emerveillement
Hiver, n'êtes-vous qu'un vilain ?
- Son-Sonnette -
Comme dit une enfant que je connais bien, quand on écoute un poème de Charles d'Orléans : "hiver, vous n'êtes qu'un gentil"... Beauté divine et mélancolie douce de ces paysages tristes où les arbres lancent leurs grands bras nus vers le ciel, comme des signaux de détresse pour appeler la belle saison. Tristesse apparente seulement... Les eaux des ruisseaux sont gonflées à bloc ; les rivières débordent d'un jus glacé vert de gris ou marron, saturant le gosier des racines qui les bordent. Les champs et sous bois jonchés de branches, spongieux comme des éponges, semblent repus et peinent à boire le trop plein des pluies tombées la veille. Le chant discret de ce ruissellement murmure une chanson, et, contre toute attente, donne vie à cette nature qui fait semblant d'être morte.
"Hiver, vous n'êtes qu'un vilain,
Été est plaisant et gentil,
En témoin de Mai et d'Avril
Qui l'accompagnent soir et matin.
Été revêt champs, bois et fleurs,
De sa livrée de verdure
Et de maintes autres couleurs
Par l’ordonnance de Nature.
Mais vous, Hiver, trop êtes plein
De neige, vent, pluie et grésil ;
On vous doit bannir en exil.
Sans point flatter, je parle plain :
Hiver, vous n'êtes qu'un vilain".
(Charles d'Orléans)
Comme un fleuve s'est mis à aimer son voyage
"Comme un fleuve s'est mis à aimer son voyage, un jour tu t'es trouvée dévêtue dans mes bras" (René Guy Cadou).
"La lumière de la Charente existe, sans pareil en France, même dans la Provence. Elle n'est pas traduisible en mots. Partout on ne sait quoi d'ineffable baigne la nature : l'homme aussi".
Jacques Chardonne (Le Bonheur de Barbezieux).
Odeur des pluies de mon enfance
Automne
Odeur des pluies de mon enfance,
Derniers soleils de la saison !
À sept ans, comme il faisait bon,
Après d'ennuyeuses vacances
Se retrouver dans sa maison !
La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées
Sentait l'encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.
Ô temps charmants des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d'oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.
René Guy Cadou (recueil "Les amis d'enfance").
Tous les matins du monde (ne vaudront jamais celui-ci)
Il y a des matins. Des matins difficiles, des matins chagrins, des matins du bon pied, des matins du mauvais pied. Des matins à pied d’œuvre, des matins sans espoir, des matins à se recoucher. Il y a des bons matins. Il y a des « encore un matin, un matin pour rien, une argile au creux de nos mains ». Il y a des matins de fin de mauvaises nuits, des matins d’insomnies, des matins de génie. Il y a des matins où l’on ne voit rien et des matins où l’on voit bien, des matins sans problèmes. Des matins d’avenir. Des matins d’amour. Des matins de « thé ou café ? ». Il y a des petits matins redoutés, des matins espérés, des matins de condamnés, des matins de damnés, des matins d’assoiffés. Des matins en marche...
J’aime les matins. Je les préfère aux soirs, malgré les prodigieux spectacles de couchers de soleil flamboyants, romantiques, poétiques, abracadabrantesques. J’aime les matins et leurs nuances de jour, promesses de l’aube pour un monde nouveau. Une renaissance solaire quotidienne. J’ai déjà eu l’occasion de décrire le prodigieux spectacle de petits matins en montagne où l’on ne sait si le jour va naître ou si la nuit va recommencer. J’aime les matins en montagne parce qu’ils sont infiniment plus beaux que les soirs. Ils « sentent » quelque chose, une odeur de roche encore ensommeillée, humide et fraîche, la sueur nocturne des Pyrénées. Les matins offrent, à qui peut les voir, une énergie vitale que la montagne veut bien, en de rares instants, partager avec l’Homme.
Depuis déjà deux ans, je t’emmène voir ces paysages aimés, près d’un lac dans la vallée d’Ossau, le lac Gentau, sous le refuge d’Ayous. Pour la troisième fois en juillet nous nous y sommes retrouvés, dans ce décor de carte postale où le Pic du Midi d’Ossau, s’il le veut bien, se reflète le soir dans le lac, offrant un spectacle touchant que beaucoup viennent voir exprès. On jurerait parfois une photo retouchée, mais non : si aucun souffle d’air ne ride le lac, si le ciel est parfaitement dégagé, si la mer de nuage s’arrête à ses pieds, alors le spectacle est grandiose. Même les bavards (et bavardes) finissent par se taire, et admirent. C’est un moment de grâce qui se répète plusieurs fois dans l’année, mais pour le voir encore faut-il habiter à côté…
Ces deux dernières années, tu étais couché au moment où le soleil faisait de même, embrasant le pic dans le grand incendie du soir. Cette année, ton âge augmentant, je m’étais promis de t’offrir ce moment de grâce à nul autre pareil. Pas de chance : le premier soir un brouillard épais a tout enveloppé. On ne voyait plus ni le lac, ni notre tente, à peine le bout de nos pieds. Le plaisir de la montagne, c'est aussi quand on ne voit rien...
Au réveil, le soleil a frappé à pleins rayons sur la porte de la tente – j’avais déjà constaté en pleine nuit que le ciel s’était dégagé – augurant une superbe journée. Elle le fut. Elle le fut parce qu’elle avait commencé par ce matin-là, et ta joie de petite fille à voir se miroiter le pic dans le lac, prenant son bain du matin. Il faisait doux, à peine frais, la nuit avait été exceptionnellement douce aussi, tout juste un peu de fraîcheur à l’aube, obligeant à remonter un peu le duvet. Je me suis assis à l’entrée de la tente, et je t’ai regardé avancer vers le lac, contempler le reflet et ce soleil déjà haut qui nous chauffait la face ne nous lâchant pas de tout le jour.
Alors j’ai songé que tous les matins du monde ne vaudraient jamais celui-ci, cette plénitude quasi absolue de bonheur et de félicité parfaite. L’impression d’être là à la bonne place, au milieu de ces montagnes aimées et connues, que toi aussi tu connais et reconnais désormais, puisque tu y dors... Tous les matins du monde, et tous les soirs aussi, puisque le deuxième fut le bon et il nous permis d’admirer le reflet de « Jean-Pierre » - ce « géant de pierre » - enflammé des derniers rayons du soleil, montagne de verre, montagne de feu, de pics et de pointes, dans l’eau sombre et calme, presque déjà endormie du lac Gentau.
Tous les matins du monde. Et tous les soirs aussi.
Crozant, ça Creuse...
Ancienne place forte médiévale dans un cadre à se faire une fracture de l’œil, Crozant est célèbre pour les ruines de sa forteresse où vécurent Hugues X de Lusignan et Isabelle de Taillefer, aux Marches du royaume de France au XIIIe siècle. Profitant des bisbilles entre Philippe Auguste et les Plantagenet, les Lusignan et les Taillefer rêvaient d'une province puissante, aux portes de l'Aquitaine et au sud de Poitiers. D'abord promise à Hugues X de Lusignan, Isabelle de Taillefer épousa Jean sans Terre, et devint reine d'Angleterre. Ils auront 5 enfants. À la mort de Jean elle épouse finalement Hugues X de Lusignan avec lequel elle aura 9 enfants. Lusignan, Marche et Angoulême sont dès lors unis et Crozant offre une trace de l'histoire mêlant complexité et puissance.
Au XIXe siècle, les peintres munis de tubes de gouache en profitèrent pour (enfin) sortir de leurs ateliers poussiéreux et poser leurs chevalets en pleine nature devant des paysages qui méritaient le détour, certains décris dans des romans champêtres par une certaine Aurore Dupin baronne Dudevant, dite George Sand. Quelques-uns de ces peintres vinrent jusque dans la vallée de la Creuse, à Gargilesse-Dampierre notamment (dans le Berry voisin) mais aussi à Crozant où ils formèrent "l'École de Crozant" (Armand Guillaumin, Maurice Leloir, Pierre Ballue, Fernand Maillaud, Clémentine Ballot, etc.). On comprend pourquoi !
La Charente est en fête !
"La Charente descend toujours vers le soleil.
La Charente ne porte plus de canons sur son dos.
La Charente lentement a trouvé sa paix.
La Charente n'est pas un fleuve civilisé, ni un fleuve sauvage.
La Charente est un fleuve heureux.
Ceux qui s'y baignent le savent bien".
Pierre Boujut (D'une révélation permanente, La Tour de feu n°93).
Ballade sur la gabarre "Renaissance" avec l'association Saint-Simon village gabarrier, lors de la fête du fleuve à port l'Houmeau (Angoulême) le week-end du 4-5 mai.
Maître CoQ, sur un arbre perché...
Ancien Safran II de Roland Jourdain, Maître CoQ (Imoca de 60 pieds équipé de 2 foils), acquis par Yannick Bestaven en janvier 2019, se prépare pour le prochain Vendée 2020-2021, depuis La Rochelle son port d'attache.
Maître CoQ avait accompagné Jérémie Beyou lors du Vendée Globe 2016-2017, où il s'était classé 3e en 78j 6h 38mn 40s.
La Rochette : un village, un château, une église
Petit logis rectangulaire cantonné de tourelles en encorbellement, construit vers 1580. Propriété des de Paris au XVIIe siècle, puis des Guytard de Riberolle, puis des de Causans. Communal depuis 1946. Restauration en 1992, année de son classement à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques. (La Rochette).
/image%2F1527809%2F20151022%2Fob_c73004_sab-9651-r.jpg)
/image%2F1527809%2F20200204%2Fob_03ca7d_20200204-131524.jpg)
/image%2F1527809%2F20200204%2Fob_52c4e8_20200204-131606.jpg)

/image%2F1527809%2F20191230%2Fob_c49a5e_sab-5822-r.jpg)





