l'evenement
no atomic bomb !
"Le jour d'après" est légèrement en sommeil ces temps ci, ne vous inquiétez pas, l'auteur n'est pas mis en boîte avec l'abbé Pierre (cf dernier article), mais les temps sont agités et plein de changements ! Bientôt de nouvelles photos et quelques commentaires bien placés.
Merci de votre fidélité, le mois dernier (janvier) vous avez été plus de 1600 visiteurs uniques et cumulés, pour un total de 5000 pages lues. Bravo, courage, merci !
Fred Sabourin, "Le jour d'après..."


voir la mer, car elle est gratuite...
« vagues à l’âme, vagues dans l’âme »

Parfois des résistances peuvent tomber, comme le fracas de ces vagues sur une jetée, sur les rochers, brisant du même coup les incertitudes d’un quotidien devenu banal, hélas. Pour se changer les idées et s’aérer la tête, au milieu de semaines à chercher une activité et un toit pour se loger, j’ai poussé mes godasses vers le pays de Caux, et plus exactement vers « Veule les Roses ». Nom de village de bord de mer évocateur d’un certain romantisme, et d’ailleurs la présence de nombreux franciliens en témoigne : ici, on est mieux que « là bas ». Le vent soulève des gerbes d’eau qui, s’écrasant sur le ponton, font écumer de rage la mer déchaînée. Le ciel lui aussi joue un concerto pour cœur de pluie, de grêle, et de carrés bleus : l’accalmie n’est jamais loin…
Marcher au bord des falaises jusqu’à St Valéry puis revenir. Affronter le vent dans un sens et se sentir poussé dans l’autre. Retenir son souffle lorsqu’on regarde le vide, abîme où s’écrasent les vagues, soixante mètres plus bas.
Puis revenir à la source, par Etretat, où le temps creuse son aiguille qui renferme bien des secrets.
Le thé brûlant est le bienvenu, au pied du feu réconfortant, dans le calme de la maisonnée retrouvée avec bonheur.
Les vagues sont toujours dans l’âme, mais d’avoir écumées elles semblent d’un coup plus facile à porter. Jusqu'au jour où, peut-être…







lecture suivie, pour le goût des autres
"Tomber sept fois, se relever huit"
Je viens d’achever la lecture du récit de Philippe Labro, Tomber sept fois, se relever huit, où le journaliste écrivain cinéaste raconte comme personne sa lente, mais sûre, descente en dépression, et sa lente, et sûre aussi, remontée des abîmes vers le haut.
J’avoue que j’entrais dans la lecture avec des aérofreins. Une histoire de dépression, diable ! Le triptyque " octobre - novembre – décembre" est suffisamment gris comme ça pour en rajouter. Et puis de plus, que peut-on avoir en commun avec Philippe Labro ? Lui l’homme de lettre, de médias, de cinéma, le " nanti ", le célèbre… Qu’est-ce que son récit peut bien nous apporter, à nous les " petits ", les besogneux, les solitaires… ?
Et puis un ami m’a dit : " si, si, prends-le, tu verras, c’est tout ce qu’il faut parfois ". " Ah bon ", dis-je. Puis une autre amie, me voyant lire ce livre avec un brin de résistance, m’a dit : "lis-le, mais va jusqu’au bout ". Re : " ah bon ".
Quelques heures de RER, et l’attente interminable qui va avec, cette semaine, m’auront permis de passer du temps avec Labro donc. Il s'est assis à côté de moi en quelque sorte...
Je crois que j’ai bien fait, même si sa thérapie à coup de psychotropes me fait froid dans le dos. Il a pris plusieurs traitements, qui n’ont dans un premier temps provoqués que des effets indésirables, pour enfin trouver la bonne molécule capable de le sortir de sa torpeur. Mais en lisant de plus près, on se rend compte que c’est surtout l’amour de sa femme et de ses enfants, l’amitié de quelques amis qui ont préférer dire " je vais t’aider " plutôt que " accroche-toi, tiens le coup ", qui lui ont redonné le goût, d’abord d’une tartine de confiture, et par extension du reste de la journée.
C’est peut-être ça le secret du sauvetage. Accepter l’amour humain présent près de nous, sentir les palpitations du cœur des autres, le souffle vivant des amis près de soi, pour retrouver le goût des autres, en retrouvant le goût de soi. La clé peut résider, je crois, dans l’acceptation de ne plus avoir peur de soi. Ni du reste. La confiance, l’assurance reviennent alors, et on est à nouveau capables d’avancer. Bien sûr, rien n’est définitivement gagné, et le spectre noir de l’Inquiétude (je reprend les termes de Labro) rôde toujours, prêt à s’abattre de nouveau sur la carcasse qui commettrait un faux pas. Mais il règne un je ne sais quoi d'une assurance nouvelle qui fait vibrer.
Le haïku japonais dit : " telle est la vie. Tomber sept fois, se relever huit ". Des visages, des figures, des rencontres gratuites et des cœurs ouverts, autant que les oreilles et les bras, parfois. Des retrouvailles avec des gens un peu éloignés. De nouvelles rencontres avec des inconnus, mais qui nous ont été conseillées. Avec courage, on les appelle. Et rien n'est plus comme avant.
Le poète a raison de dire " un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ", mais Labro a lui aussi raison, à sa manière, de nous dire : " tu apprendras d’elle ". Apprendre de ses faiblesses, après les avoir reconnues, nommées par leur nom, et remonter, peu à peu, à la surface.
Si la vie est un chemin, il est toujours en pente.



qu'est-ce que tu "voeux" dire ?
« bonne année »
… oui, c’est ça, « bonne année ! ». Et c’est parti donc pour 2007, année de toutes les promesses, de tous les souhaits, dans cet éternuement global des bonnes intentions qui se déversent depuis huit jours.
Oui, bonne année alors, et qu’elle soit meilleure que 2006 (pour ceux qui l’ont vu s’éterniser), et que 2008 soit encore plus belle, grâce à ce qui aura été semé cette année.
Dans l’antre des villes, pour trouver du souffle et sortir de l’ombre, il faut parfois lever le nez au ciel et y chercher la lumière. Même les avions changent de direction, c’est dire si tout est permis.
Au son des bandas brésiliennes, le bruit des tambours fait vibrer le corps jusqu’au cœur, et on sait désormais qu’on est encore vivant.
La halle en chantier indique la direction : les travaux ne concerneront pas que la façade, c’est tout l’homme qui se retape, après un décapage intégral.
Pour ceux et celles qui savent lire entre les lignes, alors vous aurez compris. Qu’ils soient remerciés de leur fidélité et des attentions chaleureuses, voire affectueuses de ces derniers temps, quand l’automne et le début de l’hiver ont déversé sur une vie en vrac les jours plus sombres que les nuits, qui étaient blanches de l’angoisse des blessures assassines.
Pour ceux et celles qui ne savent pas lire entre les lignes, regardez les photos, l’année 2007 sera aussi une année en image !
Bonne année.




des visages, des figures : rencontres
perplexe… 
Vous allez dire que les anges, décidément, me laissent perplexe. Il y a eu celui de Toulouse, un beau jour d’été, du côté de la place de la Daurade. Ceux d’un soir pianotant un air de jazz qui font vibrer le cœur des grands. Puis celui du train St Lazare – Versailles, rive droite, fou prophétique. Il y a maintenant ceux de Fourvière, et de la rue Monge, ou des brasseries à l’heure du déjeuner. Des endroits insolites autant qu’inattendus, des visages, des figures, des rencontres provoquées ou au hasard d’un coup de téléphone. Au détour d’une rue, d’une place, d’un monument.
Celui de Fourvière, sur la colline de Lyon, précède le lion du désert des soirs tombant. Derrière son dos, il trône, de ses ailes déployées, le doigt sur la bouche, semblant retenir un secret au delà de l’audible. Cet ange statufié est tout simplement… perplexe. La foi en points de suspension. Reflet de l’humain qui s’interroge, avance plutôt que de reculer, interpellant le passant dans sa pérégrination au devant de la réalité.
A l’entrée de la basilique, il m’accorde le droit et la liberté de dire à ceux qui se posent des questions : laissez la perplexité exercer son pouvoir de libération. Le désir d’aimer et de rencontrer ceux et celles qui sont sur son passage. Là, maintenant. En attente d’un ailleurs qui se fait toujours espérer. Mais qui approche, imperceptiblement, sûrement aussi.
La rencontre de l’être cher se fait attendre. Il n’est pas loin pourtant. Patiemment elle se rapproche, lorsque la reconstruction se fait plus sûre.
Au delà de la perplexité, la vertu principale de l’ange, et de l’homme, c’est la patience. Elle a commencée sur le continent indien, à l’orient de l’automne. Traversant l’hiver, elle sortira, très probablement, de la longue saison qui commence. Le printemps sera beau, car il aura la couleur de la lumière.
Le doigt sur la bouche, avant que lui même ne désigne l’amour qu’il attend, le cœur au chaud, prêt à tout. Sans être perplexe, mais avec assurance. Et libre.

(pour Bruno, Claire-Anne, Henriette, Jean-Guilleme, Loïc, Aurélie, Arnaud, Jeanne, Didier, Marc, Marie, Benoît, Emilie, Thierry, Laetitia, Jean-Marc, Thibault, Olivier, Bénédicte, Cécile, Hugues, Vanessa, Didier, Sophie, Lionel, Anne-Laure, Xavier, Claire, Paul, Laurence, Isabelle, Michel, Claire…)



ralentir : école !
C'est beau une ville le soir... Le coeur en hiver. Quand le bleu laisse la place à la brume, pour que s'illumine, enfin, les planètes suspendues au couteau du boucher... Les enfants peuvent goûter de tartines au chocolat, et courir vers le week-end. Il règne une sorte de fièvre de début de shabbat... Le Malka des lions pourra bientôt distiller la sagesse, à ceux qui la souhaiteront. Même l'ange est perplexe : le doigt sur la bouche empêche le serment de se dire. Il est donc à vivre...




Rien d'autre à dire, sinon que l'oeil peut fonctionner quand les pieds, quelques encablures plus bas, le porte là où personne ne voit. (rien d'autre à dire... pour l'instant ! car la plume va bientôt se faire prolongement de l'oeil...) à suivre...
le jour s'est levé
dans Paris… 
Les rues de Bombay ont rendu l’âme, à qui elle appartient. Celles de Paris les ont remplacé, jamais autant animées, que la mégapole indienne. Mais pour l’œil et l’oreille de celui qui a le nez en l’air, la ville a le goût des autres que d’un doigt, on peut capter à l’aide de pixels numériques, le nouveau cœur à l’ouvrage…
Le théâtre permanent des rues n’est pas que beau, il est le reflet de la vie d’aujourd’hui : solitude des grandes villes, à ceci près qu’en Orient on y rencontre, parfois, de belles solidarités. Fi de la sinistrose ! Cet après midi le jeune homme de 23 ans « à la rue, et sans ressources puisqu’on ne peut prétendre au RMI qu’à 25 ans, et qui n’a pas d’autre choix que… », a ému une rame de métro : les pièces ont teinté, même la mienne, c’est dire. Nos doigts se sont effleurés, il a lu dans mon regard la détresse de celui qui « ne peut pas faire grand chose de plus ». Mais après coup, lisant dans le sien, je me suis dit qu’un regard accompagnant le geste, c’était sans doute déjà bien ! Malgré moi, intérieurement, je me disais : « je ne sais pas si ton histoire et vraie, mais tu es crédible ». A partir de quand l’est-on ? Quel degrés d’émotion faut-il atteindre pour cela ? Il est certain que les plus belles guibolles pourront s’afficher comme candidates à la magistrature suprême, si elles ne s’assoient jamais sur le skaï des transports en commun de France et de Navarre, elles pourront toujours courir…
Pendant ce temps-là, sous le pont, coule la Seine, et dessus, le petit train vert et blanc file vers l’Etoile, par Denfert.
Tout un programme…



drôle de planète
Un petit coup de pouce et de pub pour un blog sympa sur une idée originale : « Nature insolite » , le blog réalisé par Marie et Maryse, qui n’ont pas les yeux dans leurs poches et qui n’oublient pas l’appareil photos dans le coffre de la voiture… Allez-y voir, pour « voir autrement » !
http://natureinsolite.unblog.fr
… à Paris aussi, si on regarde bien, on peut voir « autrement » la ville et son contenu. D’autres l’ont fait (et des célèbres !), mais il n’est pas interdit de se mettre à leur école.
Une plaquette de chocolat à celui ou celle qui trouvera quelle est ce double clocher et surtout d’où peut-on le voir de la sorte ? !

et comme on est généreux, en voici d'autres (la plaquette de chocolat est aussi en jeu dans ce qui suit...!)



faites de la musique

La scène se passe dans un foyer pour enfants des rues tenu par des Salésiens de Don Bosco, à Bangalore. Des fauves y entrent, et parfois des hommes en ressortent. Je suis assis à l’entrée du foyer depuis une bonne trentaine de minutes, griffonnant mon carnet de notes, prenant des photos les enfants friands d’images. Dans la cour, une partie de cricket croise le fer avec une partie de football. Je veux dire : sur le même terrain ! Il faut suivre la trajectoire de toutes les balles ! Les enfants, suants et haletants, sont couverts de poussière. Des petits rugbymen sans la boue. Mais c’est bientôt l’heure de l’inauguration d’un nouveau foyer, à deux pas d’ici, et tous doivent être impeccables pour s’y rendre. A l’appel de « l’uncle » (« l’oncle », c’est-à-dire leur éducateur), ils entrent dans le bâtiment principal pour prendre la douche. Puis vient la distribution des uniformes : scolaires pour les uns. Bleu, rouge et or pour les musiciens de la fanfare du foyer « Bosco » pour d’autres. Boutons dorés rutilants. Chaussures noires brillantes, comme neuves. C’est alors que je vois sortir le tambour de la troupe, qui contemplent ses galons. Il y en a trois sur sa veste, j’en conclue qu’il doit être au moins capitaine ! Je le salue en lui disant « Ô captain’ my captain’ » comme Monsieur Keating dans « Le Cercle des Poètes disparus ». Son visage s’éclaire en même temps que roulent les baguettes sur le tambour. Avec cet uniforme et cet instrument de musique, cet enfant devient un petit homme, fière et plus que tout : digne. Tout le contraire du petit fauve ramassé quelques temps plus tôt dans un caniveau de Bangalore. Ce qui le tient debout aujourd’hui, ce sont ces trois galons et les deux baguettes du tambour. J’appuie sur le déclencheur, presque sans regarder dans le viseur. L’état de grâce suffit pour y voir.
éducation nationale

Bombay est une ville où « everything is possible ». Même se transformer en instituteur pour enfants de 5 ans, pour 30 minutes de présentation du « brunch », spécialité plutôt anglo-saxone, et plus largement de la nourriture en France. Rodolphe Mayaud, 33 ans, négociant en vêtements pour une grande marque de supermarchés français, s’est essayé au périlleux exercice de la parole face à un très jeune public. Grâce à un ami de Bombay dont les enfants sont scolarisés dans cette école. Ca se passait mercredi 27 septembre dans la section pré-primaire de Arya Vidya Mandir School, et « Monsieur Rodolphe Mayaud » (en français sur un tableau décoré) était très attendu par des enfants avides de questions concernant ce qu’on mange dans notre bon vieux pays de France. On peut avoir des surprises… Est-ce qu’il y a des « muffins », des « pop corn » ou des grappes de raisins ? Réponse : « mais ou bien sûr, des blanches et des rouges ». Et le brunch, c’est quoi ? « C’est quand on s’est levé trop tard pour prendre le petit déjeuner, alors on mélange le sucré et le salé pour un déjeuner plus tardif ». Les enfants sont médusés : ici tout le monde se lève très tôt tous les jours, quoiqu’il arrive !

Aidé par des institutrices de choc, à faire pâlir certaines écoles de la République, Rodolphe s’est prêté à ce jeu des questions réponses, devant 120 gamins qui ont quand même tenu les 30 minutes sans trop bouger. Certains diraient : c’est un succès. Ah ! le charme de la cuisine française, cette « french touch » dont les meilleurs ambassadeurs ne sont pas toujours ceux qu’on croit ! Rodolphe, le plus Indien des Français de Bombay est désormais un héros pour une centaine de gamins en culottes courtes : le meilleur des publics, de ceux qui ne trichent pas avec les sentiments. Et avec ça ? L’addition s’il vous plaît !



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