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Le jour. D'après fred sabourin

edito

Jean veut plus !

23 Octobre 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito


« Il procède du père et du fils… ». Jean Sarkozy renonce, recul, n’ira pas dites-le comme vous voulez, briguer la présidence de l’EPAD, mais reste candidat au conseil d’administration de la même structure. Jeudi soir, sur France Deux, le Prince Jean a jeté la couronne de la Défense en même temps que l’éponge. Vraiment ? Dans un surprenant numéro de communication télévisuelle, le jeune homme de 23 ans a très vite appris tous les codes de l’exercice, et a du passer l’après midi dans un média-training, ce que résume très bien François Brochet ce jour dans « le Progrès » : « en cinq minutes à peine, Jean Sarkozy nous a tout fait : l’innocent persécuté, le fils obéissant, l’élu dévoué à ses électeurs, l’homme blessé, le jeune homme mûri dans l’épreuve, le politique d’une ambition. Du grand art. son père en plus blond, plus jeune, et plus calme. La gauche se réjouit ? Les inconscients ! ».
Mais s’il s’agissait d’un renoncement, dans l’intimité du confessionnal de David Pujadas, simultanément nous avons surtout la furieuse impression d’avoir assisté à un début. Hier soir, Jean Sarkozy a montré combien la chose politique le « passionne » pour reprendre son expression, et s’il se défend désormais de présider la Défense, il ne lâche rien pour la suite. Du genre : « on s’reverra… ». Il jette l’EPAD (cf le titre de « Libé » ce matin), mais pas pour autant le bébé avec l’eau du bain.
La polémique s’éteint là où elle se rallumait. Les « commentateurs qui commentent vont commenter » (ce qui donnera raison à Frédéric Lefèbvre et à papa), les parlementaires UMP vont pouvoir retourner dans leurs circonscriptions ce we sans trop se faire engueuler. Ceux qui avaient soutenu mordicus sa candidature vont pouvoir, avec la même mauvaise foi, affirmer qu’il a fait preuve de « sagesse, maturité », bref le plan com’ va tourner à plein régime avec ses expressions à réchauffer sur tous les tons, tous les modes, tous les temps du verbe, et l’écran de fumée va pouvoir se dissiper : nous pourrons passer à autre chose. Vraiment ?
Oui car restent les questions, et parmi elles l’inévitable de savoir si il a pris sa décision seul ou si « quelqu’un lui a dit que… ».
Lors de l’interview de Pujadas sur France Deux, Jean le fils, avec sa bonne tête d’apôtre, a eu cette sortie émouvante qui restera dans les mémoires : « si la question est de savoir si j’en ai parlé au président, la réponse est non. Si vous voulez savoir si j’en ai parlé à mon père, la réponse est oui ». Ah ! que c’est beau ! Il a parlé comme les prophètes, le disciple que papa aimait… Malgré des ficelles de communication très visibles, il faut admettre qu’il s’en est bien sorti, avec un costume de la fabrique Sarkozy, même si elle peut apparaître du coup effrayante.

Si le fils se sacrifie pour sauver le père, il devra le tuer un jour si l’animal politique qui sommeil en lui veut se révéler complètement, prouvant ainsi qu’il a « appris », comme il dit.
Si le père a sacrifié le fils, il doit s’attendre à ce qu’un jour ce dernier le dépasse, sans allusion de taille, au sein d’un dynastie dont nous avons peut-être assisté hier soir à l’acte I de naissance.

Et peut-être, pour toute cette affaire, un enseignement à garder pour la suite. A mi-mandat, Nicolas Sarkozy père pourrait bien commencer son chemin de croix, dont la fin nous a déjà été contée… Par le fils, justement.





 
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Un joyau dans les Sables

3 Février 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito


 
(photo AFP)

Autour du monde, en solitaire, sans escale et sans assistance, Michel Desjoyaux a donc remporté le Vendée Globe 2008-2009, après quatre-vingt quatre jours de mer. Elle a rendu son verdict, et le marin a mis en panne, au port. Le personnage est attachant, beaucoup mieux qu’un bigorneau rivé à la coque d’un bateau. Lesquels n’ont d’ailleurs pas pu s’y accrocher, vu l’allure ! Le meilleur a gagné, le plus rusé, le plus apte à faire l’herméneutique des cartes météo, a déjouer les pièges, à dormir avec parcimonie, à livrer ses soucis trois semaines après, et, par dessus le marché, le plus chanceux.


Bien sûr il fait des jaloux : les médiocres et les skippers d’optimistes par beau temps diront que « le professeur » fait parfois preuve d’un peu d’arrogance ou de cynisme, de piquant vis à vis de ses adversaires et néanmoins collègues de fortune (de mer). Le skipper de « Port Laf’ » (Port La Forêt, en Finistère), a pu dire, paraît-il, que les concurrents « avaient l’air en croisière » lorsqu’ils les rattrapa après quarante heures de retard dès le départ. C’était pourtant drôle comme répartie… Une forte gueule est l’apanage des experts, des vrais gens de mer, ceux forgés aux tempêtes et à l’humidité des embruns qui rime si bien avec humilité face aux éléments. Tout en sachant que la victoire ne peut s’annoncer qu’une fois la ligne franchie, tout le monde n’est pas capable – comme lui - d’empanner par trente nœuds ou de border à 19 quand les autres marchent à 16-17 pour ne rien casser à l’orée des mers du sud.
Néanmoins, ses premiers mots de terrien furent pour d’autres que lui : son équipe (l’immobilier va remonter…), et les trente autres marins – et marines – présents au départ,  dont il n’en restait bibliquement que douze dimanche dernier avant seize heures. Pas mal, pour un cynique, non ? Et preuve que nous avons bien un humain en face de nous : il a bu du bordeaux pendant la conférence de presse de débriefing. Un Saint-Estèphe, 2003.
 
Dans l’actualité agité, force huit fraîchissant neuf  voire dix ou douze en fin de nuit : Gaza, grèves, manifs, levée d’excommunication, tempêtes, négationnisme, chômage, mutations sauvages de préfets etc., l’arrivée de ce joyau un dimanche après-midi dans le chenal des Sables d’Olonne après 28300 miles à quatorze nœuds de moyenne a quelque chose de rafraîchissant. On ne se pose d’ailleurs même pas la question du dopage, ni de son salaire : nous sommes loin aussi des interviews dans les vestiaires de foot après le match.
Une joie que nous partageons sans rougir, un peu comme l’enfant qui vient de voir son voiler traverser le bassin du parc où ses parents vont en promenade le dimanche. Une joie simple, teintée de reconnaissance, de respect, d’admiration secrète, d’émotions variées, et d’envies futures. Même Jourdain a attendu pour annoncer qu’il jetait l’ancre aux Açores.

Desjoyaux dans l’écrin des Sables, c’est un bijou offert à ceux qui ont encore des yeux pour admirer l’admirable. Desjoyaux fait notre fortune, et pour une fois, ce n’est pas une fortune de mer…


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L'Amiral est mort ce soir...

1 Décembre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

      Image:Rubis 02.jpg

 

             Le père d’un ami cher qui meurt, c’est comme perdre un peu de soi-même aussi.
L’Amiral JP L. est mort ce soir, à l’hôpital des Invalides à Paris, avec à son chevet son fils accouru depuis Toulouse en urgence. Après avoir sillonné toutes les mers du globe, dessus et sous la mer, après avoir combattu en Indochine, en Algérie, sur les théâtres d’opérations extérieurs comme on dit, il avait posé son sac sur la terre d’Ossau, en Béarn, à l’abri de la falaise aux vautours de Béon. Cette gentilhommière qui devint il y a un an déjà son linceul, après une mauvaise chute dans les rudes escaliers de bois.


      L’Amiral L. a commandé la flotte des sous-marins d’attaque de la marine française, et les premiers SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d'engins). Il en portait haut la devise : « Honneur, Patrie, Valeur, Discipline ». J’ai eu la chance, car c’en était une, de rencontrer cet homme aux goûts simples aux sortir de mon service national, où j’avais fait la connaissance de son fils, un ami, un camarade, un frère. Il avait le sens des expressions qui font mouche, de l’humour pince sans rire, et cette rigueur dans la gestion des horaires, méthodique et organisé, qui n’était sans doute pas toujours la plus facile à vivre pour ses proches. Il portait encore sur son paletot et dans le verbe ses idéaux d’une France révolue, faite de travail, de sens du devoir, de sacrifice, de respect et de parole d’honneur, plus que tout au monde. Son horizon s’est longtemps borné à deux, trois mètres maximum (on ne peut pas vraiment ouvrir les fenêtres dans un sous-marin...), mais entre ses yeux et les hommes d’équipage, on sentait une vraie attention, comme si le commandement de l’un par rapport aux autres ne pouvait s’articuler que par ce mot : respect.


L’une de ses – nombreuses – anecdotes marines, racontait que dans l’Océan Indien (ou Pacifique, peut importe), lors d’une pause en surface du « bateau » (c’est ainsi que les sous-mariniers nomment leur engin), il profita du beau temps et de la mer chaude pour faire un petit plongeon. Le commandant en second, voyant cela, dit aux mécaniciens de mettre quelques minutes « en avant lente », sorte de première vitesse de propulsion d’un sous-marin, juste assez rapide pour ne pas permettre à un nageur, même très bon, de rattraper le bâtiment. Il riait de cette bonne farce faite au « Pacha », et nous l’écoutions avec délectation, reprenant une gorgée de vin de Navarre. Si loin des mers.


Aujourd’hui, Amiral, c’est vous qui avez mis « en avant lente ». Nous sommes juste restés à quai.


photo : le Rubis, en rade de Toulon (J.M. Roche)

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Deux voyous sur la balance

23 Octobre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

Pathé Distribution


         Etrange coïncidence :
l’ennemi public numéro un sur les écrans de France le jour où l’amie publique numéro une, Sœur Emmanuelle, entre dans l’éternité. Deux voyous, à leur manière. Se retrouveront-ils en paradis ? Rien n’est moins sûr. Car si l’une a cherché à faire le bien autour d’elle, l’autre a souvent commis le mal, dans une fuite en avant dont il savait la fin à l’avance. Peut-on comparer les deux ? Au sens propre non. Et pourtant, ils ont été, dans leur genre, des agitateurs publics. Ils portent en eux, comme chaque être humain, les racines du bien et du mal. Sœur Emmanuelle n’a jamais caché ses positions dans un franc parlé qu’elle laissait fuser avec cette voix perchée et ce rire malicieux. Ainsi, elle disait à qui voulait l’entendre ce qu’elle pensait sur : les pauvres, les riches, l’amour, les prêtres mariés, l’Eglise, la contraception, la mission, la bourgeoisie qui l’avait élevée. La phrase qu’elle supportait le moins, lorsqu’elle était enfant : « cela ne se fait pas ». Elle aura – presque – tout fait.
Mesrine n’a jamais caché que les obligations, l’Etat, la vie rangée, ne l’intéressaient pas. Il se demandait comment un Français moyen pouvait vivre avec 2500 francs par mois. Le fric, les filles, la grande vie, le crime et bien d’autres crapuleries : ils les assumaient, et connaissaient la fin d’une vie de mise en scène dont il fut bien souvent le propre producteur.
Etonnant entrechoc des évènements. Ils ont même en commun d’avoir enregistré un message posthume à diffuser après leur départ !

Ce mercredi, sur les écrans de France, le film de Jean-François Richet, avec Vincent Cassel dans une interprétation magistrale. Mesrine fut traqué par la police, puis par l’Etat tout entier lui-même. Si le Président Giscard avait pu s’y mettre aussi, il aurait dégainé.
Au même moment, à Notre-Dame de Paris, un parterre prestigieux assistait à une messe de requiem pour celle qui avait consacré sa vie à l’amour, aux autres, jusqu’aux tréfonds des plus miséreux. Sous les voûtes sacrées, des hommes d’Etat, des femmes d’Etat. Des cardinaux. Des religieuses. Le Président, en personne.
Quel signe doit-on y voir ? J’ai envie de répondre : Dieu seul le sait, ou l’ignore encore... Car si on ne peut guère avoir de doutes sur l’avenir éternel et paradisiaque de « la petite sœur de tous », tout un chacun peut se poser des questions sur l’endroit où repose réellement Jacques Mesrine.
Il paraît que la miséricorde de Dieu est plus forte que tout. Qu’en est-il pour les voyous ? La réponse est sans doute un peu sur l’écran, un peu dans un petit cimetière du Var… 





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Casse-toi, pauv'...

20 Septembre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

Dans le métro lyonnais. Quatre jeunes sont assis. Adolescents pleine fleur. A vue d’œil, ils peuvent être en 3è. Pas plus. Ils chahutent gentiment, comme on le fait à cet âge. Ils se cherchent, font semblant de se battre, essaie d’agacer l’autre avec des petits coups portés par le plat de la main. L’un d’eux dit soudainement : « je vais te taseriser ». Du nom du fameux pistolet à décharge électrique censé neutraliser les ennemis de la République.
Je me dis que l’objet est rapidement tombé dans leur vocabulaire, dans le domaine public. Ils sont forts ces ados !
Mais il y a mieux – ou pire, c’est selon – quelques secondes après. L’autre jeune répond :
« touche-moi pas, tu me salis ». Puis jaillit sans répit : « alors casse-toi, pauv’con ! »
. Et ils partent dans un grand éclat de rire.
Voici donc la génération Sarko. Il y a eu la génération Mitterrand (j’en suis) ; la génération Jean-Paul Deux.
Désormais, l’exemple venant d’en haut, il y a la génération du franc-parler.
Merci, Monsieur le Président. Merci.

Bon heureusement il y a le regard bleu hypnotisant de cette jeune fille, détail d’un tableau étonnant qui sera dévoilé… prochainement.



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Seize + Vingt-Trois = Trente neuf (chronique non papabile)

17 Septembre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito



Benoît Seize est donc venu, et il est reparti. Entre temps, trois jours aussi denses que différents par leurs discours, les discours sur les discours, les pour, les contre, les positives attitudes laïques, les négatives ; puisqu’il y a du ‘plus’ quelque part, c’est qu’il doit y avoir du ‘moins’ aussi. Des messes en veux-tu en voilà, des évêques aux anges, des pèlerins aussi, un déluge de flotte à Lourdes – c’est une ville d’eau, rappelez-vous – du soleil sur les petits parisiens bc-bg samedi matin aux Invalides (ils habitent « à deux pas » comme on dit dans l’Ouest parisien). Un couvent des Bernardins transformé en étuve pour 650 – ou 700 c’est selon les sources – « intellectuels et personnalités du monde de la culture », dont Anne Roumanov, Didier Barbelivien, Nicoletta  (qui n’a pas sorti de nouvel album, ouf !) ou encore Alain Chamfort. Au premier rang, Chirac et Giscard, l’histoire continue, une pile neuve dans le sonotone pour ne rien rater des racines de la culture européenne.

Que n’aura-t-on dit, ou pas dit, sur ce pape allemand, ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dont l’intitulé lui-même suffit à comprendre qu’il y a peu de chance de rire en lisant ses oeuvres. Un homme réservé, ne goûtant que parcimonieusement aux joies des foules en délire et encore galvanisées par son illustre prédécesseur, doux et humble de cœur, tradi dans ses liturgies, et même ailleurs mais ça on le savait déjà.



Il y a donc eu deux voyages dans la visite : Paris et Lourdes. Le même homme, mais pas les mêmes objectifs, ni les mêmes rencontres.
Une visite diplomatique à Paris, Sarko en enfant de chœur faisant tourner l’encensoir fumant des braises de la laïcité version « plus ». Carla B. en princesse qu’on ne sort plus, ignorée des médias et du pape par la même occasion : il doit y avoir un problème de divorce-remariage, au moins du côté de Nico. Le discours sur le travail des moines aux racines de la culture européenne : les acteurs de la culture contemporaine ont dû apprécier. Et puis les Invalides, splendeur virginale sous un soleil digne d’Austerlitz, à une portée de canons du musée de l’Armée, où se pressait donc une foule très catho bon teint : beaucoup de poussettes et de mères de familles (très) nombreuses, de pères idoines, de fils et filles en vareuses achetées à Quiberon l’été dernier. L’Eglise métissée, celle des nations, celle de St Paul quoi, n’y était que fort peu visible. La quête a dû en être meilleure.



Et puis Lourdes, surtout, et enfin dirai-je. Lex orandi, lex credendi. L’Eglise célèbre ce qu’elle croit. Là bas, hormis le discours aux évêques où Seize fut « fidèle à lui même » (sic l’un des leurs, académicien), le miracle opéra, une fois encore. Les laïcs qui se crèvent la peau pour palier l’hémorragie du clergé dans les ¾ du pays, c’est-à-dire ailleurs que dans les trois ou quatre grandes métropoles, ont dû cependant se demander si on l’avait prévenu qu’ils existaient. Yves-Marie Congar et ses Jalons pour une théologie du laïcat doit soupirer, là haut. Quant aux divorcés remariés, ils continueront de changer l’eau des fleurs au pied de l’autel, ou coller des affiches sur les panneaux au fond de l’église. C’est une façon d’être proche d’eux.



Mais Lourdes, surtout, ce sont les milliers de sans jambes, ni bras, ni yeux, ni oreilles, ni parole, parfois il manque aussi des choses à l’intérieur, peut-être même sans papiers qui sait ? Ces boiteux, handicapés, malades, pauvres, ignorant jusqu’à la théologie de Thomas d’Aquin ou Augustin ; ces milliers de personnes qui sont tout sauf dans le culte de la performance, du fric facile et de l’outrageuse culture du manager, ces milliers de personnes ont là bas, si loin, dans cette ville si ombrageuse, ténébreuse jusqu’en son ciel capricieux (il peut y neiger le 15 août et sécher par 35° en avril), trouvé comme à chaque fois un réconfort, une écoute, une empathie réelle, une aide physique autant que morale. A la suite de cette bergère qui ne le fut d’ailleurs pas – et tant pis si le culte marial qui s’ouvrit alors était une aubaine pour l’Eglise de la seconde moitié du XIXè siècle mise à mal par la sécularisation et l’anticléricalisme qui régnaient alors – des millions de pauvres et de laissés pour compte, parce que différents jusque dans leurs corps, et donc exclus du grand bal des puissants, trouvent près de cette grotte sombre et humide une existence, une validité, une compréhension, une compassion, en un mot : une dignité. Bernadette, Marie, le Christ : le chemin est tracé.



A Lourdes, B. Seize a réellement rencontré cette Eglise bigarrée, métissée, faite de riches et de pauvres, de malades et de bien portants. Nous n’oserons écrire : « d’en bas », car, comme la laïcité positive (mot malheureux, car elle est par essence positive puisque émancipation), elle pourrait alimenter la thèse d’une Eglise « d’en haut ». Alors que le « Très Haut » n’est visible que dans le « Très Bas », selon le très bel ouvrage de Christian Bobin, qui cite ses sources.

A Lourdes, pour reprendre une expression pour le moins managériale, l’homme est réellement au centre de l’entreprise.
Puissions-nous, quelques heures au moins, nous en rappeler, positivement. En République, tant qu’à faire.

 pendant ce temps-là, il neigeait à quasi 2000m d'altitude en Béarn, et l'Ossau en blanchit de joie, revêtant ses habits sacerdotaux pour l'automne précoce. Faut quand même reconnaître qu'il y avait moins de monde qu'aux Invalides et à Lourdes...

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l'âge idiot

18 Juin 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                                    Et on s’endort toutes les nuits, dans les casernes

photo Marc Lucas (le 6è RPIMa de Mont-de-Marsan transformé en maison de l'intercommunalité)

     Décidément, le Tout Puissant de la République, Président dit d’ouverture, est en réalité un président de fermeture. Après les maternités non rentables, les tribunaux idoines, les classes d’écoles, les services publics divers et variés, voici le temps pour les casernes de passer sous la férule de Monsieur Ouverture.
A voir l’acharnement avec lequel il conduit ses réformes, en y pesant de tout son poids, et en « assumant ses responsabilités » (on s’en rappellera t’inquiète pas !), il y a fort à parier que le coquin, s’il avait enfilé un treillis kaki lors du service militaire qu’il ne fit pas, aurait ciré les chiottes d’une caserne d’un régiment de lance-pierres du côté de Mourmelon, durant douze mois, au moins ! Ou bien - pire alors - il aurait peut-être été de ces abominables caporaux, surnommés à juste titre « cabots », jaloux de leurs maigres privilèges à faible responsabilités, faisant régner la terreur, du moins jusqu’à ce qu’un plus haut gradé n’entre dans la pièce, et change la donne.



Des casernes vont fermer. Dont acte. La menace se déplace, est-il besoin d’entretenir la blancheur des ponts de bateaux, les planchers des bâtiments à l’architecture si glamour, est-il besoin, enfin, de maintenir dans des villes déjà mourantes des garnisons qui n’étaient quasiment leur unique source d’activité économique ? Que pourraient donc devenir Langres, Chaumont, Dieuze, Bitche, Bourg-Saint-Maurice, Châteauroux, Lunéville ? Leur nom n’évoque qu’une curiosité géographique qui poussera, peut-être, à consulter un atlas pour situer où sont ces charmantes villes mourantes, et néanmoins françaises. Ou : comment passer, pour ces petites villes, de l’acharnement thérapeutique à l’accompagnement des mourants. Il se trouvera même, parmi ces villes dites de garnison, des électeurs du petit Nicolas… Gageons que les élus locaux savent désormais à quoi s’en tenir.



Les anti-militaristes vont se réjouir : on ferme des casernes ! Le vieux rêve commencé bien avant le Front Populaire va se poursuivre. Au bénéfice, en passant, du renseignement : 12000 espions au service très spécial de sa très gracieuse majesté, un belle Division en réalité.
L’avantage des casernes, outre qu’elles avaient ce côté gentiment désuet, fait de corvée de chiottes, de permissions suspendues, de chambrées de douze, de gaîtés d’escadron, de longues heures d’attentes en short par zéro degré le lundi matin dans une cour brumeuse, et, pour certains, un parfum de mauvais souvenir par anticipation (ils ont préféré déserter !), elles avaient l’avantage d’être visible, audible, et souvent aussi le poumon économique depuis plusieurs siècles. Une page se tourne.
Avec les espions, ce sera beaucoup plus difficile…
Surtout quand on sait qui les dirige.



Laissons à Jacques Brel, une fois encore, le soin d’illustrer de façon fort pertinente, le propos.

« L’âge idiot c’est à vingt fleurs
quand le ventre brûle de faim
qu’on croit se laver le coeur
rien qu’en se lavant les mains
qu’on a les yeux plus grands que le ventre
qu’on a les yeux plus grands que le cœur
qu’on a le cœur encore trop tendre
qu’on a les yeux encore plein de fleurs
mais qu’on sent bon les champs de luzerne
l’odeur des tambours mal battus
qu’on sent les clairons refroidis
et les lits de petites vertu
et qu’on s’endort toutes les nuits
dans les casernes.

L’âge idiot c’est à trente fleurs
quand le ventre prend naissance
quand le ventre prend puissance
qu’il vous grignote le cœur
quand les yeux se font plus lourds
quand les yeux marquent les heures
eux qui savent qu’à trente fleurs
commence le compte à rebours
qu’on rejette les vieux dans leur caverne
qu’on offre à Dieu des bonnets d’âne
mais que le soir on s’allume des feux
en frottant deux cœurs de femmes
et qu’on regrette déjà un peu
le temps des casernes.

L’âge idiot c’est soixante fleurs
quand le ventre se ballotte
quand le ventre ventripote
qu’il vous a bouffé le cœur
quand les yeux n’ont plus de larmes
quand les yeux tombent en neige
quand les yeux perdent leur piège
quand les yeux rendent les armes
qu’on se ressent de ses amours
mais qu’on se sent des patiences
pour des vieilles sur le retour
ou des jeunes en partance
et qu’on se croit protégé
par les casernes.
(…)


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Les bons conseils du docteur Nicolas

4 Juin 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                                           Beau - Jolais



Soyez sûr que ce conseil sera suivi à la lettre !
N’en déplaise à tous les oiseaux de mauvaises augures censés protéger la santé du vulgum pecus à coup de lois restrictives, s’immiscent dans le quotidien privé à la manière de.
Pour illustrer le propos, et l’accompagner d’un solide repas équilibré, voici une petite pépite du genre, signée Thomas Dutronc, dans son album Comme un manouche sans guitare.

 

« Chère mamie, cette petite carte de Vendée où nous sommes pour quelques jours...
Oui, vous vous rappelez ces cartes postales quand on était petit, il fallait toujours se forcer à les écrire. Il y avait, voilà, fallait écrire à notre tante, notre grand tante, notre grand oncle...Et puis, bah, ça nous barbait, alors nos parents, ils écrivaient la carte et puis on signait en bas...
Puis maintenant, le temps a passé. Quand on ouvre notre boîte aux lettres, c'est nous qui aimerions bien recevoir plus de cartes postales. Je me rappelle de mon grand père à la fin de sa vie, il avait 86 ans, sa femme était morte, il rentrait tout seul. Il avait du mal à pousser sa porte, elle était lourde et puis, il y avait sa boîte et dedans il y avait des conneries de serrurerie, des prospectus, des machins et puis, je me suis dit putain, je lui écrivais pas assez de cartes, j'aurais voulu lui écrire plein de cartes et voilà, le temps passe et bordel !
Le temps passe toujours trop vite hélas. Nos amis souvent les plus chéris, les meilleurs sont partis, sont loin, sont malades, sont morts... Parfois, dans la nuit, on ne sait plus très bien qui on est, on ne sait plus où l'on va. Parfois, l'angoisse nous prend le coeur, parfois, la personne qui dort à côté de nous est un étranger.

Alors moi je sors et je me commande un steak-frites, un bon gros steak avec des frites bordel ! Y'en a marre de ce poisson grillé ! De ces haricots verts ! A mort le haricot ! Vive la choucroute !
Un bon gros morceau de viande et des pommes de terre bien grasses. La révolution du saucisson est en marche ! Venez avec moi vous roulez dans la paella, vous vautrez dans le couscous ! Mes amis, aux ordures et à la poubelle ces oméga 3, on veut des graisses saturées ! Ras le cul de ce régime !
Prenez des tubercules, des pommes de terre, vous savez ces tubercules, coupez les en fines lamelles, plongez les dans l'huile bouillante, salez les et vous aurez des frites !
Ni dieu ni maître mais des frites bordel ! »

Thomas Dutronc. (Comme un manouche sans guitare)







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Chronique ardéchoise d'un journaliste localier (n°15)

19 Février 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                                 Des hommes dans tous leurs états

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       Bruno Le Maire fut conseiller puis directeur de Cabinet de Dominique de Villepin de 2005 à 2007. Durant ces années d’exercice du pouvoir qu’il qualifie lui-même de « jungle des sentiments confus, parfois sincères, parfois troubles  des hommes de pouvoir», il a consigné soigneusement dans des cahiers ses réflexions, remarques quotidiennes sur son travail de collaborateur de cabinet. Mais il émaille aussi Des hommes d’Etat de passages très personnels, sur sa vie familiale, ses enfants qu’il ne voit pas assez, des week-end annulés en dernière minute pour raison d’Etat : « Le temps perdu loin de ses enfants ne se retrouve pas : ils grandissent, ils oublient, ils se détachent et nous avec, par la force des choses ». Ce parti pris peut lui être reproché par certains lecteurs qui ne chercheraient dans ce livre que le compte-rendu distancié des deux années Dominique de Villepin comme Premier Ministre de Jacques Chirac. Les mêmes lecteurs, n’en doutons pas un seul instant, se sont délectés de ces anecdotes personnelles de Bruno Le Maire. Le voyeurisme va rarement de paire avec une certaine loyauté dans les propos. 

Néanmoins, il s’agit sans doute des meilleurs passages de cet ouvrage, et probablement ce que l’auteur a souhaité montrer, au fond : la vie publique et politique exige beaucoup de sacrifices, y compris les plus grands, lorsqu’il s’agit de ses propres enfants et sa femme. Sans pathos exagéré, mais avec une vraie sincérité dans la plume de cet Enarque qui n’a visiblement pas oublié qu’il est aussi Normalien, il nous livre avec style, un témoignage cru et parfois cruel, sans commentaires, sur ces petits épisodes de la « vraie vie ».
Le propos des quelques 450 pages Des hommes d’Etat reste cependant centré sur les relations ambiguës entre le locataire de l’Elysée (Jacques Chirac), de plus en plus en bout de course (particulièrement après son accident cardio-vasculaire de septembre 2005). Dominique de Villepin, « qui fait de la politique en corsaire, prenant ce qui vient, évitant soigneusement les attaches, ombrageux, terriblement attachant, solitaire, jaloux et prisonnier de son immense liberté ». Et Nicolas Sarkozy, décrit avec cette impatience et cette arrogance gamine qu’on lui connaît sur la route de l’Elysée, et bien au-delà, triturant sans cesse son portable, jouant des alliances et mésalliances, résumé à lui seul dans cette phrase : « de toute façon, il faudra bien qu’on arrête un jour de se chamailler comme deux gosses » (au téléphone avec de Villepin). 

Bien sûr se pose la question de la véracité des propos relatés par Bruno Le Maire : en tant que directeur de Cabinet, il a assisté à beaucoup de réunions, d’entrevues, répondu à des milliers d’appels téléphoniques, de Chirac, Villepin, Sarkozy et tant d’autres. Mais comment a-t-il fait pour entendre ce que seuls les trois sus cités se disaient au téléphone, les antichambres ou dans le secret des véhicules de fonction ? Se pose également la question de la distance que le nouveau député de la circonscription d’Evreux a mis (ou pas) avec son ancien mentor ? Il l’admire, c’est certain, et en bon chiraquien, se méfie de Nicolas Sarkozy, qui ne semble pas avoir pour lui d’autres sentiments que ceux qu’on accorde à un fusible de cabinet.
Quant aux relations entre l’ancien Premier Ministre et le futur Président de la République, elles sont contrastées, teintées à la fois de respect, de haine (de plus en plus souvent), et sans doute d’admiration mutuelle pour la part de l’autre que chacun ne possède pas : l’énergie farouche et l’ambition impatiente pour Nicolas Sarkozy. La liberté d’un hussard en politique, qui n’a jamais été au feu du suffrage électoral et qui a réussi le tour de force d’être en moins de dix ans la plume de J. Chirac, ministre de l’Intérieur et Premier Ministre.
Lorsque Nicolas Sarkozy évoque une visite de campagne à Charleville-Mézières, il parle fonderie, industrie : « les gens accrochent, je vous garantis qu’ils accrochent, Dominique ! ». Villepin répond : « Il y a Rimbaud, aussi. – Rimbaud ? – A Charleville-Mézières. – Oui, après, évidemment, Dominique, il faut savoir si on fait de la poésie ou de la politique ».

Des hommes d’Etat, de Bruno Le Maire, pourquoi pas un essai politique à lire car c’est également un essai d’un homme de lettres et de sentiments, humainement perdu et pourtant techniquement à sa place dans ce cirque machiavélique. Lorsque, à de rares instants, il parvient à s’échapper de cette vie publique pour retrouver les siens (à une terrasse de café, en famille), il a alors sans doute les réflexions les plus belles, qui prouvent que tout ce fatras reste profondément humain : « On rêve au pouvoir de stratégie et de grandeur, et tant mieux, pourtant la pratique se joue dans le détail, l’infiniment petit, le microscope, le mot juste, le tempo exact, la virgule correctement placée et la cravate de la bonne couleur. Quand on sort pour un instant de la politique, on prend en pleine poitrine le vide, le silence, l’air : on respire, tout est grand »

Des hommes d'Etat. Bruno Le Maire. Grasset.
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le lion est mort ce soir...

14 Février 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

                                            « La rigolade est un art sérieux !» 
      
          Il avait le sens de la formule décalée qui faisait mouche à tous les coups. Chanteur populaire, crooner suave et sensuel susurrant des mélodies comme des mots d’amour sucrés. Pas mielleux, sucrés. Certaines femmes font la différence…
Ringardisé dans les années 80 et 90, certains disaient, à l’évocation de son nom : « ah oui ! Zorro est arrivé », avec dans la voix cette condescendance qui ne se confond jamais avec le respect dû aux hommes d’âge respectable. On oubliait du même coup Django Reinhardt, Ray Ventura, Boris Vian (avec lequel il composa 400 chansons), Bernard Dimey… Tous l’avaient repéré, engagé auprès d’eux. La bossa-nova lui doit beaucoup, il aimait à le rappeler, sans se la raconter. Car il n’était pas homme à courir après les honneurs. Partisans des joies simples, du soleil, une île, du coton, un hamac, quelques accords de guitare, la pétanque avec les copains, un panama sur le crâne, le « petit gorgeon » au bistrot du coin… La liste pourrait être longue.
Une silhouette reconnaissable : costards blancs, chemises bariolées, guitare tenue comme on étreint un être cher.
Et un rire. Un grand éclat de rire, communicatif, irrésistible même. Cet homme avait l’élégance d’en rire, manière pour lui de masquer une grande timidité.
Lors de son dernier concert, le 21 décembre 2007 au Palais des Congrès, il avait tiré sa révérence en disant : « c’est un déchirement de vous quitter ».
Il n’imagine pas à quel point cela est vrai pour nous aussi…
Au revoir, Henri.


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