edito
Dure est la loi, sauf quand elle n’est pas loi…
- la vie de château -
Eloquent. Si on cherchait encore des preuves au rideau de fumée qui nous gouverne, il suffit de regarder l’avalanche de lois votées et inapplicables depuis le début de la mandature. Au cours de la session 2009, 59 lois ont été votées à l’Assemblée nationale. 35 prévoyaient des décrets d’application. Au 30 septembre 2010 (fin de l’année parlementaire), seules 3 d’entre elles en étaient pourvue. 19 partiellement. 13 n’avaient encore rien vu venir. Des lois inapplicables, et inappliquées donc. On est encore loin de la République irréprochable, et de la revalorisation du travail parlementaire promis par le petit Nicolas, et bla bla bla.
Pire encore – et c’est un éditorial du Monde qui l’écrit dans son édition du 13 janvier : la loi créant une allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie, qui a été votée à l’unanimité en février 2010, n’a reçu aucun des décrets d’application qui lui sont attachés. Mourir dignement ? Plutôt crever.
Le mécanisme est pourtant connu : un problème survient. S’il y a des « victimes », l’annonce d’une proposition de loi est encore plus pressante. Journal de 20h sur la une et la deux (kif kif) : « pas de problème, on va régler le problème. » Ouf, dormez tranquille, le président et ses petits soldats veillent… Proposition de loi en urgence, travail en urgence, débats parlementaires bidons, parlement godillot. Vote. Re-journal de 20h. « Vous voyez bien qu’on est efficaces ! On a dit, et cela c’est fait ! » Pas de bol, certains veillent au grain. Et non, que voulez-vous c’est comme ça, il ne suffit pas de dire pour que ça se fasse. Même avec la meilleure volonté du monde.
Alors que faire ? Pousser des cris d’orfraie ? Voter autre chose la prochaine fois ? Ah si, un truc : s’in-di-gner !
A quand un tome deux Monsieur Hessel ?
- pourvu que ça dure -
Voeux virtuels
Maurice Leroy et Oscar Wilde vous souhaitent bonne année
«Très belle et heureuse année 2011 du fond du coeur ! Visons toujours la lune car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles ! Amitiés. Momo !»
Si vous êtes très amis avec le ministre de la Ville, président du Conseil général du Loir-et-Cher, c’est sans doute un texto que vous aurez reçu sur votre téléphone mobile dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Sur son profil Fesses Bouc, on peut lire également : «Du fond du coeur, je vous souhaite une très belle et heureuse année 2011, ainsi que pour tous les êtres qui vous sont chers. «Il faut toujours viser la lune car même en cas d’échec, on attérit dans les étoiles !» Amicalement. Maurice Leroy.» Le ministre est à la page, branché, hi-tech comme on dit. Présent (omni) sur le terrain, y compris dans les incontournables réseaux sociaux et de téléphonie mobile.
Sauf que la jolie et sympathique citation envoyée à tous... n’est pas de Maurice Leroy, mais d’Oscar Wilde ! Il eut été opportun de commencer l’année sur autre chose qu’un plagiat, ou alors de citer ses sources. A moins que ce ne soit une manière de terminer en beauté 2010 qui a vu triompher Michel Houellebecq au prix Goncourt avec "La Carte et le territoire", qui lui-même utilise sans citer ses sources l’encyclopédie en ligne Oui-qui-pédia... Tout est permis.
Ah ! les vertiges de la communication ! Allez, ne soyons pas vaches avec Momo, et souhaitons-lui bonne année, virtuellement, tenez par exemple en citant à nouveau Oscar Wilde : «Qui dit la vérité sera démasqué tôt ou tard.»
Dix ans déjà
Dix ans déjà et autant d’années à penser et repenser à cette soirée où tu as délibérément choisi de quitter ce monde qui t’était devenu invivable. Ce n’est pas tant le monde d’ailleurs qui t’importunait, mais plutôt ton propre monde, ta maigre vie devenue survie, ton corps souffrant que tu refusais de réparer, hâtant même sa chute en le noyant dans le chagrin du mauvais alcool, qui irrémédiablement fait disparaître toute tentative de se relever.
Dix ans déjà et même surtout devrait-on dire. Dix ans que nous nous sommes penchés au dessus du trou où ce qui restait de ton corps a disparu en se demandant tous : « mais pourquoi ? »
Passent les semaines, les mois et les années. Le silence s’est bien vite refait, et nous sommes tous restés seuls dans nos coins respectifs avec la question du jour où la terre t’a enveloppée de son linceul de glaise. Il pleuvait sur la ville ce jour triste de novembre, triste comme une Toussaint devrais-je dire, d’ailleurs, la collision des dates était cette année-là fort opportune. Toussaint, puis le jour des morts puis Saint Hubert. Patron des chasseurs - cette chasse que tu aimais tant, et qui, indirectement, t’emporta, dans ce claquement de fusil que peu on entendu mais qui résonne encore dans mon esprit, comme un écho interminable, une cloche sombre aux odeurs de poudre et de bourdon. Saint Hubert, j’entends tes trompes de chasse sonner l’hallali chaque année à cette période, bien en avance dès octobre entamé, comme aspirant vers novembre, coûte que coûte.
Il pleuvait comme il pleuvait sur Nantes un matin comme celui-là. Je t’ai couché dessous les roses, n’imaginant pas vivre ce qu’avait vécu cette chanteuse aux habits noirs comme son âme, cette chanson qui me faisait frissonner lorsque je l’écoutait les jours de spleen. « La mélancolie est le bonheur d’être triste » disait Hugo. Je l’ai aimée cette mélancolie, jusqu’à coucher avec.
Dix ans après, la question reste ouverte. Il parait qu’elle le sera toujours. « Mais pourquoi ? » A quoi j’ai ajouté au fur et à mesure de ces dix années qui sont passées si vite et si lentement, avec tous ces évènements survenus, certains prévus d’autres non : « mais pourquoi moi ? »
Sans doute et sûrement parce que j’étais le fils et qu’il n’y avait plus que ça pour te raccrocher à la vie avant que la chienne ne te fasse trop d’œil pour y résister. Personne ne veut la voir cette chienne qui nous attend « un par un ». Pour hâter sa venue, il faut paradoxalement un sacré courage. Tu l’as eu, ce courage, me laissant dans une période de glaciation impossible à fuir dix ans plus tard. Tu avais sans doute voulu m’appeler, mais ta voix s’était perdue.
Tu n’as pas raté ta sortie et moi j’ai raté mon entrée. On dit que c’est la vie, avec ce ton primesautier qui sied si mal aux chrysanthèmes. Va te faire foutre la mort, nous on est resté en vie. Chienne de mort et chienne de vie, toute deux issues de la même meute.
Et j’entends là bas, au loin, les cors de chasse.
A toi mon père.
Stigmatisation : le champion toute catégorie des mots à la con
Impossible d’y échapper : il est partout, tout le temps, depuis le mois de juillet. Stigmatisation, du verbe stigmatiser, est dans toutes les bouches, sur toutes les lèvres, dans tous les journaux, radios, télévisions. Il vise à chaque fois les Roms, gens du voyage, par extension tous les indésirables qui sont même parfois reconduits à la frontière, ou pourchassés de manière outrageuse jusque dans des épiceries corréziennes. Les politiques, les journalistes (j’en suis), les responsables associatifs : tous utilisent le mot stigmatisation, tous conjuguent le verbe stigmatiser à tous les temps, tous les modes, toutes les personnes : je stigmatise, tu stigmatises, il stigmatise etc. Enfin… il y a une personne, et une entité qui l’utilisent plus que d’autres : le Président (qui stigmatise dès le matin en se rasant), le gouvernement (aussi). Mais quelle mouche les a donc piqués ? Stigmatiser, dans le dictionnaire signifie : flétrir, blâmer avec dureté et publiquement. Le dictionnaire des synonymes indique les verbes condamner, flétrir, critiquer. On ne peut pas dire que la définition soit à côté de la plaque. Mais stigmatiser donne aussi stigmates, comme celles de certains saints particulièrement vertueux et efficaces en matière de miracles, et on peut penser récemment au padre Pio, prêtre italien à barbichette et robe de bure qui avait de son vivant les stigmates de Jésus sur ses propres paumes des mains, et un côté droit pas frais qui suintait du sang de temps en temps. Hop ! Béatifié en grandes pompes par Benoît Seize (qui stigmatise aussi certaines pratiques, mais pas toutes).
Au train où vont les choses, si tous les stigmatisés du monde – et particulièrement de la France – voulaient se donner la main, ils arriveraient peut-être à en stigmatiser un autre, qui, du haut de ses talonnettes n’en mènerait sûrement pas large. Il y a peu, il clivait avec sa Princesse de Clèves. Aujourd’hui, il stigmatise, sans se rendre compte – le pauvre diable – que c’est lui qui va se retrouver stigmatisé. Ou avec les stigmates, allez savoir !
Et, pourquoi pas, reconduit à la frontière du 58 Faubourg Saint-Honoré… (dans un premier temps).
Les hommes à terre
"Les hommes à terre sont tous des marins perdus, immobiles ils voyagent vers d'indiscibles aventures".
Adieu Bernard, te voilà parti, tu as levé l'ancre et cette fois pour de bon. Je t'ai aimé en prof d'Anglais d'Allemand dans "La Boum". Je t'ai adoré avec Lanvin dans "Les Spécialistes". Et puis "Les Caprices d'un fleuve", couleur et odeur Sénégal. Dernièrement, "Gouttes d'eau sur pierre brûlante" ou précédemment "Une Affaire de goût" d'un autre Bernard regretté, Rapp.
Mais ce que j'ai sans doute le plus aimé, c'est ta plume , Giraudeau. Ton oeuvre - on peut en parler comme telle - m'a fascinée, et je l'avoue, m'a aidé à lever l'ancre il y a 4 ans, quand les forces me manquaient pour le faire.
Je n'ai pas pris la mer, c'est la montagne qui m'a enlevée. Elle a un point commun avec l'Océan : dedans les hommes ne sont rien, ils subissent, résistent ou meurent.
J'ai choisi de résister, comme tu le fis face à ton crabe, crustacé marin qui se nourrit de nos intérieurs ravagés.
Adieu Giraudeau, un homme à la mer !
Mes larmes sont salées, comme elle.
"Elle apportait du thé,
Il buvait de la chicorée au lait.
Une chose horrible, disait-elle
Il était sergent de l'armée de terre
Dans une aile discrète du Renseignement français
Elle habitait Saïgon près du fleuve
On la tutoyait
Il la vouvoyait
Un matin elle trouva un message
enlacé autour de la tige d'un hibiscus rouge :
Ma chicorée est certainement horrible
Mais votre thé est insipide
Apprenez-moi à l'aimer.
Ce qu'elle fit... "
Bernard Giraudeau, "les Hommes à terre" (Métailé)
"J'aime les grands cargos arrêtés dans les rades
Qui ne se mêlent pas à la vie des villes
Et qui libèrent le soir les marins éperdus"
Louis Brauquier
Tintin au château
Soliloques en vrac
De récents et nombreux déplacements à la recherche du graal (un job en fait, mais cette quête s’avère comme celle du précieux vase : longue, ardue, semée d’embûches), m’ont permis d’observer à loisir mes contemporains, et à noter quelques perles de culture, et surtout d’inculture. Tel ce contrôleur et sa liaison dangereuse : « attention à ne rien oublier z’a votre place ». Mes z’amis, la première fois j’ai cru à un lapsus, une liaison malheureuse qui échappe à tout le monde (cf le fameux « il va t’arriver dans quelques minutes », fort connu des gens qui parlent dans le micro). Mais le bougre (d’âne) a eu 6 fois de suite l’occasion de réitérer sa bourde – et donc de ne pas la corriger, prouvant ainsi au moins deux choses : le train s’est bien arrêté 6 fois ; le recrutement des contrôleurs SNCF se fait sur concours dont on peut présager qu’une épreuve orale fait défaut.
Brice Hortefeux est condamné pour injure et propos racistes : la blagounette sur les Auvergnats n’a pas plu au président du tribunal, qui était sans doute bougnat. En lisant la presse ce matin-là, je tombe sur un article à propos du fameux polygame de Nantes (Lies Hebbadj), vous savez, l’homme aux cinq femmes dont l’une d’entre elles (l’officielle), s’est faite épinglée parce qu’elle conduisait en niqab. Le pauvre homme, qu’on accuse de fraude aux aides sociales (les 15 gosses qu’il a eu avec ses « maîtresses » comme il aime à les nommer) percevrait frauduleusement les aides de l’Etat, et chacune d’elle l’allocation de parent isolé. Du coup, je me dis que notre comique ministre de l’Intérieur, grand humoriste de Lue Aime Pet, pourrait ressortir sa bonne saillie drôlatique en la féminisant un peu : « la polygamie en France est interdite. Les femmes, quand y en a une ça va, c’est quand y en a plusieurs que ça pose problème ».
Quoi ? ça ne vous fait pas rigoler un peu ça ? Merde quoi, c’est le ministre qui me l’a soufflée ! Un peu de respect pour les grands de la République quand même !
Un peu de légèreté après cela. Ou plutôt de la profondeur. Bientôt la fête des père, et celui que j’ai vu passer devant ma porte alors que je franchissais celle-ci était flanqué de ses deux lardons, dont un de 6 ans environ, visiblement sur le chemin de l’école (donc pas en train d’écouter les « odieuses chroniques » de Didier Porte sur France Inter, donc pas besoin d’expliquer les mots bien graveleux distillé par icelui notamment dans celle du 20 mai dernier, ce qui lui a valu une entrevue musclée avec le patron de la chaîne Philippe Val, qui, c’est vrai, après 17 ans à la tête de Charlie Hebdo et de nombreuses années à sortir des grossièretés avec son compère Val, est un exemple en matière de langage châtié au point de désormais trembler à l’idée que les gosses écoutent des gros mots à huit heures moins cinq avant de franchir le portail de l’école, elle aussi modèle du genre question vocabulaire scabreux…). Ce père dont ce sera la fête bientôt a du répondre à une vraie question de gamin qui aime bien emmerder son papa avec des questions à la con du genre celle-ci : « dis, papa, c’est grand comment un espadon ? ».
Et ouais mon pote, c’est pas le mot « enc…lé » (dans la chronique de Porte il disait même, en se mettant dans la peau de Villepin : « j’enc…le Sarkozy ») que ton rejeton te demande d’expliquer, mais espadon. Là t’es collé hein ?! La taille d’un espadon, c’est quand même un peu plus compliqué que les propos sodomites qu’on entend régulièrement ça et là, des basses cours d’écoles aux dorures des palais de la République, en passant, ça va sans dire, par la voiture de papa quand il est coincé dans un embouteillage…
Bonne fête mon vieux.
Pour comprenre ce qui arrive à Porte, et avant qu'il ne la franchisse, allez lire par là : http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/45923/date/2010-06-08/article/didier-porte-je-suis-tres-attache-a-france-inter/
Pour comprendre que Philippe Val ne peut nous faire croire à la théorie du "faut pas dire des mots dégueulasses à 7h55 car les gosses écoutent la chronique du guignol et posent des questions embarassantes à leur parents", faut écouter ça : http://dai.ly/aPsau7 . C'était au temps que les moins de 20 ans peuvent connaître, notamment le 3 juillet 2008, soit un an pile poil avant que Val ne devienne patron de France Inter, en s'achetant une bonne conduite de premier communiant au passage. Sacré lascar va ! Comme il le dit lui même : "je te prends pour un con, et ça marche" !
D'ailleurs François Morel, qui lui a succédé, ne s'y est pas trompé : http://dai.ly/aB9TuP
(à part ça, c'est la vie d'château ! )
là, on ne voit peut-être pas bien, mais c'est plein de grenouilles en rut...
Et si l'ouverture n'était pas possible ?
Les récentes nominations au Conseil Constitutionnel de Michel Charasse, Jacques Barrot et Hubert Haenel finissent par semer le trouble à droite. « A force d’ouverture, on va finir par attraper des courants d’air », aurait même dit un proche de Nicolas Sarkozy. La récente bourde de Gérard Longuet à propos du futur président de la Halde (supposé et éventuel Malek Boutih), en dit plus long qu’une simple expression maladroite. Si des personnalités politiques UMP font entendre une voix dissonante, ce n’est pas seulement parce que la politique de nominations par le Président de la République donne des signes de faiblesses à force de se croire au dessus des clivages en en suscitant d’autres par les nominations elles-mêmes, mais peut-être tout simplement parce que l’idée d’une République apaisée, ouverte, et fédératrice est un leurre. Selon Gérard Longuet lui-même, cette image de République apaisée « ne nous rapporte pas une voix et démobilise nos électeurs ». Si l’effet recherché est de ratisser large, la vampirisation du camp adverse ne donne pas les résultats escomptés. Au contraire : si tout est dans tout et réciproquement, pourquoi donc encore appartenir à une famille politique, et voter pour elle. A force d’être décomplexée, la droite n’a plus de complexes à soutenir un à quoibonnisme à la veille d’un scrutin. Et à ce petit jeu Nicolas Sarkozy doit entendre la plainte et les menaces des députés UMP fatigués de s’en prendre plein la figure le samedi sur les marchés.
Revenons un peu en arrière : depuis combien de temps la République n’a-t-elle pas été apaisée ? A quand remonte la dernière fédération d’un peuple entier pour une cause commune ? Un évènement – certes symbolique mais qui mérite d’être observé – a fédéré et apaisé la République en quelque sorte, en juillet 1998. Sur les Champs Elysées, une France black-blanc-beur fêtait la victoire mondiale d’une équipe de foot elle-même black-blanc-beur. Des observateurs avisés avaient parlé à l’époque de fédération artificielle, les lendemains qui déchantent finissant toujours par arriver, le lendemain justement ! En dehors de cet élan d’apaisement, d’ouverture et de fédération, qui peut citer un moment où la République s’ouvre vraiment ?
Par définition, et pour reprendre un mot à la mode mis en exergue par un éditorialiste de France Inter (ici) , il se pourrait bien que la République « clive » justement, et n’ouvre que très peu. En tout cas on ne la force pas à s’ouvrir, fut-ce-t-on un président volontariste pour qui dire, c’est faire.
"Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes", indiquait Gérard Longuet mercredi à propos de la possible nomination de Malek Boutih à la Halde. Et le « corps français traditionnel », qui vote à droite, se sent pour l’heure bousculé par la politique d’ouverture des fenêtres en ce qui concerne les nominations à des postes stratégiques.
Au risque de prendre la porte, sans passer par les urnes.
Inacceptable et incompréhensible

Monsieur le Président de la République ne mâchait pas ses mots, lundi matin à La Rochelle, pour qualifier la tempête Xynthia (qui a un drôle de nom, on dirait une Citroën) : « inacceptable et incompréhensible ».
Incompréhensible, pas tant que ça : depuis deux jours météo France mettait en alerte toutes les régions concernées sur l’air du « on vous aura prévenu, barrez-vous ! ». Depuis, spécialistes en climatologie et phénomènes maritimes se succèdent pour expliquer « l’incompréhensible ». Vents forts + fortes marées = digues arrachées et terres inondées.
Inacceptable, là, faudrait pas pousser : ce qui est inacceptable, Monsieur le Président, ce n’est pas la tempête elle-même, contre laquelle nous ne pouvons rien. « Dans son grand duel, la mer est la plus forte » écrivait Vigny dans « La Bouteille à la Mer ». Ce qui est « inacceptable », ce sont les terrains pourris vendus une croûte de pain à des pauvres gens qui se retrouvent aujourd’hui le bec dans l’eau, voire plus si affinité ! Inacceptable, de mourir noyé dans son lit en pleine nuit parce qu’un sagouin et arnaqueur de promoteur immobilier a construit – sous les yeux émus des élus locaux qui donnait leur bénédiction – des cages à lapin « pieds dans l’eau ». C’est si beau un coucher de soleil en bord de mer, pour la retraite, pour élever ses enfants, venir en vacances etc. Le soleil se couche désormais sur les linceuls mortuaires de ceux qui ont cru faire une bonne affaire.
Incompréhensible ? Pour finir sur une touche plus légère puisque dans le registre de la bêtise humaine, combien de temps les journalistes parisiens, essentiellement radio, continueront de parler « des Charentes » (qui n’existent pas, à la différence « des Ardennes » ou « des Alpes », pour qualifier sans doute la Charente-Maritime (département côtier touché par la tempête Citroën). Pire encore – car émanant d’une jeune femme parlant ce midi sur France Cul(ture) « des Charentes-Maritimes », ineptie impardonnable quand on sait le niveau de bagages qu’il faut pour entrer dans ces médias ! Sans mentir, sans une prestigieuse école de journalisme parisienne (CFJ), lilloise ou montpelliéraine (ESJ), un prestigieux Institut bordelais, une école privée pour fils à papa friqués (Lyon) ou même Normal Sup’, impossible d’entrer dans ces rédactions qui exigent, en plus de ces précieux sésames, un niveau de culture générale hors pair. Soit la géographie ne fait plus partie de la culture gé, soit les parisianno-journalistes (néanmoins confrères) ont sauté le CM2…
Hommage aux habitants de LA Vendée et de LA Charente Maritime par un autochtone de LA Charente.


Le ciel lui est tombé sur la tête
Recalé par le site www.sacristains.fr , le site « qui sonne les cloches » (mais pas trop fort donc…), vous aurez cet article sur ce blog.
Dommage que le comité de rédaction du blog sus cité ne soit pas à la hauteur du carillon fait autour du concept.
Comme dit le dicton : « beaucoup de bruit pour … » (much ado about nothing).
Pourquoi aucun évêque français ne s’est rendu aux obsèques de l’archevêque d’Haïti ?
Le 23 janvier dernier, Mgr Serge Miot, archevêque de Port-au-Prince était inhumé à Haïti en présence du nonce apostolique, de l’archevêque de New-York Mgr Timothy Dolan, et l’archevêque métropolitain de Cap Haïtien. Mais aucun évêque français. L’Eglise de France et de nombreux mouvements et associations appellent aujourd’hui à la solidarité avec le peuple haïtien, rappelant les liens étroits qui unissent les deux Eglises.
Pourquoi la Conférence des Evêques de France n’a dépêché aucun de ses membres pour assister à ces obsèques ?
L’archevêque aurait-il pris une deuxième fois le ciel sur la tête ?
Mgr Marc Steinger, évêque de Troyes, président du mouvement Pax Christi France et évêque accompagnateur du CEFAL (le pôle Amérique Latine de la Conférence des Evêques de France) se rendra en Haïti du 12 au 19 février prochain. Si son entourage indique que cet évènement est majeur dans le soutien moral et physique aux Haïtiens, on aurait pu imaginer plus prompte réponse à la catastrophe qui a frappé l’île le… 12 janvier dernier. Un mois, déjà.
« Mgr Serge Miot est mort, on a retrouvé son corps dans les ruines de l’archevêché » indiquait dans un court message le Père André le Barzic, prêtre français membre des Pères de St-Jacques. Une grande partie de la famille de Mgr Miot vit en France. Parmi les nombreux bâtiments d’Eglise touchés par le séisme, le séminaire de Turgeau s’est écroulé, la cathédrale est fortement endommagée.
Le directeur de Radio Soleil, radio chrétienne de Port-au-Prince et détruite elle aussi, interrogé sur RCF, regrette poliment l’absence de représentant de l’Eglise de France aux obsèques : « c’est vrai que la présence d’Eglises sœurs aux obsèques de Mgr Miot nous aurait sûrement encouragés. Mais peut-être qu’il y avait des problèmes de transport. Toujours est-il que nous comptons sur la solidarité et la prière de nos Eglises sœurs. Caritas a peu de moyen sur place. Nous comptons sur l’appui et le soutien de l’Eglise de France ». On ne saurait être plus diplomate sur la question.
Difficile de mener l’enquête, la question étant visiblement incongrue pour les principaux interlocuteurs que nous avons contacté, tant au secrétariat de la CEF qu’à l’archevêché de Paris, puisque nous pouvions imaginer un déplacement de Mgr André Vingt-Trois lui-même (pdt de la CEF). Le seul réponse véritablement officielle est celle des difficultés de transport aérien entre la France et Haïti. Pour quiconque a visionné le journal télévisé sur n’importe quelle chaîne, il aura pu constater que les journalistes français ont réussi à atterrir, eux, et ils n’ont sans doute pas été parachutés d'un Transall.
On songe aussi à un vol Paris – Haïti via New-York, puisque son archevêque Mgr Timothy Dolan a visiblement trouvé un vol et un endroit pour atterrir.
Pour le Père Philippe Klokner, du CEFAL, « c’est étonnant en effet d’autant plus qu’on connaît les liens qui unissent la France et Haïti d’une part, et des deux Eglises d’autre part », rappelant lui aussi la visite prochaine de Mgr Marc Stenger. « Peut-être a-t-il été prévenu trop tard ? » indique-t-il du bout des lèvres.
Il semble évident qu’on ne saura jamais vraiment pourquoi sur ce coup-là les évêques français ont brillé… par leur absence. Il est heureux de constater que cet acte manqué n’empêche pas le déploiement d’un zèle particulier affiché par les mouvements et associations d’Eglises dans le but de lever des fonds d’aide aux sinistrés d’Haïti, et d’organiser des liturgies thématiques. Ceci dit, lorsqu'une personne est en deuil, un soutien moral par la présence affectueuse est souvent apprécié. Chacun en aura fait, un jour, l'heureuse expérience...
Qui étais-tu ?
Toi qui es aujourd’hui un professionnel du management, un polytechnicien diplômé, spécialisé, confirmé, un centralien ultra formé aux rigueurs des méthodes de travail issues de la mondialisation. Toi qui es aujourd’hui un « cost killer » dans un grand groupe, chargé d’optimiser en rayant d’un trait sur un tableau des montagnes de chiffres, derrière lesquelles se cachent en fait des personnes, des vies, des parcours professionnels. Toi le financier, adorant le dieu « Bourse » et son apôtre Cac 40, obnubilé par les dividendes à verser aux actionnaires toujours plus avides de résultats, façon « up or out ». Toi qui n’as pas de contact avec la réalité, qui ne sait pas et ne veut pas savoir qui est derrière ces chiffres que tu manies avec l’aisance d’un enfant jouant au mécano. Toi qui manage tes équipes par le stress, la terreur, les coups bas, les petits arrangements, les menaces, les délocalisations sauvages et les mutations géographiques : qui étais-tu lorsque tu étais petit(e) ?
Je t’imagine enfant, dans la cour de l’école. Etais-tu un caïd jouant au petit chef, manœuvrant un vaisseau pirate dans un bac à sable ? Etais-tu un champion de billes, les poches remplies à la fin de la récréation alors que tu en avais seulement deux en arrivant le matin même à l’école ? Etais-tu solitaire dans ton coin, raillé par tes camarades qui ne voulaient pas jouer avec toi, te traitant de « fayot », parce que tu répondais souvent juste aux exercices de maths même ceux avec plein de chiffres et de virgules… As-tu été un collégien boutonneux assis bien sagement sur ta chaise alors que le reste de la classe hurlait en gigotait en attendant que la prof n’arrive ? Ou bien as-tu été un vrai premier de la classe, ne te satisfaisant que des notes au dessus de dix-sept sur vingt, pleurant de rage pour un quatorze en rentrant chez toi dans ton polo « Lacoste » ou « Poivre blanc » offert par ton père à la fin de ta première compétition de tennis ? As-tu été cette fille constamment courtisée et jouant avec les nerfs de ta cour empressée de se savoir en grâce auprès de toi, ou bien étais-tu la fille à qui personne ne parle, dont les professeurs disaient à la fin de l’heure : « ah tiens au fait, elle n’était pas là, machine ? ». Qui étais-tu, as-tu écrit sur les fiches de renseignement en début d’année que tous les profs demandent de remplir, que tu voulais devenir « contrôleur de gestion, trader, financier dans une grande banque d’asset management » ? As-tu indiqué que tu voulais piloter tes équipes en leur collant un stress aux fesses au point de les rendre malades, de les asservir et les esclavagiser avec des méthodes qui donnent la nausée tant elles sont énormes, irrespectueuses, outrageuses ? Non, je n’imagine pas que tu aies pu écrire cela un jour. Comme tous les ados et les enfants de ton âge, tu voulais devenir médecin, vétérinaire, pompier, cosmonaute, pilote d’avion, chercheur de médicaments pour soigner le cancer (comme celui qu’a eu ton grand-père qui est parti si vite…). Tu te voyais marié(e), avec des enfants, allant à la pêche ou à la messe le dimanche, organiser des piques niques, faire du vélo en famille, leur apprendre des choses sur les insectes et les fleurs de montagne, apprendre les départements sur la route des vacances ; tu ne te voyais sans doute pas rentrer à 22h tous les soirs fatigué par une journée harassante à manier des millions de « kilo euros », car c’est lourd à porter à la longue, les « kilos euros »… Tu ne te voyais pas rentrer tard à cause d’une réunion avec un syndicat qui s’est terminée dans le chaos d’un « plan social » qui n’a de social que le nom, puisque les chiffres que tu barres en pensant aux actionnaires et aux profits dégagés ne sont pas pour toi des êtres humains. Tu aurais préféré lire des histoires de petits ours bruns plutôt que de remonter les couvertures sur tes enfants endormis depuis longtemps déjà en arrivant…
Peut-être, quand tu étais petit, tu aurais bien aimé toi aussi que quelqu’un vienne te chercher à la sortie de l’école, te prenne par la main et t’embrasse sur la joue en te demandant : « alors, c’était comment aujourd’hui ? qu’avez-vous fait ? c’était bien la cantine ?». Non, au lieu de ça, tu seras sûrement rentré chez toi seul, en repensant aux humiliations subies durant cette journée merdique où tu as perdu toutes tes billes en un instant, où tes copines n’ont pas voulue jouer avec toi à l’élastique, où celle que tu convoitais depuis la rentrée t’a dis « non mais ça va pas la tête ou quoi ?», et tu rentreras dans la maison vide et sombre en attendant tes parents, cadres dans une grande entreprise ou fonctionnaires d’un service public de télécommunication. Tu auras pris ton chocolat froid qui sortait du frigo. Et dans la solitude de ta chambre, où ton frère ou ta sœur sera encore venu fouiller, tu feras tes devoirs sous la lampe de bureau à tête de Mickey. Tu commenceras par les maths. C’est ta matière préférée. Tu additionneras les bénéfices, diviseras la masse salariale, multiplieras les profits et dividendes pour faire plaisir aux actionnaires, et soustrairas, à l’aide d’un trait de plume les éléments inutiles et retords de ton champ d’action : les hommes, au centre des préoccupations de l’entreprise.
Ce soir-là, sur un petit carnet qui reste caché sous ton matelas, tu auras écris à la page « qu’est-ce que je ferais plus tard ?» : « je veux devenir financier, très diplômé et autoritaire, comme ça je pourrais diriger mes équipes et les humilier en faisant du management par le stress et la terreur ».
Et tu décideras alors de tout sacrifier pour ça.
Librement inspiré par le livre de Ivan du Roy, Orange stressé aux éditions La Découverte.
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