le Jour, d'après...
Les yeux d’Hélène
Il existe peut-être un seul avantage pour un chômeur : il peut aller à la FNAC quand les autres n’y vont pas, par exemple un mardi matin entre 10h et 11h… La première fois, il culpabilise, il a des scrupules, il se dit que non, quand même, il ferait mieux de… Et puis il faut avoir le grand courage d’en ressortir sans avoir rien acheté, surtout si il fait partie de la grande classe supérieure des chômeurs, les « non indemnisés ». Autant dire qu’entre la culture et la nourriture, il faut choisir. Pourtant, il aurait tort de se priver d’une telle bibliothèque – discothèque… Alors il y retourne. Pour voir.
La FNAC de la ville normande où j’habite en ce moment possède des escalators pour y arriver. Je veux dire qu’il faut « descendre » dans cet antre de la culture qui s’échange contre menue monnaie. L’escalator « montant » est en panne, en réparation. Je prends les escaliers, mais ça c’est une habitude, je n’aime pas me « faire porter par le système ». Une dame âgée monte aussi, tenue bras dessus bras dessous par une autre dame, légèrement moins âgée : quelque chose me dit que ça doit être sa fille. Il arrive un moment où 20 ans d’écart ne veut plus rien dire. Comme je suis coincé derrière elles et que je n’ai aucunement l’intention de les bousculer (je ne suis pas un hooligan), je monte à leur rythme. Je devrais dire à son rythme, car c’est la vieille dame qui donne le « la ». J’entends la conversation : elle dit qu’elle est mal chaussée, que ce n’est pas pratique pour monter les marches. L’autre femme lui dit, d’une ton qui n’est ni réprobateur ni trop mielleux, qu’elle a des chaussures neuves chez elle, mais « il faut toujours que tu mettes ces vieilles godasses » (le tutoiement est un signe : elles sont bien de la même famille…). Alors la petite mamie ratatinée par l’effort de ces 25 ou 30 marches qui représentent pour elle un sommet alpin, lâche simplement : « ben oui ».
Ben oui. C’est exactement ce qui me vient à l’esprit en sortant, enfin, du trou de la FNAC. Un livre sous le bras. De poche bien sûr. Sur la couverture, une jeune et jolie femme répondant au nom d’Hélène Grimaud. Le titre Leçons particulières , me laisse deviner un printemps radieux. Je regarde s’éloigner la vielle dame et son soutient. Le ciel est azuréen, les yeux d’Hélène Grimaud sont verts comme l’amour. Les « leçons particulières » commencent par une palette de couleurs. Le vieillesse n’est qu’un état d’esprit, me dis-je, enfourchant ma bécane. Bleue.
Changer de chaussures, acheter un livre, sentir son corps.
Et contempler au dessus de la mer et des toitures, les yeux d’Hélène, les yeux d’Hélène, les yeux d’Hélène…
Pour N........e, estime et reconnaissance... Pour David aussi, pour cette photo "papillon" qui n’appelle pas d’autre commentaire que la contemplation.
oui, il s'agit bien de la même personne, froide, mystérieuse, lycanthrope... Un magnétisme rare, et appréciable à sa juste valeur. Point de vue masculin bien sûr, qui laisse les femmes jalouses, donc pas indifférentes...
Bonne nuit.
David est mon pygmalion question photo... Il voit des choses que je ne vois pas, et capte des visages d'une belle manière. Je ne sais pas comment il fait. Moi quand je veux prendre un portrait, les gens disent : "ah non ! pas de photos" etc, et se font une gueule d'enterrement... Je dois avoir l'air méchant. David, avec sa tronche de premier communiant et sa cage toracique d'aggrégé de philo, il y arrive... Je suis jaloux, mais ne lui dites pas... Il en souffrirait !
pour ce qui est du truc, c'est justement de disparaître dans le paysage, (Quand on est longtemps dans un lieu, on y disparaît!!! ) prendre les photos à l'insu, ou de suffisamment loin, avec un 300 par exemple, ça aide bien. perdre plein de clichés aussi, c'est important. Et de mieux en mieux connaître son appareil (vitesse, lumière).
être aux aguets, prendre des photos mentales même sans appareil dans les mains, et ... apprendre à regarder, forcément.
on peut enfin isoler un visage même dans une foule, en jouant sur la profondeur de champ. voili voilou. Pas de secrets, mais un oeil sensible et ouvert!
(le plagiat de photographe admirés est une bonne technique d'apprentissage (pour ma part, Jérôme)
Pour la photo je rejoins entièrement David: apprendre à regarder, apprendre à utiliser son appareil ( et faire ses gammes comme Hélène la pianiste) et devenir passe muraille que les enfants oublient ou entrer dans leur jeu .
En ce qui concerne Hélène Grimaud , je connais très bien sa maman qui était prof d'italien (son papa aussi mais il était en prépa et moins présent ) dans le lycée où je travaille à Aix en Provence . Je n'ai hélas croisé Hélène que accidentellement au lycée et je n'a pas osé lui poser des questions mais j'ai lu ses deux livres.
Encore une photo de David (magnifique au demeurant) qui circule sur le web... quelle notoriété !
Hélène Grimaud, Hélène Grimaud...la pianiste lycanthrope aux yeux bleus ?
Aïe, je connais peu son oeuvre, mais ses rares apparitions télévisuelles m'avaient glacée. Un sourire fuyant, et une détermination sans faille dans le regard. Bref. C'est une femme mystérieuse.
Mais bon, à la lecture de ton billet, la curiosité respectueuse l'emporte sur l'orgueil féminin agacé...
Bonne lecture !
mélie.