que Dieu voit cela d’un bon œil, à moins qu’il ne soit borgne…
Le prédicateur, au demeurant fort sympathique, invita les fidèles présents à se « priver d’alcool pendant ce carême ». Il appuya cette invitation sur une observation sociétale très actuelle : la forte consommation d’alcool chez les jeunes est très préoccupante. C’est vrai, et il prouve ainsi qu’il avait lu la presse ces trente derniers jours. Constat : en soirée, qu’elles soient privées ou dans les grandes écoles (les « futurs élites et dirigeants de notre pays » ajouta-t-il), « les jeunes ne peuvent vivre la fête sans consommer l’alcool dans l’excès, parfois jusqu’au coma éthylique, allant même, pour les plus jeunes, jusqu’à cacher des bouteilles dans les buissons pour boire quand même dans les soirées où les parents, très présents, interdisent l’alcool ».
Je passe sur la réaction émotive palpable et bon chic bon genre de l’assemblée, qui semblait découvrir un phénomène vieux comme le monde, hélas. Les fêtes dionysiaques, ça ne date pas d’aujourd’hui, et si on a le courage de se rappeler l’adolescent ou l’étudiant qu’on a été, on voit très vite de quoi il s’agit. Je m’étonne qu’on s’en émeuve seulement aujourd’hui. Quittons le sarcasme pour livrer quelques réflexions, que je soumets à votre sagacité.
Je reste perplexe, permettez-moi de le dire, quant au lien que je ne perçois pas entre la privation d’alcool par des adultes présents sur les bancs de cette église aujourd’hui, et l’alcoolisation des adolescents dans les soirées (bien tranquillement dans leurs lits à l’heure de la messe). Où est le lien ? Et quel est-il ? Et comment le faire ? Il y a comme qui dirait un « chaînon manquant ». Comment l’exemplarité prônée dans un sens se répercutera-t-elle vis à vis des autres ? Ca, l’homélie du bon père ne le dit pas, et c’est dommage, car c’est là, je crois, le véritable enjeu.
En effet, l’enjeu n’est pas dans la seule dénonciation d’un phénomène de société qui atteint les classes juvéniles et les classes adultes, même si le passage par la reconnaissance du phénomène est importante, mais insuffisante. L’enjeu n’est pas non plus dans le conseil de privation d’alcool pendant le carême, « sauf le dimanche car le dimanche ce n’est pas le carême ». On sourit à l’évocation de cette trêve qui profitera aux bougnats des bistrots restés ouverts le dimanche !
L’enjeu est beaucoup plus profond, puisqu’il est en amont : pourquoi les jeunes ont-ils besoin de l’ivresse pour exister en soirée, se désinhiber, se sentir plus forts, chasser les angoisses ?
Et la question se pose aussi pour l’adulte : pourquoi ressent-on parfois le besoin d’un petit verre de whisky en rentrant du boulot, les pieds sur la table basse du salon, à la lumière d’un lampadaire Ikéa ?
La réponse, chacun la connaît, ou la suppose : pour chasser les angoisses, une solitude, qu’elle soit physique ou morale, affective ou psychologique. Aucun milieu n’est épargné, même les plus équilibrés.
Pourquoi pour les jeunes, évoluant dans un milieu dit « porteur » (famille unie, sans problèmes sociaux, couples en apparence heureux, enfants gâtés etc.), l’alcool est un palliatif et un allié qui rend « plus fort » ?
Dans le film Un singe en hiver, tiré du roman d’Antoine Blondin, Gabin dit à Belmondo (dialogues de Michel Audiard) : « c’est pas l’alcool qui me manquait le plus, c’était l’ivresse ». On ne saurait mieux dire.
L’ivresse pour combattre la solitude, l’angoisse, l’ennui, les cœurs secs ou fanés. L’ivresse des grandes profondeurs qui mènent à d’autres angoisses : celle du désert, informe et vide, que nous aurions besoin de remplir d’affection, d’amitié et surtout d’amour. D’estime et d’attentions.
C’est beaucoup plus dur que de se priver bourgeoisement de l’apéro pendant le « carême », qui, lui, finira bien un jour.
Et c’est sans doute à cela que le Christ invite, dans cette quarantaine. Voire plus si affinités…
rentrée scolaire, école buissonière !
en saignant
Il n’est jamais facile de débuter. Nul part. L’apprenti, le nouveau, le « bleu », le débutant possède l’angoisse et l’excitation particulières des débuts, pareil à une jeune vierge effarouchée par son premier amant. Il en possède aussi la grâce, et parfois, selon sa maturité, la confiance de ceux qui se savent faillibles, mais ne le montrent pas. Seule la force tranquille de ceux qui marchent sur le bord du toit avec les colombes transparaît, avec renfort de mise en scène.
Enseigner a des points commun avec la comedia del arte : il y a une part de jeu, du haut d'un savoir censé être acquis et possédé par le professeur. Drame et tragi-comédie. Comédie aussi parfois. Lyrisme, de temps en temps. A ceci près qu’aujourd’hui, ce dernier ne prêche pas du haut des planches (l’estrade a disparue), mais au pied… du tableau. A niveau. Sur le sol d’une classe qui bien souvent n’en voit que son dos, en donnant le ‘la.’
J’ai donc joué au professeur, durant dix jours, sans rien montrer de mon inexpérience. Il n’y a pas usurpation ! Il me suffisait juste de changer de registre, hormis un seul : le principe de bienveillance vis à vis d’un public tantôt demandeur, souvent lassé, alternativement agité ou endormi. Trouver le ton juste, asseoir son autorité (« no smile before holidays », comme disent les anglo-saxons), ne pas se tromper de feuilles, naviguer parfois à vu, mais à l’allure d’un paquebot qui refuse de tirer des bords sous les vagues de l’ignorance ou de la peur.
Tout ceci nécessite du travail, scolaire ça va sans dire, mais aussi du travail sur soi. En saignant sur lui même, l’enseignant apprend de ceux qu’il est censé édifier. Etre et avoir, être soit même, surtout.
L’avenir est-il là ? La question reste ouverte.
Et vous pouvez utiliser autant de feuilles de brouillon que vous souhaitez…
no atomic bomb !
"Le jour d'après" est légèrement en sommeil ces temps ci, ne vous inquiétez pas, l'auteur n'est pas mis en boîte avec l'abbé Pierre (cf dernier article), mais les temps sont agités et plein de changements ! Bientôt de nouvelles photos et quelques commentaires bien placés.
Merci de votre fidélité, le mois dernier (janvier) vous avez été plus de 1600 visiteurs uniques et cumulés, pour un total de 5000 pages lues. Bravo, courage, merci !
Fred Sabourin, "Le jour d'après..."


nécrologie
sans toi…
Tout autre commentaire peut sembler superflue. On peut néanmoins trouver ces propos excessifs, un brin pessimistes, à moins qu’ils ne soient réalistes. Ils ne manquent pourtant pas d’espoirs ni de rêves, car ils sont nécessaires à la vie. Ils ressemblent en tout cas à celui qui les a écris, et proclamés toute son existence.
Comme pour un sujet d’examen ou un médicament, lire la « notice » jusqu’à la dernière ligne.
(…) ils désespèrent, les hommes, parce qu’ils sont de moins en moins utiles : la robotisation à l’échelle mondiale a détruit l’équilibre plus que millénaire qui était assuré par le travail. A quoi vont-ils servir demain ? Il va bien falloir qu’ils trouvent d’autres raisons d’être que « produire, manger, dormir ». Il va bien falloir que, même dans le chaos, ils inventent une autre manière de vivre. Ils y réussiront, j’ai confiance.
Tout cela fait un homme nouveau.
Une partie de l’humanité ira au désert, on verra se créer des communautés qui voudront vivre dans la pauvreté évangélique ; une autre partie vivra de la drogue et de commerces meurtriers. Quant à la multitude, elle sera ballottée entre les moines et les trafiquants. Elle devra s’inventer des tâches nouvelles, créer sa culture originale. Ca ne sera pas du tout cuit. Et peut-être qu’au bout du compte, l’histoire humaine se révélera n’avoir été, au travers de toutes ces contradictions et détours, que la marche de l’homme vers la reconnaissance de ce qu’il est : plus qu’un individu, une personne, c’est-à-dire, en chacun, signe de plus que lui même.
Si je peux transmettre une certitude à ceux qui vont mener la lutte pour mettre plus d’humanité en tout, c’est – décidément, je ne peux pas écrire autre chose - : « La vie, c’est apprendre à aimer ».
Henri Grouès, Abbé Pierre, Testament , 1994.
voir la mer, car elle est gratuite...
« vagues à l’âme, vagues dans l’âme »

Parfois des résistances peuvent tomber, comme le fracas de ces vagues sur une jetée, sur les rochers, brisant du même coup les incertitudes d’un quotidien devenu banal, hélas. Pour se changer les idées et s’aérer la tête, au milieu de semaines à chercher une activité et un toit pour se loger, j’ai poussé mes godasses vers le pays de Caux, et plus exactement vers « Veule les Roses ». Nom de village de bord de mer évocateur d’un certain romantisme, et d’ailleurs la présence de nombreux franciliens en témoigne : ici, on est mieux que « là bas ». Le vent soulève des gerbes d’eau qui, s’écrasant sur le ponton, font écumer de rage la mer déchaînée. Le ciel lui aussi joue un concerto pour cœur de pluie, de grêle, et de carrés bleus : l’accalmie n’est jamais loin…
Marcher au bord des falaises jusqu’à St Valéry puis revenir. Affronter le vent dans un sens et se sentir poussé dans l’autre. Retenir son souffle lorsqu’on regarde le vide, abîme où s’écrasent les vagues, soixante mètres plus bas.
Puis revenir à la source, par Etretat, où le temps creuse son aiguille qui renferme bien des secrets.
Le thé brûlant est le bienvenu, au pied du feu réconfortant, dans le calme de la maisonnée retrouvée avec bonheur.
Les vagues sont toujours dans l’âme, mais d’avoir écumées elles semblent d’un coup plus facile à porter. Jusqu'au jour où, peut-être…







lecture suivie, pour le goût des autres
"Tomber sept fois, se relever huit"
Je viens d’achever la lecture du récit de Philippe Labro, Tomber sept fois, se relever huit, où le journaliste écrivain cinéaste raconte comme personne sa lente, mais sûre, descente en dépression, et sa lente, et sûre aussi, remontée des abîmes vers le haut.
J’avoue que j’entrais dans la lecture avec des aérofreins. Une histoire de dépression, diable ! Le triptyque " octobre - novembre – décembre" est suffisamment gris comme ça pour en rajouter. Et puis de plus, que peut-on avoir en commun avec Philippe Labro ? Lui l’homme de lettre, de médias, de cinéma, le " nanti ", le célèbre… Qu’est-ce que son récit peut bien nous apporter, à nous les " petits ", les besogneux, les solitaires… ?
Et puis un ami m’a dit : " si, si, prends-le, tu verras, c’est tout ce qu’il faut parfois ". " Ah bon ", dis-je. Puis une autre amie, me voyant lire ce livre avec un brin de résistance, m’a dit : "lis-le, mais va jusqu’au bout ". Re : " ah bon ".
Quelques heures de RER, et l’attente interminable qui va avec, cette semaine, m’auront permis de passer du temps avec Labro donc. Il s'est assis à côté de moi en quelque sorte...
Je crois que j’ai bien fait, même si sa thérapie à coup de psychotropes me fait froid dans le dos. Il a pris plusieurs traitements, qui n’ont dans un premier temps provoqués que des effets indésirables, pour enfin trouver la bonne molécule capable de le sortir de sa torpeur. Mais en lisant de plus près, on se rend compte que c’est surtout l’amour de sa femme et de ses enfants, l’amitié de quelques amis qui ont préférer dire " je vais t’aider " plutôt que " accroche-toi, tiens le coup ", qui lui ont redonné le goût, d’abord d’une tartine de confiture, et par extension du reste de la journée.
C’est peut-être ça le secret du sauvetage. Accepter l’amour humain présent près de nous, sentir les palpitations du cœur des autres, le souffle vivant des amis près de soi, pour retrouver le goût des autres, en retrouvant le goût de soi. La clé peut résider, je crois, dans l’acceptation de ne plus avoir peur de soi. Ni du reste. La confiance, l’assurance reviennent alors, et on est à nouveau capables d’avancer. Bien sûr, rien n’est définitivement gagné, et le spectre noir de l’Inquiétude (je reprend les termes de Labro) rôde toujours, prêt à s’abattre de nouveau sur la carcasse qui commettrait un faux pas. Mais il règne un je ne sais quoi d'une assurance nouvelle qui fait vibrer.
Le haïku japonais dit : " telle est la vie. Tomber sept fois, se relever huit ". Des visages, des figures, des rencontres gratuites et des cœurs ouverts, autant que les oreilles et les bras, parfois. Des retrouvailles avec des gens un peu éloignés. De nouvelles rencontres avec des inconnus, mais qui nous ont été conseillées. Avec courage, on les appelle. Et rien n'est plus comme avant.
Le poète a raison de dire " un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ", mais Labro a lui aussi raison, à sa manière, de nous dire : " tu apprendras d’elle ". Apprendre de ses faiblesses, après les avoir reconnues, nommées par leur nom, et remonter, peu à peu, à la surface.
Si la vie est un chemin, il est toujours en pente.



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