regarde-la ma ville
Lave ton linge sale en famille
Et montre à tout le monde combien le rouge te monte aux joues.
Ah ! les beaux jours où le linge pend aux fenêtres, signe que ça sèche mieux dehors. Pendant ce temps-là, on peut s’en jeter un derrière la cravate. En attendant le déluge. Jamais sûr, mais toujours à craindre…


Toit mon toi

Difficile d’imaginer la scène, mais il me plaît de croire qu’un géant s’encorna le coin du toit dans cette rue de Villeurbanne. Mécontent, le triple mètre redressa son chapeau, et fit l’état des lieux. A l’évidence, il était soit trop grand, soit trop près du toit. Il roula sa bosse jusqu’au service municipaux de la voierie, afin d’obtenir gain de cause. La plaidoirie fonctionna, et le panneau pris place à l’angle mortel pour ceux qui toisent trop haut.
On dira ce qu’on veut du service public, mais celui-ci a été conciliant avec le blessé.
Voilà ce qui peut arriver à force de marcher le nez en l’air…

bande de Gaza ?

Non, bande de tramway à Vaux-en-Velin. Ruines de vie, de travail, d'usine.
Où est l'enfant qui joua sur ces tricycles ? Est-il soldat ? Chômeur ? Etudiant dans une grande école ? Cadre dans une entreprise ? Technicien de surface ? Alcoolique ou drogué ? Cycliste professionnel ? Facteur ? Père de famille poussant un chariot les dimanches de décembre dans une galerie commerciale ?
Où sont ses rêves, qui entend son rire ? Qui perce le secret de ses yeux qui demandaient pourquoi ?




Vide bourse

Nous avons bien pris acte que c’est la crise, la récession, la dégringolade financière, le temps des patates est de retour (pour certains il ne fait que continuer), la fin de partie pour tous ceux dont le métier était de jouer avec l’argent, le tiens, le mien, le nôtre pour être plus précis. Qu’on se rassure, beaucoup de ces joueurs sont à l’abri des embiernes - comme on dit dans la capitale des Gaules - grâce à des matelas de fric confortables, et durement amassés depuis des lustres.
Mais d’autres ont déjà trouvé une reconversion, tel ce peintre aux pastels, qui, après discussion, accepta le cliché volé. Il faut bien vivre, me disais-je, et si les anciens banquiers accrocs de la finance pouvaient laisser filer au grand jour la fibre artistique qui sommeille en eux, le monde s’en porterait peut-être un peu mieux. Mais je vois déjà poindre en vous, lecteur à la sagacité bien affûtée, un sourire de compassion : quelle candeur ! Un monde d’artistes ! Un rêve éveillé, un cauchemar pour d’autres…

« Pas de souci », selon l’expression très en vogue et terriblement rasoir (égratignée, parmi d’autres, par Philippe Delerm dans Ma grand-mère avait les même. Les dessous affriolants des petites phrases chez Point). « Pas d’souci », la rue suivante vient m’arracher à mes rêveries de saltimbanque. Nous sommes bien dans un monde où règnent l’argent, les financiers et les banquiers. Et mieux vaut avoir ses mains près de ses poches, de peur que des sous n’en tombent et se perdent. La preuve par l’image.

Il était une fois...
http://letiroir.canalblog.com/
allez-y voir pour voir, c'est un peu comme un échange linguistique. D'ailleurs Monsieur B sera très prochainement l'invité de ce blog. Il parle très bien Anglais, mais ça n'a rien à voir.

Urbain (2)
Près d’ici il y a une « friche culturelle ». Des anciens entrepôts qui ont eu du pot : pas de promotion immobilière, point de supermarché marchand de moquette ou bricolage pour quadra aux 35 heures.
Une friche, une vraie, avec des artistes, des vrais. Certains vivent même dans des camionnettes / camions aménagés. En plein cagnard, c’est dire si la fibre artistique est dure à cuire.
Des grafs, tags, dessins, sculptures ornent les murs et chaque parcelle de béton de ces anciens ateliers. Une usine à gaz, si on considère comme tel celui qui sort des bombes de peintures agitées frénétiquement par les dessinateurs. Certains ont du talent. D’autres moins. Une affaire de goût, c’est sûr.
Pour ne pas piller la propriété intellectuelle de ces artistes en béton (il n’y a que peu d’herbe, et dans la plupart des cas déjà fumée), je ne prend aucun cliché des grafs & tags en question.
Pas grave, mon capitaine : il suffit juste de lever les yeux, pour voir d’autres formes qui, elles aussi, méritent le détour.
A chacun son jouet. Un appareil photo fait très bien l’affaire.




Urbain (1)
Les Gitans

Il fait beau au soleil sur le pont. Je regarde les gitans de l’autre côté du port. Ils sont beaux. D’ici je ne vois pas leurs têtes, ils sont justes beaux d’être, tous ensemble devant leurs caravanes à s’agiter autour de leur conversation. Ils doivent parler très fort, j’en entend des bribes par dessus le bruit des voitures. Leur présence rayonne sur le port, on sent qu’ils existent très fort. C’est pas comme l’autre, qui vient avec sa Porsche surveiller son petit voilier ; ni même comme les clodos du pont qui eux rayonnent la résignation. D’ailleurs ils sont partis c’est peut-être à cause des gitans.
Une petite boule rouge s’active autour du groupe, elle tient un balais qui fait deux fois sa taille, elle fait des pas immenses et secs, et le manche virevolte au dessus de sa tête. Elle paraît chargée d’électricité. D’ici sa robe lui tombant jusqu’au pieds m’apparaît comme un cerf volant frétillant dans le soleil de printemps.
Je t’avais peint ce tableau avec des mots, mais j’ai gardé pour moi cette lettre, cette journée qui m’ouvrait sa fenêtre.
(Mano Solo)


(à suivre...)
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