quelle epoque !
C'est la crise
- Le père noël est une ordure -
L'hiver s'annonce long et rude...
(c) Fred Sabourin. 09/2011
Commémorez, commémorez, il en restera (peut-être) quelque chose…
- Cinq, quatre, trois, deux, un... -
« Déjà la pierre pense, où votre nom s’inscrit, déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places, déjà le souvenir de vos amours s’effacent, déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri. » Louis Aragon, dans Le roman inachevé, faisait-il déjà, sans le savoir, œuvre de commémoration ? Commémorer, littéralement avec la mémoire, être avec, se souvenir. Aragon commémore, dans ce recueil de 1956, le souvenir des poilus tombés au front de la première guerre mondiale.
Un grand bon dans le temps. Et une maladie : la commémorationite. Vous aviez raté le 10 mai 1981 ? Vous avez dû adorer le 10 mai 2011. Adorer, célébrer, dans une veine nostalgique, de culte, de quasi idolâtrie, une béatification. On parla même de pèlerinage rue de Solferino ! Ceux qui cherchent le souffle de l’espoir pour l’année à venir ont beau s’en défendre : ils se tournent vers Lui, le seul socialiste à avoir accédé à la présidence de la Ve République. Cette « tontonmania » a pourtant quelque chose d’attendrissant, à l’heure du repli sur soi et la cellule familiale, semblant seule pouvoir résister à la crise. Chacun se souvient - sauf pour les moins de trente ans – se qu’il faisait le 10 mai 1981, comme on se souvient ce qu’on faisait le jour de la mort de Claude François ou le 11 septembre 2001. Témoignages à profusion, souvenirs d’une soirée électorale vécue en famille puis dans la rue dans une farandole hexagonale au son de l’accordéon. Gueule de bois du 11 mai. Le rêve devenu réalité pour les uns. Le cauchemar pour les autres. La nostalgie pour tous.
Mais que retenir de ces trente ans qui puisse servir de socle pour l’espoir de demain ? Nous ne parlons pas d’un demain lointain, dans un futur de science fiction, mais du demain de demain. Dans un an, par exemple. Comment cette profusion-confusion d’évènements peut-elle servir de base à la recréation d’un nouvel élan, nouvel espoir, un nouveau courage politique, exemplaire, pour donner envie aux Français de se rendre aux urnes ? Si la commémoration du 10 mai 1981 n’est qu’une strophe de plus pour le souvenir des jours heureux, alors elle ne sert à rien, ou pas grand-chose. En parcourant les nombreux témoignages de ceux qui aujourd’hui commémorent, trente ans après, un élément semble émerger : pour beaucoup, le 10 mai 1981 représente le dernier moment où les Français ont cru qu’une élection pourrait changer quelque chose. Et ils n’eurent pas complètement tort. Le président élu ce jour là se faisait le chantre du changement, en cent dix propositions. En trente ans, la France a en effet beaucoup changée. Mais la crise – dont l’acte de naissance ne date pas des subprimes en 2008 – était déjà là en 1981. Elle ne cessera de croître, et avec elle vont rapidement décroître les immenses espoirs générés par ce fol mois de mai 1981, et l’été qui s’en suivra.
« On est toujours du pays de son enfance, et mon enfance, c’est la Charente, » disait le président du 10 mai 1981. Les commémorations trente ans après ont-elles le goût du retour à l’enfance, celle de l’union qui le porta au pouvoir mais aussi la nôtre à tous, cette part d’âge d’or et de rêve qui jamais ne s’éteint vraiment en chaque homme ? Les roses du 10 mai 2011 semblaient avoir le goût et l’odeur des madeleines de Marcel Proust, dans une France sépia qui peine à envisager le futur et encore plus à vivre le présent. Ce président célébré par ses anciens fidèles avait le sens de l’histoire, laquelle est d’ailleurs tout sauf une fixation ou suspension du temps. Reste à savoir ce que deviendra cette histoire, dans les mois qui viennent ? Sujet épineux, entre les roses et les madeleines du souvenir…
PS : le 11 mai 1981, Bob Marley, l’homme du reggae planétaire mourrait. Qui pour commémorer ?
Madame promène son cul sur les rempart de… *
Ça se passe de commentaires. Et ça se passe à la boulangerie. Trois personnes devant l’homme qui a besoin de pain. Une vendeuse, et en l’occurrence pas n’importe quelle vendeuse : la patronne de la boulangerie. Les clients avancent, puis partent une fois servis.
Vient le tour de la dame devant l’homme, vêtue d’un jean moulant des fesses molles et basses, semblant donner la direction de chaussures genre demi-santiags à bouts pointus, et rayées marine et gris. « Ça donne un genre, » comme dirait ta mère. A ce moment-là, la patronne-vendeuse-boulangère s’exclame suffisamment fort pour que l’homme qui est derrière entende : « Bonjour, Madame Machin ! » (le nom d’un élu local très connu et très en vue). L’homme ne savait pas que c’était Madame Machin, l’épouse de l’adjoint au maire et président de l’agglo. Madame Machin, dont il ne voit pas le visage puisqu’il est derrière son dos, semble néanmoins flattée par cette marque de reconnaissance sociale des petites villes bourgeoises de province. Elle demande une ficelle provençale, une baguette à l’ancienne et un autre truc. Elle paie et s’en va, saupoudrée de « Merci Madame Machin, au revoir. »
Arrive le tour de l’homme qui était derrière. Illustre inconnu – juste client régulier de la boulangerie qui a pignon sur rue – il a droit à un : « Et pour vous, ce sera ? »
Ben… un pain, avant de te le mettre dans la figure.
* Jacques Brel, Les remparts de Varsovie.
Fatigué ? Non, Épuisay
Épuisay, village de 715 habitants, possède trois gratte-ciel : un château d’eau, une église et une éolienne ancienne génération, comme on en voit souvent dans les western. Épuisay loge aussi quelques moutons. Épuisay a, comme toutes les communes du coin, un silo à grains, un marchand de fromages de chèvre ambulant, une boulangerie, et deux bistrots. Chez Nelly fait figure de plaque tournante. Le seuil franchi, le bar trône au milieu de la carrée. On peut en faire le tour. Y sont scotchées et punaisées les cartes postales des habitués qui, même en vacances, n’oublient pas Nelly. Une bise de Bretagne. Un petit bonjour de Provence. Chez Nelly, on ne fait pas de chichi. On mange à côté d’autres convives, qu’on ne connaît pas forcément. C’est le cas de ma voisine d’en face, physique de camionneuse, pull over à col zippé et doudoune sans manche. Chez Nelly, on ne vous demande pas « ce que vous voulez manger ». La serveuse vous dit : « Le buffet des entrées est à l’entrée (justement), je reviendrai vous voir pour la suite. » Un œuf dur mayonnaise, une tranche de pâté en croûte et quelques carottes râpées plus tard, la serveuse (Nelly ?) tient sa promesse : sauté d’agneau ; langue de bœuf ; porc au curry ; daurade. On est vendredi de carême, va pour la daurade, brocolis – semoule. Chez Nelly, pas de carafes : la bouteille d’eau est sur la table. Le vin itou. C’est un restaurant européen : le vin est un mélange de ses différents pays (c’est écrit dessus). Chez Nelly, visiblement, on est chez soi. Deux routiers dont un sans cheveu discutent de « tracteurs trois essieux, comme les Anglais. » Sept mercenaires de l’ex DDE vêtus de bleus et d’orange entrent pour bâfrer. D’autres routiers sympas engloutissent des harengs-pommes à l’huile, et une salade piémontaise avant de faire un sort à la langue de bœuf. Trois mangeurs sur quatre portent un pantalon bleu de chauffe et des chaussures de sécurité. Trois jeunes commandent un apéro : Ricard, Martini et demi pression. Chez Nelly, tout est compris : le mangé, le boire, le fromage, le dessert, le café et l’addition. Le tout pour onze euros et quarante centimes. « On ne rend pas la monnaie sur les tickets resto, mais je vais vous le faire quand même. Quand on n’a pas le droit, on prend le gauche, » me dit le patron. Je savais bien qu’on parlait politique ici aussi…
Chez Nelly, à Épuisay, on ne sort pas avec la faim. Avant de franchir la porte, un panneau en liège où sont punaisés des avis divers vous invitant à des trucs où les gens d’ici vont. Une paëlla associative de la chorale rurale (on imagine déjà le chant avec les grains de riz coincés entre les dents…), des portes ouvertes chez le garagiste d’un village voisin. Un article jauni de la presse locale à propos de l’antédiluvienne éolienne. « Et merci monsieur et bonne journée ! » salut le patron à la sortie. Ici, même si on ne connait personne, on est quand même quelqu’un.
Comment nomme-t-on les habitants d’Epuisay, dans le Perche Vendômois ? Certainement pas les fatigués.
Un peu après, avec le maire d’Ouzouer-le-Doyen, 275 habitants, on fait le tour d’une façade de la mairie-école-salle-de-réunion-cantine-scolaire. Le Conseil général, dans sa grande largesse et surtout avec les impôts des administrés, a doté les mairies de moins de 1000 habitants de quoi améliorer l’ordinaire. Le grenelle de l’environnement passant aussi par là, les fenêtres et portes ont toutes été changées. Le maire d’Ouzouer est un drôle de personnage. Chemise et pantalon noir, trois quart en cuir idem, chapeau auvergnat noir, façon Mitterrand. Il entre dans le secrétariat de la mairie où sont pèle mêle : une secrétaire de mairie, une Marianne à gros seins - aucun lien avec la secrétaire - et un petit président devant une bibliothèque de livres qu’il n’a pas lu. On dirait un cow-boy (le maire, pas le petit président, Ndlr). Après un café robusta rustique et quelques foudres contre les éoliennes des terres agricoles voisines, il invite à faire le tour du village, où un presbytère du XVIIIe siècle attend d’être rénové mais pas tout de suite car c’est très cher, une église refaite à neuf au carrelage de salle de bain, et, incroyable, une agence d’une banque agricole fort connue dans la ruralité, seul « commerce » du lieu. On salut l’édile, qui dans un dernier commentaire explique qu’il va monter une expo sur le cirque dans le village, et qu’hier, « pour le carnaval des enfants, je me suis déguisé. Mais pas en clown, hein ! »
Nous voilà rassuré.
- sans titre -
- tout confort -
- salle des fêtes -
- this is the end -
L'entrevue
- jambon à la Ronsard -
Ce n’est ni une ville, ni un village. Un gros bourg. Historiquement l’endroit est connu pour y avoir accueilli une fameuse entrevue du 24 octobre 1940 entre Pétain et Hitler, qui scella l’allégeance collaborationniste d’une certaine France avec l’envahisseur. Le temps semble y être figé, et pourtant donne des signes de vie sous forme de hoquet. C’est jour de marché, et la place Clémenceau sort de sa torpeur grâce à la présence des marchands d’un peu tout. Fringues hors mode côtoient volailles vivantes. Plantes printanières jouxtent œufs et fromages de chèvre. Pacotilles et montres en toc à 5€ voisines des choux fleurs et d’une promo sur les endives. Ici, pas de vidéo-surveillance : le policier municipal, dans son uniforme bleu des villes, arbore une paire de baccantes digne des Brigades du Tigre. Il est aussi placier, et fait son tour. Les mains dans les poches, il discute avec un VRP vantant les mérites des fenêtres isolantes et isolées. Le Grenelle de l’environnement passera aussi par là. Un chapelier et casquettes tente d’appâter le chaland avec des lunettes de soleil. Manque de pot, ce dernier joue avec les nuages à l’instant même, et la fraîcheur retombe. Il est temps d’aller se restaurer. Un rapide tour d’horizon de la place offre le choix entre le café « du commerce », « de l’avenue », « de la cité » ou « de la paix ». Nous choisissons « la paix », comme un heureux présage. Il y a du sauté de veau en plat du jour, et des bouteilles sur la devanture.
La salle mâche dans un bruissement de paroles et de bouches pleines. Ça sent la frite jusque dans le cœur du veau. Des quarts de vin rouge de pays font des marques rondes sur les nappes en papier publicitaires. La tôlière, à trogne ad-hoc dans un gilet de laine grise nous accueille avec un sourire commercial. Sa jeune et diaphane employée de salle nous installe sur la table n°3, « à côté du monsieur, ça vous va ? » Le monsieur en question porte cravate et pull à col en ‘v’ bleu nuit. Il salut, poliment. Son portable vibre sur la table. Il porte un logo orange. Economique, le menu indique une entrée, plat et fromage ou dessert à dix euros cinquante. Va pour le menu économique, avec un énigmatique jambon « à la Ronsard ». S’il savait, le pauvre… Les crudités arrivent, et comme je le craignais, il y a du céleri rémoulade. Les souvenirs de cantoche remontent en un clin d’œil.
Dans un angle, près de la fenêtre, un homme entouré de cinq personnes. Age moyen, moyen âge. Il porte costume noir, chemise immaculée et cravate rose. J’ai l’impression de l’avoir déjà vu. Impossible, je ne suis jamais venu à Montoire-sur-le-Loir, ou alors de nuit, une fois, en traversant. J’y suis : je viens de voir sa trombine sur une affiche, devant sa permanence. Nous sommes en période électorale, les cantonales approchent. Il faut parfois ouvrir grand les yeux pour s’en apercevoir. J’entends des bribes de conversations. Un de ses sbires dit : « je ne veux pas te porter la scoumoune en disant ça hein ! » Le candidat à la cravate rose électorale répond d’un hochement de tête : « T’inquiète pas, je sais déjà… » Il semble résigné. C'est à se demander si Marine ne se présente pas ici aussi. Il évoque ensuite un différend entre voisins avec « des bambous à couper à ça de distance du mur. Le lendemain, ils commençaient déjà à repousser ! » Le jambon « à la Ronsard » arrive : une semelle archi-cuite et une noisette de beurre pour attendrir le tout. Les frites tiennent leur promesse : en les pressant, on pourrait éclairer la ville une soirée entière avec l’huile qui s’en dégage.
Comme il se fait tard, les tables se vident petit à petit, et le silence se fait. Un camelot, après moult manœuvres sur la place, entre et commande son déjeuner. Il retrouve une camelot(e) et discute le bout de gras. Le candidat aux cantonales lève le banc : la campagne continue, il faut organiser le collage d’affiches et préparer la réunion publique. Un couple de troisième (quatrième ?) âge entre et commande un café, et un grand crème (pour elle). « C’est à quelle heure le rendez-vous ? » demande l’homme. « A deux heures et demi, » répond la femme. Il reste donc au moins trois quart d’heure à attendre. Mais comme les déplacements se font lentement, ils partiront bien avant.
Moi aussi d’ailleurs, car mon heure approche également, et je ne voudrais pas manquer la visite du petit kiosque à musique qui trône sur la place. « Vous voulez une fiche pour les frais ? » demande la petite serveuse, mignonne comme une égérie de Ronsard. « Non, merci, » dis-je. J’en ai assez comme ça. Et tu viens sans le savoir de m’offrir un morceau de France d’ici baigné dans l’huile des frites de là-bas.
Dans dix jours, on votera aussi, à Montoire-sur-le-Loir.
- sans titre -
- mercredi jour de marché -
- sur le kiosque on joue Mozart -
- l'entrevue -
Affaires étrangères. Etranges affaires...
- L'ex ministre des Affaires étranges fait le plein -
Remaniement, remaniement. Remanie, remanie, il en restera (peut-être) quelque chose. Pas un mot à son sujet dimanche soir dans l'allocution télévisée du petit Nicolas pour son ancienne grande ministre des Affaires étrangères, professionnelle d'une République "irréprochable" (propos tenus le 14 novembre dernier).
"Pauvre" MAM, effacée de l'histoire...
Mais si d'aventure une once d'inquiétude planait sur son agenda désormais vide, qu'on se rassure : elle a déjà retrouvé du boulot. Un ministre, même en cas de coup de pompe, ça reste rarement longtemps seul au bord de la route, quoique dans le cas présent, ça demande vérification.
En tout cas c'est confirmé : MAM et POM ont bien leurs entrées aux pays producteurs de pétrole...
Pendant ce temps-là, le petit peuple besogneux, etc. etc.
Photo Fred Sabourin, réalisée SANS trucage.
Un ticket pour le guignol s'il-vous-plaît
Le guignol. C’est ainsi qu’on nomme le banc des photographes de presse dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, au Palais Bourbon à Paris. Vu de cet endroit, le spectacle peut en effet faire rire, si on omet que nous sommes en face de représentants nationaux.
Pour faire des photos à l'Assemblée nationale - et d'une manière générale pour y faire à peu près n'importe quoi - il faut un "badge". Selon la couleur du "badge", vous allez là, ou là, ou encore ici. Mais si vous ne possédez pas la couleur verte, alors pas de photos. Je m'enquiers donc auprès du serviable service de presse d'un badge de couleur "verte" ad hoc. Démocratiquement muni du précieux sésame, on me dit : "mais demandez à un huissier qu'il vous accompagne à la tribune des photographes de l'hémicycle !" Je m'exécute, avisant le premier huissier que je trouve sur mon passage.
- "Je voudrais aller à la tribune des photographes s'il-vous-plaît.
- Au guignol ?
- ??? Au guignol ?
- Oui, c'est ainsi qu'on nomme la tribune des photographes de presse, le guignol !
- Bon ben... un ticket d'entrée pour le guignol alors !"
J'ai compris en entrant dans la minuscule tribune munie de strapontins inconfortables (sans doute pour que nous n'y restions pas longtemps) que le guignol est en fait soit du côté de l'hémicycle soit du côté tribune, selon la place occupée ici. On est alternativement au guignol ou guignol soi-même.
C'était mercredi 15 décembre, à 15 heures, pendant les fameuses questions au gouvernement, à l'occasion de l'intronisation d'un nouveau député du Loir-et-Cher, suppléant de Momo - Maurice Leroy nouveau ministre de la Ville, qui lâche donc son siège pour un banc (des accusés ? à suivre...).
Spectacle grand guignolesque garanti, surtout qu'un député posa une question à Frédéric Lefevre, et ça ça promet plus que du guignol...
- guignols ? -
- David Douillet (sans pièces jaunes) -
- rentrée des classes -
- parce qu'il le vaut bien -
Allez, viens boire un p'tit coup à la maison !
- au premier plan, des cornichons. Au second plan, un héros très discret -
Vous ne le croirez jamais, mais on a bu du beaujolais nouveau au commissariat. En bonne compagnie. Mardi 30 novembre dernier, à l’invitation du directeur départemental de la Police, et en présence du préfet et de madame la procureur de la République, neuf gardiens de la paix étaient à l’honneur. Cinq stagiaires sortis de l’Ecole de police qui ont choisi Blois comme première affectation (mais pourquoi donc ?). Trois gardiens de la paix reçus au concours d’OPJ (Officier de police judiciaire). Enfin, récompensé par la médaille pour acte de courage et de dévouement, Bernard* (photo, au centre), qui sauva d’une noyade certaine un désespéré en se jettant dans la Loire le 24 juillet dernier. L’eau était sans aucun doute plus chaude que ce 30 novembre, mais la dégustation de beaujolais et de charcuterie qui a suivi a chauffé l’ambiance.
Mûre ou cassis, le beaujolais a toujours un goût. Sortis libres de ce bistrot d'un jour, nous avons quant à nous veillé à ne point trop en boire afin que celui-ci n’ait pas, en sortant, un goût de prune...
* le prénom a été modifié
- Y a du blanc, y a du rouge et du pâté -
Mort dans l'après midi
Preuve que les personnes sans domicile fixe ont du cœur : celui-ci peut s’arrêter d’un moment à l’autre, comme tout le monde. Si on ne partage pas toujours leur triste sort, nous sommes unis dans notre condition de mortels. Ici, (clique là dessus) fin janvier, nous vous parlions des légumes à volonté du Flunch que venaient manger deux d’entre eux rencontré au hasard de pérégrinations alimentaires. Jean-Louis, l’ex parachutiste qui se souvenait avoir défilé sur les Champs Elysées en 1975 avec le 3è RPIMa (une photo écornée l’attestait), est mort d’un arrêt cardiaque dans un hôpital haut-normand il y a quelques jours. Nous l’avons appris de la bouche même de son acolyte, désormais seul devant son plat du jour – carafe de rouge chez Flunch. Pas de quoi fluncher me direz-vous. Sauf que… Il s’était passé quelque chose entre nous qui m’avait profondément touché, ce jour-là, dans cette conversation de fond de verre, en plein froid hivernal, dans cette salle à manger où se presse la fameuse « France d’en bas », ignorée d’en haut. Parce qu’il y fait chaud. Parce qu’on ne les y emmerdait pas. Parce que c’est pas cher et qu’on peut se resservir. Parce que d’autres raisons que nous n’avons pas su.
Aujourd’hui, en croisant Dominique, moustache toujours fournie et figure bonhomme, j’ai bêtement demandé des nouvelles de Jean-Louis. « Il est parti », a-t-il lâché, laconique. Comme il avait évoqué son départ de la ville pour rejoindre un vague cousin agriculteur, j’ai d’abord pensé à ça. « Non, non, il est parti. Il est mort. Arrêt cardiaque. A l’hôpital ». Je ne sais pas pourquoi, mais les jambes ont tremblées sous moi comme si c’était un vieux copain qui était parti. La rencontre avait été riche – c’est tout ce qu’ils possèdent – et je les croisais souvent près du clos St-Marc assis sur un banc, attendant que la température se réchauffe et accélérant même son retour avec un litron de rouge. Pas de quoi pavoiser, juste « deux SDF » qui attendent l’ouverture du foyer Boulingrin où ils tenteront de trouver le sommeil, entre deux cris de Roumains et ronflements d’autres errants.
Alors voilà. Pas de quoi pavoiser, ni fluncher. Juste se remémorer ses mots, son petit sac marin avec toute sa fortune, la photo des paras défilant sur les Champs devant Giscard président de l’époque. Et l’oubli. Jusqu’à la terre où il repose désormais. La seule à lui ouvrir les bras, peut-être.
En face de moi, un homme – car c’en est un – au visage rougeau et aux yeux humides. Et les mots qui me manquent, comment viendraient-ils ? Où iraient-ils ? Pour qui sont-ils ?
Je vois les Champs Elysées, les paras, les ors de la République, cette chienne qui oublie si vite ses féroces soldats. Et, en guise de combattant inconnu, la tombe de Jean-Louis, probablement enterré au carré des indigents. Là où ceux qui n’ont rien retournent à la terre qui les a enfanté, gratis.
Cette page est pour lui, pour sa maigre vie. Pour éviter l’oubli, peut-être.
Apéro Facebook : à votre santé les jeunes !
apéro "vintage" d'un réseau social non virtuel
Apéro géant à Nantes : un mort. Un jeune de 21 ans s’est tué en tombant d’un pont, après une chute de cinq mètres entrainé par tout son poids, plus 2,4 grammes d’alcool dans le sang. Haro sur Facebook, organisateur masqué de ces nouvelles orgies, bacchanales, ou fêtes dionysiaques, bref : des beuveries. Cible : les 15 – 25 ans. Pour contrer le phénomène, Brice Hortefeux, à jeun dans son costume de premier flic de France, rassemble préfets et édiles municipaux pour endiguer le phénomène. La droite actuelle étant ce qu’elle est, il y a fort à parier qu’elle avance casquée et armée de boucliers. Interdisons les rassemblements, tapons sur la jeunesse, au lieu d’essayer de résoudre le problème à la racine. Si les jeunes se rassemblent de cette manière, sans autre but précis que de se « prendre une mine », c’est qu’ils trouvent, peut-être, dans ces actions de quoi se faire entendre. Le gouvernement l’entend-il, lui, le cri de cette jeunesse ? Tiens d’ailleurs, comment se nomme le ministre de cette jeunesse alcoolisée ? Tentez des réponses spontanées en commentaires de cet article…
Ces jeunes – dont on peut en voir beaucoup errer tard dans le métro de Lyon par exemple, une bouteille à la main y compris de très jeunes adolescentes – sont issus de la génération qui elle s’enivra sur le tube de Patrick Sébastien « allez, viens boire un p’tit coup à la maison, y a du blanc, y a du rouge, du saucisson, et Gilou avec son p’tit accordéon… ». Oui, nos parents buvaient aussi pour oublier le triste sort dans lequel ils étaient. Mais ils buvaient cachés, chez eux, entre deux saucisses de barbecue. Désormais, on picole dehors, vu que les bars sont devenus des lieux tristes et mornes, trop chers, où il n’est plus permis de s’en griller une, où les serveurs tirent une gueule de repris de justice et où déplacer une chaise pour s’asseoir à une autre table s’apparente aux yeux de l’aimable patron à un crime de lèse majesté. Donc cette insolente jeunesse fonce dans les superettes bon marché se fournir en bières fortes, mélanges vodka - jus douteux, whisky de base et même du pinard de pochtrons.
Faut dire qu’il y a de quoi rechercher l’ivresse, d’abord parce que le vin, c’est bien connu, c’est « chez Nicolas » qu’on va le chercher. Lequel ne fournit pour le moment que de piètres solutions pour la société et l’avenir des jeunes. Sans boulots, coincés entre leurs parents au chômage, les « vieux » de 50 ans qu’on placardise, les très vieux qui nous encombrent, ils galèrent de CDD en CDD, et « tanguysent » chez leurs parents puisqu’ils n’ont pas d’autres choix économiques. Alors boire un coup en se réappropriant la rue de laquelle on croyait les avoir chassés, c’est pour eux une solution pour se faire entendre, et passer un peu de bon temps, même si ils ne connaissent pas tous le monde. La punition et les interdictions, à grands renforts de CRS est-elle la seule solution en magasin ? Vont-ils faire preuve d’un peu plus de psychologie ? J’ai des doutes sur la réponse…
Dans Un Singe en hiver d’Antoine Blondin magnifié dans le film d’Henri Verneuil, Gabin a cette sublime saillie : « c’est pas l’alcool qui me manquait le plus ; c’était l’ivresse ».
Voilà exactement ce que recherche ces jeunes qui s’étourdissent dans des apéros Facebook (ou ailleurs). L’ivresse… De la vie, de l’espoir, des perspectives heureuses, de l’amour qui sait ? Que leur proposera-t-on ? L’ivresse des grandes profondeurs ?
Allez patron, une tournée, une !
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