l'evenement
Fred India News, number 2
Apres avoir connu des aventures du cote de Bangalore, notamment la tres riche rencontre d'un foyer de Salesiens de Don Bosco qui s'occupe des enfants des rues (entre 7 et 18 ans : ca bouge...!), me voici parti du cote de Pondichery, ancien comptoir francais du temps "des Indes"...

Pondichery, Km "0". Ayant enfin trouve le bout de la route (la suite c'est le golfe de Bengale. 25 degres dans l'eau, au bas mot), arriverai-je a trouve le bout de moi meme ? Plus j'avance dans ce periple en Inde, plus je m'appercois qu'elle ne cesse de fasciner, d'attirer, de seduire celui qui veut bien abandonner sa souverainete europeenne (continent mourrant s'il en est), devant tant de vitalite. Pourtant, a "Pondi", les references francaises ne manquent pas : nom des rues, batiments publics (on dit ici : "l'hotel de ville"), kepis pour les policiers, restaurants aux noms evocateurs comme "chez Madame..." ou "Rendez-vous", et meme quelques autochtones parlant francais. On s'y croirait donc. Une ville a l'architecture delicieusement coloniale, version desuete, mais a la vitalite O combien 200% indienne !

Ici j'y ai retrouve un copain connu au seminaire, dans l'autre vie, missionnaire a Singapoure mais a Pondi pour deux ans afin d'apprendre le Tamoul. J'ai essaye ce matin, a la faculte de Pondichery, ma premiere et probablement unique lecon de cette langue. Ca payait, surtout parce que les eleves sont... 4 : le missionnaire Bruno donc et... 3 etudiantes americaines ici pour trois mois. Americaines pur jus... A leur accent si caracteristique, je les aurai reconnue a 5000 pieds.
Et puis ici, en 2004, on a subit le Tsunami (rappelez vous, vous avez tous donne 1 euro pour le Tsunami, ce qui represente ici environ 57 roupies, soit... une journee de salaire pour 400 millions d'Indiens...). Il reste des traces, mais surtout des maisons reconstruites, notamment avec l'aide d'un pretre indien qui trouve le pognon la ou il se trouve : dans la poche des occidentaux, pour lesquels 1 euro, c'est bien connu, n'est rien.

Et puis les gosses, toujours les gosses, photogeniques comme c'est pas permis, qu'ils soient pris sur le vif (rare) ou qu'ils prennent la pose, avant de vouloir se regarder dans le petit ecran de controle des appareils numeriques... Je ne sais pas si la misere est moins penible au soleil (en verite je ne crois pas), mais l'Inde apprivoise peu a peu le visiteur que je suis, grace notamment au sourire eclatant de ces gosses attachants au possible. Meme si ce matin, pour la premiere fois depuis 12 jours, j'ai rale contre le fucking systeme de bus et leurs indications de merde qui me font perdre 30 mn a chaque fois que je dois en prendre un... Mais c'est promis, je vais essayer de faire comme les gens d'ici : retrouver la patience, et la garder. Pour ca, rien de mieux que le Yoga, que je vais tester a Mysore (prenez un atlas) des dimanche prochain, dans un ashram chretien (si, si, ca existe !!!).

a suivre donc, now or in another day... On the road again...



le jour d'après revient...
Après quelques marches régénératrices dans les Pyrénées, les carnets de Fred Sabourin vont être de nouveau alimentés de textes et photos, et ce dès le 17 ou 18 août… Patience donc, merci pour votre visite, amitié et… fidélité !
Fred Sabourin, « quelques jours après… »
chronique du temps qui passe... vite !
attends, deux secondes ! 
On ne se rend pas compte à quel point on a gagné du temps depuis quelques temps. Gain de temps, dans tous les domaines : des transports aux communications en passant par le temps de travail, grignoté pour qu’il laisse plus de place aux loisirs, jusqu’au camping ! Oui j’ai bien dit « camping ». Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais une grande firme de vêtements et matériel de sport (logo bleu sur fond blanc…) a créé la tente « deux secondes ». Deux secondes ! On prend la tente, on la jette en l’air, et elle retombe… montée, prête à servir ! C’est dingue ! Vous en aviez rêvé, ils l’ont fait ! Il n’y a plus qu’à enfoncer les traditionnelles sardines, soit environ 15 secondes en fonction de la nature du sol. Et ces petites merveilles font fureur ! Pour 45 euros environ, et sans doute moins pendant la période des soldes, vous pouvez acquérir une « deux secondes ». Fini l’énervement des tentes montées à la va-vite sous le vent ou l’averse. Fini les ficelles qui s’emmêlent. Fini ce qui faisait peut-être aussi le charme du camping : le choix de l’emplacement, l’orientation, les discussions et surtout… l’entraide. Car il fallait être deux pour monter une tente, on faisait connaissance, des histoires sentimentales sont nées de cette « étroite » collaboration. D’autres aussi se sont brisées sous l’orage d’une tente mal montée ou d’un sol truffé de racines… Aujourd’hui, il faut toujours être deux pour monter la tente. Mais ce sont simplement des secondes dont on a besoin. Deux pour être plus précis. Et pour le thé, il faut être combien ?
Ce progrès technique libère du « précieux » temps pour le reste. Mais quel reste ? On gagne un temps fou, mais on se plaint toujours d’en manquer…
Alors je pose LA question : une fois la tente montée en si peu de temps, qu’est-ce qu’on fait ?
Réponse : « attends, deux secondes ! »
surf mamie, surf...
Brice… de Parisss ! 
On imagine pas à quel point la mer monte… Jusque dans le bus n° 95 qui passe à la gare Montparnasse. En sortant du TGV, le voyageur prend de nouveau conscience de la chaleur, et de la nécessité d’y remédier. A l’arrêt de bus sur le parvis, un homme passe, portant sous le bras… un surf ! C’est encombrant, un surf, quand on n’est plus allongé dessus du côté de Lacanau ou Hossegor… Le mieux c’est qu’il passe presque inaperçu… Encore provincial aux sens en alerte un instant auparavant, l’usager des transports urbain redevient parisien blasé dès le premier mètre de pavé.
Mon œil s’amuse de ce surfeur de bitume, qui doit faire de nombreux efforts pour faire entrer sa planche dans le bus qui vient d’arriver.
A l’intérieur, il trône fièrement à ses côtés, le teint hâlé de la tribu des glisseur, et la chemise grande ouverte. Ca y est, j’ai deviné : c’est Brice de Parisss, le roi de la glisse !
Je suis « cassé »…
le nombril du monde

« Le nouvel annuaire. Moi. Ma vie. Mes voisins. Mon quartier ». Slogan actuellement sur tous les murs du métro de Paris. Le visuel est explicite : une photo d’un ventre (homme ou femme) sur lequel est tatoué un plan de ville, avec le nombril au milieu. Le communiqué de presse précise : « l’objectif est de montrer que l’individu est au centre du nouvel annuaire. Celui-ci devient un outil qui l’aide à construire son propre monde dont il est le centre. Le nombril comme centre du plan de quartier symbolise la proximité, l’intimité et le lien (…) aider les gens à mieux s’intégrer et s’approprier le lieu dans lequel ils vivent»
Drôle d’époque ! Moi, moi, moi et… mon nombril ! L’individu triomphant, tatoué sur le ventre plat des publicités qui frisent l’obésité, quatre mètres sur trois. L’individu au centre de la vie du quartier, par définition épicentre de la collectivité, du lien social, de l’entraide. Pour quiconque a déjà vécu à Paris ces derniers temps, rien d’étonnant à cette allégorie des temps qui courent. La vie de quartier est en réalité souvent une vie de solitudes, faussement collective lors de « repas de quartiers » où on sort les petits plats, les nappes à carreaux, les chaises et les bouteilles, en oubliant l’hiver. L’été caniculaire de 2003 a rappelé à beaucoup que dans « mon quartier », parmi « mes voisins », certains étaient bien âgés, et surtout bien seuls.
Le nouvel annuaire peut-il devenir un trait d’union ? Ou bien ne restera-t-il qu’une danse du ventre, trop rempli pour les uns, et trop vide pour les autres…
Le nouvel annuaire peut-il être le nombril du monde ? De mon monde…
mais où passe le temps ??
à la bonne heure ! 
Le clocher de la Cathédrale s’est tu. Et pourtant nous ne sommes pas dans cet espace – temps entre le soir de la Cène et le tombeau ouvert : les cloches ne sont pas à Rome ! Elles sont bien là, mais se taisent.
Les cloches sont des personnes, on leur attribue un prénom (féminin, sauf le bourdon…), et il faut parfois les soigner. Leur support de bois, madriers forts et résistants, plient sous l’action du balancement de la fonte sacrée. Au bout d’un siècle, il faut les changer. Aussi, les ouvriers les ont bâillonnées.
Leur fierté est à l’arrêt. Plus de sons, plus de ritournelles, trois coups au quart d’heure, quatre fois trois à l’heure pile. Marteau frappée sur « Marie » la cloche des heures (1,5 tonnes…) en sourdine. Comme un silence sur la partition de la ville.
Et on ne sait plus quelle heure il est ! Dans le paysage sonore de l’urbain plateau, plus de marque du temps. Plus d’appel à la prière des anges, ni à 8 heures, ni à midi, ni à sept heures du soir, clin d’oreille au soleil qui s’en va. De mon bureau sous les arcades du clocher nord, plus de résonances. Je ne sais plus l’heure, et je me perds. Suis-je en retard ? Suis-je en avance ? Où est passé le temps ? « On ne voit plus le temps passer » disent certains. « Le temps fait beaucoup" disent d'autres. Sagesses populaires ressassées pour exprimer notre dégoût et angoisse de la vie déjà partie et dont on ne sait si elle reviendra. « Vienne la nuit, sonne l’heure, ni le temps passé, ni les amours reviennent… ». Sous le clocher de la Cathédrale coule l’heure. Revenez, cloches qui rythmez la vie, la prière et le temps : Pierre et Paul, Marie, Henriette, Caroline et Marguerite. Ainsi les cloches nous disent : à la bonne heure !
il fait dimanche...
Esprit, es-tu là ? 
Dimanche matin. Fête de « Pentecôte ». Dimanche de juin surtout, le premier qui décide de prendre ses quartiers d’été. Raison suffisante pour pousser un peu plus ma bicyclette où le pain et le journal frais sautent sur le porte bagages, en revenant des halles. Je pousse donc jusqu’aux remparts, ce « balcon du sud-ouest », selon le poète. La place Beaulieu est vide… Vraiment vide ! Pas une voiture, pas un piéton, pas un chien qui ne promène son maître : rien ! Pour l’étranger à la ville, ce spectacle n’aurait rien d’un événement. Et pourtant, je vous dit qu’il est très rare de voir cette place vidée de tout artifice de la vie moderne. Je regarde l’ordonnancement des platanes. La rectitude austère des grilles du lycée Guez de Balzac. La verticalité du clocher de St Ausone, qui dépasse comme un iceberg des murs protecteurs de la ville. Le ruban gris de bitume qui s’en va à perte de vue, comme une piste de décollage. Des lignes, graves, dures, fortes, mais aussi la chaleur des arbres qui invitent à la folie. La lumière du matin rend ce lieu encore plus cru. On cherche en vain le « premier homme ». Il se cache. Il se tait. A-t-il peur ?
Par dessus les arbres, juste sous le ciel bleu du peintre, les feuilles bruissent doucement. Le vide n’est pas total : il y a un peu de vent. Alors je me souviens de la fête du jour, et j’interroge : Esprit, es-tu là ? 
le jour d'après... (la chronique)
le bruit de la semaine
J’habite une maison au croisement de deux rues pavées du vieil Angoulême. Quartier cathédrale, mais c’est aussi le quartier des collèges et des lycées. Environ 2500 élèves empruntent chaque jour les étroites rues d’Epernon et Fénelon pour se rendre sur les lieux de leur éducation. Chaque matin, vers 7h45, je sors chercher mon journal dans la boîte aux lettres derrière le mur qui me sépare (protège ?) de ces deux rues. Je n’entends donc que le bruit, je n’ai pas l’image. Mais j’aime ce bruit, ces cris, ces murmures, ces invectives, apostrophes, insultes aussi parfois. Je sens aussi l’odeur de leurs cigarettes grillées nerveusement dès 8h du matin : les « ados » sont souvent le prolongement de ceux que nous avons été…
En fermant les yeux, je sais au bruit particulier quel jour nous sommes, car chacun a une rumeur différente :
Lundi et mardi : c’est calme, chacun monte les rues avec le poids de la semaine à venir, et la fatigue d’un week-end trop chargé. Ils parlent peu, ou tout bas, semblent inquiet. Le collier de l’écolier pèse lourd les lundis et mardis matins.
Mercredi : agité, tendance orageuse. On sent dès le matin que la journée sera plus courte. Deux heures pour les plus chanceux. Midi pour les autres. Mercredi, ce sera le jour où l’après midi se passera au conservatoire pour de la musique, du théâtre ou de la danse, au club sportif, dans une salle de cinéma. Ou bien à rêver en ville, à refaire le monde dans un café autour d’un panaché. Peut-être dans la discrétion à peine déguisée d’un banc du Jardin Vert, pour échanger des serments d’un premier amour lycéen. Mercredi, folle journée !
Jeudi : là c’est du sérieux. On sent au bruit que font les jeunes que c’est LA journée la plus importante de la semaine. Celle des contrôles ou des résultats. Jeudi c’est le jour où le début de la semaine n’est plus qu’un lointain souvenir (on se demande s’il a réellement existé !), mais l’approche du week-end est à portée de main. Jeudi, il y a espoir : on tient le bon bout !
Vendredi : c’est la furie ! Vendredi égal : début du week-end. Projets, départs, prévisions de la fête du samedi soir. Vendredi ça chauffe, vers 17h, on a plus de temps, on traîne sur le rempart, les garçons font des tours de scooter pour impressionner les filles, et les filles font celles qui n’ont rien vu, mais elles jouent le jeu, flattées.
Samedi : à 8 heures, la cloche de la cathédrale est la seule à faire du bruit dans le quartier. Vêtu d’un short et d’un maillot, je sors en trottinant pour mon footing du samedi. Personne ne remonte la rue. Je suis seul à descendre et mes baskets font « clap clap » sur les pavés. C’est un moment privilégié. Celui où tout ce qui était impossible devient possible, poussé par le souvenir de la rumeur des jeunes qui font le plus beau bruit du monde : celui de la vie.
une chronique sur la vie d'aujourd'hui...
Botero… 
Il en va du parfum des roses comme de certaines personnes : on les désire pendant tout l’hiver, et, lorsqu’elles arrivent, on a envie de les garder le plus longtemps possible. Les rosiers de mon jardin ont éclos, et cette naissance est accueilli comme une fin de gestation. La vue et l’odorat sont en fête. Au milieux des différentes variétés, l’une d’entre elles est la reine des reines : on l’appelle la « Botero ». La Botero est la reine des roses, car sa robe est d’un pourpre sombre, presque mystique, et son parfum approche de la perfection, la part des anges... C’est la rose des déclarations d’amour, la rose des anniversaires, la rose des mariages, la rose éternelle, et la rose du Panthéon de la rue Soufflot… Chaque matin apporte son lot d’éclosion par rapport à la veille : de nouvelles têtes naissent, d’autres dépérissent : il faudra bientôt les couper. Un bonheur simple pour nos yeux parfois blasés, pressés, trop occupés à voir l’accessoire, sans ce soucier de ce qui faisait déjà frémir Ronsard.
Depuis février, moment de la taille, ce rosier a été soigné, pansé, préparé avec application. Le sol a été désherbé, préparé lui aussi, pour que rien n’entrave la progression de la fleur et de son parfum. On peut même leur parler, leur dire que l’hiver est fini, qu’elle peuvent enfin donner le meilleur d’elles mêmes, après avoir donné un peu du nôtre.
Et là, dans l’agitation fébrile de ces journées de mai, où, comme le veut la tradition, chacun fait ce qui lui plait, la Botero peut enfin naître, et nous aussi, par la sensualité de nos cinq sens.
Il en va de la « Botero » comme des hommes et des femmes : si on leur donne beaucoup d’affection, leur parfum dégagé nous le rend bien. Il est amour.
une chronique sur la vie d'aujourd'hui... (ça s'appelle "le jour d'après")
y a plus d’saisons !
Scène de la vie ordinaire : mardi matin, une file d’attente dans une banque. Pour une fois que je ne me sers pas de la machine uniforme à distribuer des billets, j’ai bien fait de vouloir rencontrer un être humain au guichet. Derrière moi, une conversation s’engage entre deux personnes « du troisième âge ». J’aurais eu tort de m’en priver :
- Ah tiens, bonjour ! (un silence gêné) Fait pas chaud hein ?
- oui, et encore hier il faisait plus froid, il y avait du vent ! Là ce matin c’est mieux.
- enfin quand même, moins 1 degrés ce matin…
- ah ! c’est avril, c’est chaque année pareil. Y a pu d’saisons ! Dans l’temps, c’était mieux, plus tranché. A Pâques, on avait rangé dans les armoires les pulls et les manteaux ! On allait faire ses Pâques en tenue d’été, les petites filles en robe et les garçons en bermudas… C’était jolie !
- c’était mieux avant…
Je n’entendrai pas la suite de la conversation : elle est coupée par la banquière, qui, d’un large sourire et d’un regard vert profond prend le chèque que je lui tend.
Moi, je ne sais pas si « c’était mieux avant ». En tout cas, là, maintenant, le printemps me plait… Je n’ai ni bermuda ni robe d’été, mais je sent que cette année, je vais apprécier Pâques.
Alléluia !
/image%2F1527809%2F20151022%2Fob_c73004_sab-9651-r.jpg)