quelle epoque !
L’indépendance journalistique en question
- Les noces du journalisme et du politique -
Vouloir dresser le portrait de Richard Ode, journaliste indépendant récemment médaillé Chevalier dans l’Ordre national du Mérite relève de l’inconscience. C’est donc consciemment que nous le faisons.
Dans le Loir-et-Cher, il y a deux sortes de journalistes qui font la bise à Maurice Leroy, ancien ministre, député, et président du Conseil général : les femmes, et Richard Ode. Faut-il voir, dans cette habitude qui atteint désormais toutes les couches de la société, un signe de liaisons dangereuses entre un homme politique qu’on ne présente plus – Momo pour les intimes, c'est-à-dire quasiment pour tous – et un journaliste incontournable dans le département depuis 40 ans ? Il ne s’agit pas pour autant du baiser de Judas, pas plus que celui de Rodin. Peut-être alors est-ce le signe d’une dépendance du journaliste et du pouvoir, et inversement.
L’indépendance journalistique, soluble dans le champagne
Evacuons tout de suite les clichés sur la prétendue indépendance des journalistes : elle n’existe plus, elle n’a d’ailleurs jamais vraiment existé. Les rédactions, hier comme aujourd’hui, de gré ou de force, ont fait leur mutation féodale envers le pouvoir de l’argent, des grands propriétaires de la presse et des médias, jusque dans les recoins les plus nauséabonds de l’activité économique. La publicité – même en baisse – a d’abord pilonné le sacro-saint désir d’indépendance clamé haut et fort par tous les plumitifs de la profession. Le déroulement implacable de l’histoire, de la politique, des forces économiques, et des propos off de fins de banquets ont fait le reste. Nous sommes tous des faux indépendants. Pire : la perméabilité entre les pouvoirs politiques successifs, de droite, de gauche et même du centre, et les journalistes est à ce point visible qu’on entend parfois les cyniques dire : « La presse est tellement libre en France qu’elle n’est même plus obligée d’être impartiale. » Rares sont ceux qui assurent une réelle imperméabilité entre le pouvoir et leur métier, entre vie privée et vie publique. Car c’est très tentant de basculer de l’autre côté du rideau, et d’accepter – au nom de l’information - les invitations à dîner en ville, les (fausses) confidences, les cadeaux (parfois), les connivences… Pour preuve, depuis une quinzaine d’années, le nombre de journalistes qui deviennent des conseillers en communication des élus de tous bords, ou des communiquants de grandes marques. Personne n’est épargné. Peut-on alors réellement choisir ses amis, même quand on est journaliste ? Ce n’est quand même pas un sacerdoce ! C’est à voir… Un journaliste biographe de politiques dit lui-même : « Un journaliste n’a pas d’amis. Il n’a que des sources. » L’expression est suffisamment large pour que chacun y trouve son compte, et vienne y étancher sa soif. Si possible au champagne.
Journalisme et communication
Lycéen à Châteaudun, faculté de droit d’Orléans, Ecole de notariat à Paris d’où il décroche un diplôme de clerc de notaire, qu’il exerce d’abord dans une étude à Cloyes-sur-le-Loir. Et le destin de Richard Ode aurait pu s’arrêter là, dans la bourgeoisie balzacienne des notaires de province. Mais, à la Rastignac, le jeune Ode a une autre idée en tête : il veut devenir journaliste. Pour cela, il doit saisir les occasions, et assurer ses arrières : barman le jour, pompiste la nuit, enquêteur Insee, il parvient, en juin 1969, à entrer comme employé de presse à la République du Centre à Orléans. Peu après, il devient journaliste professionnel, « carte de presse n° 27.820. » S’en suivent 20 ans de plume dans ce quotidien régional. En 1990 cependant, à la faveur d’une restructuration comme le monde de la presse en a le secret mais pas l’exclusivité, Richard Ode franchit le Rubicon, et passe du côté des communicants. Il est aidé en cela par Pierre Trousset, alors président de la CCI. Il le nomme chargé de communication, et rédacteur en chef de Radio Val de Loire, une radio libre, d’une liberté somme toute assez relative puisque radio locale soutenue par la CCI de Loir-et-Cher. Qu’importe ! 10 ans au cours desquels Richard peut assouvir son goût des autres grâce à un sens inné du contact. En 1999, l’aventure s’arrête brutalement, et il décide de faire chemin inverse en redevenant journaliste à la pige. C’était risqué : une fois franchit la barrière, peu de journalistes parviennent à rentrer au bercail, souvent taxé de relaps par les vieux hiboux de la profession qui n’aiment guère cela. « One foot in sea, and one in shore, » dit Shakespeare, Richard Ode conserve un de ses pieds dans l’agence de communication SAM, installée à Blois, et il est en contrat avec l’association recherche et développement d’activités nouvelles (ARDAN). Correspondant de l’AFP pour le département, et pour La Renaissance du Loir-et-Cher, Richard se distingue pour ses papiers où règne une certaine liberté de ton et un style qu’il faut parfois épurer un brin. Il s’investit également dans le Club de la Presse du Val de Loire, et récemment dans le Petit Blaisois, groupe Petit Solognot.
Journaliste indépendant ?
Finalement, la seule vraie indépendance de Richard Ode, c’est celle qu’il a vécue. Né le 1er août 1946 à Bône en Algérie, orphelin de père à dix ans, il débarque à l’âge de 16 ans en France, avec sa grand-mère, sa mère et sa sœur à Cloyes-sur-le-Loir, le 30 octobre 1962. Mais des racines familiales, sont aussi à Mayres, en Ardèche. Ceux et celles qui ont un jour visité ce département cher à Jean Ferrat, auront peut-être traversé cet étrange village constitué d’une rue principale bordée de maisons pour la plupart fermées, au beau milieu du col de la Chavade, reliant l’Ardèche et la Haute-Loire. Le climat y est particulièrement rude. Est-ce là, chez une de ses grands-mères, que Richard Ode commença à se patiner de cet air bourru, et ce marmonage permanent, souvent inaudible, dans une barbe gauloise qu’il taille deux fois par an ? Les historiens trancheront…
Comme tous les pieds noirs qui ont pris le bateau du retour, une valise pour bagage avec toute une vie dedans, Richard Ode a gardé ce sentiment mélancolique d’abandon, de revanche froissée, de résignation nostalgique, de désir fou de résilience, et surtout une grande sensibilité chaleureuse. C’est le prix à payer des déracinés d’Afrique du Nord, « qui portaient comme une étoile jaune leur accent pied noir, » dit-il d’une voix qui s’étrangle. Or c’est sans doute là que l’on touche à l’émouvant de cette décoration : « Cette médaille, c’est l’Algérie, » dira-t-il dans les premiers mots qu’il adressera à la centaine de personnes venue assister à la cérémonie. Parmi elles, un certain Lucien Martin, « le premier Français à qui j’ai serré la main en arrivant, le 2 novembre 1962. A cette époque-là, quand on arrivait quelque part, ajouta-t-il, il n’y avait personne pour vous serrer la main.» La clé de lecture du personnage Richard Ode est probablement dans ce moment précis où, ayant tout laissé derrière lui, une nouvelle vie commence, à l’aube de sa vie adulte, une seule valise dans la main gauche, celle du coeur. Il y avait quelqu’un sur le chemin, qui a tendu la main… et le reste est venu.
Richard Ode est bien vivant, Christiane son épouse, et leurs trois filles Vanessa, Marjorie et Marion en témoignent avec fidélité et… une certaine patience. Pour l’heure, il convient, au nom de la Renaissance du Loir-et-Cher, où cet indépendant journaliste a signé un certain nombre de papiers, de féliciter ce nouveau Chevalier dans l’Ordre national du Mérite. Cette récompense ne signe pas, si nous pouvons nous permettre, une arrivée, ni une récompense, ni une consécration. Mais plus sûrement une invitation à poursuivre le chemin avec l’exemplarité qu’une telle médaille impose. Car l’indépendance, en effet, se mérite. C’est sans doute ce qui fait toute sa grandeur, et surtout sa rareté.
F.S
Carte de presse 110.044
Article paru dans La Renaissance du Loir-et-Cher, vendredi 12 avril 2013
Après les chiens écrasés...
... les chiens brûlés !
Et dire qu'on les paie pour faire ça...
- La PQR en grande forme ! -
Un « Avenir radieux, » chargé de nuages…
Du théâtre documentaire était proposé par la Halle aux Grains de Blois, au théâtre Peskine fraîchement rénové, les 16 et 17 octobre dernier. Décapant.
Connaissez-vous Nicolas Lambert ? Peut-être pas encore. Auteur de Elf, la pompe Afrique, spectacle sorti en 2004 après de longues heures passées sur les bancs de la salle d’audience du procès Elf, il est actuellement en scène avec le deuxième volet de sa trilogie Bleu-Blanc-Rouge : Avenir radieux, une fission française. Pendant deux heures, le comédien-auteur-interprète balaie devant les spectateurs un brin médusés un pan entier de leur histoire. Et pour cause : cinquante ans de choix nucléaires en France, confidences empruntes de cynisme et de non-dits, le tout enrobé dans un humour caustique qui fait souvent rire (jaune) les spectateurs. Nicolas Lambert est seul en scène, enfin, presque. Il est accompagné d’un contrebassiste de grand talent, Éric Chalan (auteur des créations musicales du spectacle), et de 23 personnages qu’il interprète tous en leur donnant une épaisseur singulière à chaque fois. Et au petit jeu de la galerie de portrait, on peut y croiser Pierre Mesmer, Pierre Mauroy, Nicolas Sarkozy, Pierre Mendes-France, Guy Mollet. Mais il y a plus encore : le très secret Pierre Guillaumat, grand serviteur de l’Etat, membre des services secrets, administrateur du CEA au début des années 50, ex-ministre des Armées du Général de Gaulle, fondateur d’Elf, premier président d’Elf-Aquitaine. Cet ancien polytechnicien, diplômé de l’Ecole des Mines eut surtout une énorme influence sur la politique nucléaire en France, en matière civile et militaire (la première bombe atomique, le 13 février 1960 en Algérie, l’opération « Gerboise bleue, » c’est lui).
Le théâtre pour piger le monde
D’autres personnages viennent peupler ce spectacle qui est tout sauf roboratif (sur un thème qui pourrait l’être) : la foule des inconnus, citoyens inquiets, maires de petites communes impuissants, militants de collectifs anti-EPR, rencontrés dans les débats publics en Normandie, simulacres de démocratie organisés pour faire croire à des choix démocratiques en matière de construction de réacteurs. N’allez pas croire que tout ceci est une fiction : le grand mérite de Nicolas Lambert est de nous servir les propres paroles et textes des décideurs, politiques assujettis au pouvoir nucléaire de quelques entreprises (EDF et Areva ont les oreilles qui chauffent !). Morceau de bravoure : l’annonce, par Pierre Mesmer, en direct à l’ORTF le 6 mars 1974 du choix de construire les premiers réacteurs sur le sol français (à trois semaines de la mort prévisible de G. Pompidou…). Ou le discours du président Sarkozy à Gravelines – la plus grosse centrale française, six réacteurs de 900 MW - le 3 mai 2011, quelques semaines après la catastrophe de Fukushima. Tiens d’ailleurs, cette centrale… qui devait être livrée, avec une autre, à l’Iran, qui avait largement aidé au financement de la construction de l’usine d’enrichissement d’uranium de Pierrelate, dans le Tricastin (1 milliard de dollars remboursable à partir de 1981), détenant 10% de la société Eurodif (rien à voir avec l’enseigne de vêtements et linge de maison…) et un droit d’enlèvement de 10% de cet uranium enrichi. Là, le public est concentré, conscient d’apprendre des choses bien utiles et peu médiatisées.
Militantisme non déguisé pour cet auteur né dans une famille modeste « sans bibliothèque, » rappelle-t-il, qui a découvert le théâtre grâce à un professeur de Français (loué soit-il !) et tourné souvent en banlieue notamment grâce au Théâtre universitaire de Nanterre qu’il dirigera de 1990 à 1992.
Instructif, enrichissant et drôle, Avenir radieux, une fission française est un documentaire théâtral, ce que revendique son auteur sans rougir : « Si le théâtre ne sert pas à piger le monde, il ne sert à rien. »
On a compris.
Avenir radieux, une fission française, de et avec Nicolas Lambert. Musique d’Éric Chalan. Vidéo Erwan Temple. Compagnie Un pas de côté. Livre disponible aux éditions L’Échappée. Dates etc. : www.unpasdecote.org
La party, sans le garden
Pour cause de risque d’éclaircie le vendredi 13 juillet, les invités de la traditionnelle Garden party du préfet ont échangé propos de circonstance, cartes de visites et petits fours gras dans les grands salons de la préfecture. Reportage.
Il y a ceux qui en sont, et les autres. Nous en étions. Certes, ce n’était pas l’Élysée, mais quand même. Au mieux, ça ressemblait fort à la Comédie Française. Du (beau) monde. Du champagne local (Vouvray). Des petits fours gras et trop chauds. Un préfet, deux sous-préfets. Et toute une ribambelle de happy few les poches pleines de cartes de visites. « Ah, tiens, bonjour, ça va ? Bientôt les vacances ? » Mis en musique, cette petite phrase serait le tub de l’été en Loir-et-Cher. Force est de constater, quand même, que ce grand rendez-vous de l’entregent du département permet, au moins journalistiquement, de gagner du temps en prise de contacts, et prise de nouvelles, et prise de courant tout court.
Mais où sont passées les chaises de Versailles ?
Ça pour des nouvelles, on en a eu pour notre argent. Comme c’était gratuit, finalement ça ne revient pas trop cher. Plus sérieusement, s’il est permis de s’exprimer ainsi, la garden party a pris l’eau, et c’est finalement à l’intérieur du palais préfectoral qu’à eu lieu le rendez-vous annuel autour du locataire des lieux. Dès l’entrée, comme pour un mariage, Gilles Lagarde serre des mains à n’en plus finir. Tentons un inventaire à la Prévert : des élus (députés, sénateurs, maires, conseillers généraux), des officiers (de gendarmerie, des pompiers, des Armées de Terre, de l’Air), de la police. Des représentants du Rectorat, l’Inspectrice d’Académie, des fonctionnaires en tous genres (des Finances publiques, des collectivités territoriales etc.). Des présidents de Chambres consulaires (du commerce et de l’industrie, des métiers et de l’artisanat). Des directeurs comme s’il en pleuvait (et d’ailleurs il pleuvait) : de zoo, de centrale nucléaire, de domaine national de Chambord, de golf, de banques. Des journalistes à calepins. Des présidents et présidentes d’associations en veux-tu en voilà. Des secrétaires généraux du Modem (rares). Un commissaire priseur prisé avec son fils frisé.
Ce dernier cherche désespérément à montrer à son successeur de fils des chaises « qui viennent du Château de Versailles, mais je ne les vois plus ! » dit-il, inquiet. Deux hypothèses : soit l’ancien préfet a fait comme celle qui, au moment de quitter la préfecture de Lozère est parti avec des meubles. Soit les dites chaises sont en vente sur le site du bon coin pour éponger les dettes de l’État. L’enquête est ouverte.
Je suis un soir d’été
Dehors, la pluie tombe à seau. « Pour un 11 novembre, il ne fait pas trop froid, » me glisse avec malice l’hôte des lieux quand j’arrive. Un directeur de banque me dit qu’il a « l’impression d’être aux vœux de début janvier. » Tout le monde y va de son commentaire météorologique, et je me dis que Joël Collado (de Météo France) doit avoir de sérieux acouphènes à l’heure qu’il est. Dommage, la pelouse est accueillante, les buissons auraient pu éponger maintes confidences et propos off, le Vouvray aurait tiédi dans les flûtes et tout le monde aurait mis ses lunettes de soleil sur son front, ou tenu les cheveux des dames chics. Une garden party sans garden, ce n’est pas tout à fait pareil, comme une impression de devoir obligatoirement parler boulot alors que dehors, on aurait devisé vacances, destinations mer, montagne ou campagne, barbecue sous la tonnelle et vins rosés au frais. Tout le monde – même les pas beaux – auraient été avantagés par un rayon de soleil, et les petits fours n’auraient pas été gras mais délicieux, les chemises blanches immaculées, les tailleurs taillés.
Qui sait, peut-être aurait-on vu l’ombre d’un vénérable cèdre du parc de cet hôtel préfectoral construit sous Napoléon III se pencher délicatement vers cette basse-cour, pour recueillir « les propos glacés des femelles maussades de fonctionnarisés. » (Jacques Brel).
Le petit chat est mort
Putain l'année commence mal...
Triple andouille
- Aaaaaaahhhh ! -
La France risque de perdre son « triple A » ! Ah ! Ah ! Ah ! Ce n’est pas drôle pourtant, nous disent les spécialistes et autres experts qui se nichent dans de bien étranges agences de notation. Des Cassandre de tout poil et toute espèce prédisent le pire, qui n’est jamais certain mais qui peut venir. Un certain roi de France et de Navarre, Béarnais de surcroît, disait : « Ce qui doit arriver ne peut pas manquer. » A droite comme à gauche – je parle de bords politiques – on joue les innocents : « Ah bon ? Triple A ? Connais pas… » Le petit Nicolas qui voulait noter tout le monde (ministres, profs etc.) se retrouve noté à son tour : il va perdre un « A ». Ah, ah, ah ! Et sûrement plusieurs… C’est justice non ?
Evidemment, ceux qui risquent d’en prendre un peu plus plein la gueule, on les connait. Ce n’est pas difficile, ce sont les mêmes que la dernière fois, avec en plus des nouveaux arrivants qui perdront le peu qu’ils avaient réussi à arracher de la dernière dégringolade. Suivez mon regard.
Triple A donc. AAA. Comme l’andouillette. Vous avez déjà vu ça, au restaurant, « andouillette AAA », et même parfois AAAAA ! La classe ! Les charcutiers se défoncent pour faire de cette cochonnerie qui doit sentir la merde – mais pas trop – un produit goûteux et savoureux bien que difficile à digérer.
Je me souviens d’un charcutier particulièrement talentueux, à Angoulême, qui faisait de l’andouillette à tuer sa mère, comme on dit. D’ailleurs, depuis le temps que je le dis, j’aurai du le faire (tuer ma mère, NDLR). Albert Passebon avait un nom prédestiné pour devenir charcutier. Il avait un stand sous les très chic halles de la ville, et ses andouillettes étaient réputées jusqu’au bout du monde. Il était sympa et avait la tête de l’emploi, avec cet humour lourd mais qu’on aime bien chez les commerçants de proximité (comme on dit connement aujourd’hui qu’ils ne sont presque plus là). Quand une bourgeoise du plateau angoumoisin lui demandait s’il avait « des pieds de cochon », il regardait vers le sol et disait : « non ». Idem avec la tête de veau. Là il se touchait les joues et le front et disait : « ben non, j’ai une tête normale ! » Oui, c’est vrai, hors contexte c’est lourd, mais quand on fait la meilleure andouillette « AAA » du monde, on peut se permettre de faire le triple sot.
Le jour où il a annoncé qu’il allait prendre sa retraite, j’ai cru qu’il y aurait une vague de suicides à Angoulême. En fait, non, personne ne s’est jeté sous le train à la sortie du tunnel qui passe sous la ville, pas plus que du haut des remparts. Quand je lui ai demandé si quelqu’un reprenait derrière lui, et s’il avait transmis son savoir-faire, le bon Albert, roi de l’andouillette, a dit : « Non, personne. J’ai une fille mais ça ne l’intéresse pas. C’est un métier difficile et les horaires sont assez matinaux, alors vous pensez… » La s…pe. J’espère aujourd’hui qu’elle regrette amèrement ce choix à la con. Surtout si elle bosse chez Standard and machin truc, qui s’amuse à parler du triple AAA comme s’il s’agissait juste d’une note d’école élémentaire. Auquel cas, elle se venge des réveils nocturnes de son charcutier de père pour mettre les mains dans le cochon.
En attendant, ça fait une paie qu’on n’a pas mangé de bonne andouillette AAA. Et vu le merdier qui s’annonce, on ferait peut-être bien d’en faire provision.
Ah, ah, ah.
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On apprend dans un stupéfiant article du journal Le Monde du 8 décembre que « Lassé par la politique, Eric Besson rêve de football. Il pourrait reprendre le club OGC Nice après le 6 mai 2012 ». C’est dire si la confiance règne au Palais… La fin est proche.
Toujours dans le même article, on apprend « qu’il ne fait plus rien et passe ses journées sur Twitter. » Ce qui permet à Cécile Duflot d’Europe-Ecologie-les Verts de lui envoyer cette répartie moqueuse à l’invitation du ministre à participer à un live touite contradictoire sur l’accord Verts-PS : « Quand vous aurez fait un audit sur la sûreté nucléaire, sans problème. Plus urgent pour un ministre que de faire le kéké sur Twitter, non ? »
Pour la Duflot : AAA !
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Ce matin dans la matinale de France Cul, la chronique du toutologue Philippe Meyer portait sur les palindromes et anagrammes. Un régal. Exemple : ministre est l’anagramme d’intérims.
C’est bien ça. Les intérimaires en place depuis mai 2007 commencent à chercher à se recaser vite fait.
A Angoulême, il y a sous les halles un stand de charcutier disponible… Têtes de veaux et pieds de cochons acceptés.
Enquête approfondie ?
La PQR de Loir-et-Cher envoie du lourd aujourd'hui !
Ce que l'enquête ne dit pas, c'est si DSK a été aperçu, ou non, dans les parages...
Chaud bouillant la vie d'un localier dans le romorantinais...
Été indien, automne ligérien
- Se ramasse à la pelle -
Comme beaucoup, j’aime bien l’été indien. Après l’été pourri, que le soleil revienne en force pendant dix jours n’était pas pour me déplaire. Evidemment, quand on peut ne rien faire et en profiter c’est mieux. Sinon, tant pis, on a au moins la satisfaction de sortir le matin sans pull.
Mais si j’aime l’été indien, pour autant je vois arriver l’automne ligérien (pour la deuxième année consécutive) avec une certaine gourmandise. Celui-ci m’a littéralement sauté à la figure mercredi après-midi, alors que je me rendais dans un gros bled de campagne de Loir-et-Cher pour un très banal reportage dans un accueil de jour pour personnes atteintes du désormais célèbre Alzheimer. En longeant la Loire – et parce que, pour une fois, j’étais en avance – ses rives apparaissaient chaudes, jaunissantes. Je me suis souvenu combien depuis l’enfance j’aimais ces fin septembre, début octobre, et combien la saison pouvait être belle, en montagne notamment où j’ai eu souvent ces dernières années l’occasion de me rendre au début de l’automne. Douceur des lumières, de la température, absence des foules touristiques aux endroits d’ordinaires farcis de lardons morveux accompagnés de parents qui ne le sont pas moins, ou de cars touristiques débordant de troisième âge tirant sérieusement sur le quatrième, petite vitesse et grand doucement. Je me suis souvenu de ce tic, depuis toujours, de passer une partie de l’automne avec un marron dans la poche, le prenant régulièrement dans ma main pour en apprécier son aspect lisse. C’est le moment où le moindre sous-bois sent les champignons et où l’atmosphère des ruelles des villages, mais aussi des petites villes, s’emplissent d’odeurs de feux de bois et de feuilles mortes. C’est le moment où l’on regarde dans le placard sont manteau d’hiver, mais pas trop vite, avant il y a celui, bien connu, de l’inter-saison.
Comme j’étais en panne d’inspiration pour conclure ce billet, de ma fenêtre ouverte (c’est mon côté malsain donnant sur la rue, comme dirait Thomas Fersen) me vient la note finale en la personne d’une feuille rougeoyante venue mourir sur le radiateur, encore éteint fort heureusement. Un signe de quoi, je n’en sais fichtrement rien, mais ça sent l’automne à plein nez.
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Inauguration officielle d’une école maternelle « Jules Ferry » (le pauvre !), rue Lewes à Blois. Rénovation faite dans le cadre du « plan de rénovation urbaine», truc ripoliné pour faire croire aux gens qu’ils sont considérés par les élus pour lesquels la plupart du temps ils ne votent pas (pas le droit de vote ou pas envie de voter pour les mêmes depuis toujours…). Dans le quartier en question, 77% d’abstention au premier tour des dernières élections cantonales. 22% pour le Effe Haine. C’est le canton du maire (PS).
Une école dont la construction répond aux « nouvelles exigences de qualité environnementale, un bâtiment durable » comme on dit aujourd’hui. Le mot « exigences » prend tout son sens quand on sait qu’il provient du fameux Grenelle de l’environnement tout droit sorti du ministère du même nom, à l’époque ou un certain JL Borloo en était encore le chaperon, avant d'être prié d'aller voir ailleurs s'il y était (il n'y est pas non plus).
Circuit d’air fermé dans les classes dont les fenêtres… ne s’ouvrent pas (pour éviter que les morveux ne se défenestrent de dépit ou d’ennui ?). Ça va sentir le lapin dans les classes à la fin de la journée… Sans compter sur l’apparition des premiers virus et leur capacité à se reproduire en vase clos. Et pas un de ces élus pour s’en émouvoir lors du vernissage. Normal : ils ont signé eux-mêmes les projets de cette splendeur.
- Comment peut-on s'imaginer ? -
Vos papiers !
C'est vrai, la politique de lutte contre la délinquance sous toutes ses formes est en action. Perspective 2012 oblige, il faut contrôler ma bonne dame, y faut con-trô-ler ! Histoire que le Français moyen qui pourrait voter Effe Haine ne se trompe pas dans l'isoloire le jour où.
Mais enfin de là à s'attaquer à ces (sales) petites bêtes, faudrait quand même pas éxagérer.
Plus sérieusement (si l'on peut dire), la lecture de cette perle de la PQR (Presse quotidienne régionale), nommée ici la "Nou-Nou" (Nouvelle République), nous apprend que le ragondin, comme beaucoup d'autres nusibles, a été introduit sur le sol français dans les années 70. Devinez d'où il venait ? Des Etats-Unis pardi ! Ce proche cousin du castor, outre le fait de se reproduire comme des lapins adeptes de la méthode billings (trois portées de six petits par an), s'avère être un redoutable mineur qui creuse les berges des rivières, entrainant du même coup des pans entiers et des arbres dans la flotte.
On connaît pareil mésaventure avec les marmottes, introduites dans les années 50 grâce à deux gogos écolos précurseurs dans les Pyrénées (elles venaient des Alpes), et qui font de telles galeries sur les pentes que les eaux de pluie ravinnent, érodent trop rapidement et artificiellement les montagnes de Pyrène, qui ont toute notre tendresse comme chacun sait ici.
Mais si on se met à contrôler les ragondins, alors nous voilà rassurés. Et très franchement, nous préfèrons la tronche de ces deux "pandores" à celles habituellement rencontrées - rarement cela dit, à cause des sous-effectifs et c'est tant mieux. Au moins, ces deux-là, on pourrait les retrouver au bistrot sans craindre la contredanse en sortant.
Eloge de la folie
Dimanche soir, j’ai préféré Camille Claudel, film de Bruno Nuytten, à la confession publique de DSK chez Claire Chazal. Aucun regret d’avoir sans doute fait partie des 2% d’audience de la chaîne franco-allemande que tout le monde déclare regarder mais dont les chiffres d’audimats avoisinent ceux d’Arlette Laguiller à une présidentielle. Dans les deux cas, c’était une soirée où on flirtait avec la folie.
Celle de DSK, le séducteur le plus rapide et le plus persuasif de la planète, qui réussit à emballer - sans forcer ni violer - une femme de chambre jamais vue auparavant, en neuf minutes chrono. Séduction à la française, en leçon (très) accélérée. Attention, ne vous y méprenez pas : ce n’était ni tarifé, ni forcé, ni agressif, jure l’intéressé. Le tout, rappelons-le à l’envie, en trois fois ce qu’il faut de temps pour faire cuire un œuf à la coque. Pas mal. Au bénéfice du doute, violé lui aussi, il avait pris sa douche avant. Il a gagné du temps sur l’après. Bref, passons la camisole et allons voir ailleurs si on y est. Il n’y a que les treize millions de gogos téléspectateurs pour s’y laisser prendre. Et Martin Bouygues, ami du puissant de la République irréprochable, pour se frotter les mains.
Justement sur Arte, on se frottait les mains aussi, sur de la glaise ou du marbre sculpté. L’histoire de Camille Claudel, élève puis maîtresse, puis muse d’Auguste Rodin, avant d’être délaissée par ce dernier et finir sa vie dans la misère, l’abandon, l’internement. D’abord ignorée, puis admirée, elle fut salement lâchée par le maître, incapable de choisir entre sa femme – d’une jalousie assez démonstratrice – et celle dont le talent surpassait le sien finalement. Ce dernier feignait de ne pas s’en apercevoir, quand tout le monde le murmurait derrière les rideaux. D’elle, on peut désormais admirer une cinquantaine de sculptures au musée Rodin.
De 1889 à 1913, elle a vécu quai de Bourbon sur l’Ile Saint-Louis, un endroit aujourd’hui inaccessible aux pauvres, ayant quitté Rodin dont elle n’en finissait pas d’être considérée comme son élève. Néanmoins, elle fit bien, ces années seront les plus prolifiques de son art, mais elle ne reçu aucune commande. Vivant misérablement, elle sera internée dix jours après la mort de son père – nouvelle qu’elle n’apprendra qu’après – à Ville-Evrard, puis à Montfavet dans le Vaucluse suite à la réquisition des hôpitaux lors du commencement de première guerre mondiale. Seul Paul, son célèbre frère touché par la grâce en se frottant lui aussi à la pierre (d’un pilier de Notre Dame de Paris), viendra lui rendre visite une douzaine de fois avant sa mort en octobre 1943.
Je sais, le parallèle entre ces deux destins est osé, pratiquement impossible. Mais la coïncidence des programmes télé – laquelle je ne regarde quasiment jamais – entre la folie furieuse et sexuelle qui tournait autour de l’épiphanie télévisuelle d’un ex-futur candidat potentiel qui a donc raté son « rendez-vous avec les Français » (mais pas tous en tout cas pas moi…), n’avait d’égal que la folie déployée par l’énorme composition d’actrice que donne Isabelle Adjani en Camille Claudel. L’avantage de ce jeu d’acteur, c’est qu’il demeure profondément vrai tout en demeurant un jeu. Adjani touche du doigt la grâce d’une actrice, et s’en empare à pleine main, comme cela arrive quelques fois dans une carrière.
Alors que le repenti de Té Effe Un, lui, joue sans jouer une comédie dramatique à laquelle il essaie, vainement, de nous faire croire en ripolinant son show de fausse sincérité et de mimiques tragi-comiques. En cela aussi, à son corps défendant, il nous viole.
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