montagne

Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 22:12

 

 

SAB 9560 R

                                                     - Là bas -

 

 

Ce lieu est unique au monde. Perdu, retiré, isolé. Assis sur un fauteuil de roche fabriqué naturellement par l’érosion, vestige et vertige du temps, la vue porte loin, très loin, vers l’ouest. L’un d’entre nous dit même que c’est le plus bel endroit du monde qu’il connaisse, et je le crois car c’est une parole de voyageur terrien. C’est vrai que d’ici, on se sent petit, absorbé tout entier dans une nature qui semble accueillante, tant que le soleil est là pour nous réchauffer. Mais l’extrême dénuement du sol, la minéralité absolue de ces roches qui nous entourent – et dont certaines sont en passe de nous écraser – nous fait également penser que cet endroit, c’est l’enfer. Aussi loin que porte le regard, il n’y a aucune trace humaine, ni route, ni pylônes, ni câbles, ni villages. Tout juste entend-on quelques avions qui nous passent au dessus du crâne en striant le ciel de leur panache blanc : c’est un point géodésique, il sert de repère aux pilotes. Ce lieu est unique car il est à la fois l’enfer et le paradis. Le sentiment qui s’en dégage est un bien être en même temps qu’une extrême vulnérabilité lié à sa nudité : il faut pratiquement sept heures de marche pour l’atteindre, pour un marcheur en bonne forme, et n’ayant pas peur du dépouillement des lieux, ni de l’éloignement du dernier point d’eau : 200 mètres de dénivelé plus bas. A cet endroit, ce n’est pas le ciel qui vous tombe sur la tête, mais plus sûrement la montagne de roche et de verre. Nous sommes à l’abri Michaud, sur les contreforts du Balaïtous, à 2691 mètres d’altitude. Et c’est là que nous allons une nouvelle fois dormir.

 

SAB 9593 R

                                                   - Fin -

 

Cet « abri », plutôt une caverne, « fait reculer en une nuit ce que l’homme a gagné en confort en trois mille ans, » m’a un jour dit un ami que j’avais traîné là. C’est vrai, il y a de quoi. La grotte est humide, froide, basse, le sol irrégulier. On ne parle plus de confort, mais d’abri. Ou mieux : de caverne. C’est tout dire. Pourtant, il y a ici comme une sorte de réconfort : le Balaïtous accueille le voyageur de passage dans cette cavité, à quatre cents mètres à peine de son sommet. Dernier parking avant la plage… ou presque.
Passer la nuit ici permet d’être considéré comme un dingue aux yeux de ceux restés dans la plaine, et de vivre une expérience unique pour ceux qui se hisseraient en son sein. C’est une aventure en soi. Symbolique au vu d’autres exploits montagnards de par le monde bien entendu. Mais il y a ici une sorte de rite initiatique qu’on retrouve nulle part ailleurs dans les Pyrénées, excepté au sommet du Vignemale (grotte « le Paradis ») ou près de la bèche de Roland, à Gavarnie. « J’ai dormi à Michaud, » peut-on dire ensuite. La plupart des marcheurs croisés sur le chemin du retour pensent que vous avez dormi au refuge d’Arrémoulit, quelques encablures plus loin. « Non, on a dormi à l’abri Michaud. » Étonnement dans le regard du montagnard qui vous prend pour un fou. C’est à peine s’il vous croit.

 

 

SAB 9599 R

 

 


C’est le matin qu’on perçoit le mieux l’intérêt de dormir au plus près de la grande diagonale du Balaïtous. Sauf à dormir au sommet lui-même (comme les deux que nous découvrirons stupéfaits en arrivant sur la crête sommitale, imaginant que nous étions les premiers !), la nuit dans cette grotte sommaire permet de décaniller dès potron-minet. Une nuit à cette altitude est toujours faite d’endormissements, de réveils brefs, de questions sur l’heure qu’il peut être et sur le temps qu’il reste dans le duvet, bien au chaud, avant d’affronter les températures matinales. Une nuit dans cet abri ajoute aussi au dormeur le sentiment étrange de revivre celle de l’homme des cavernes. On fait des rêves de pierres granitiques et de glaciers craquants. On se réveille les épaules ankylosés par la dureté du sol. Signe des temps, des randonneurs espagnols désinvoltes on écrit à la bombe de peinture rouge : « Puta ETA ». L’Abri Michaud se situe juste derrière la frontière, et même ici l’activisme politique se mêle aux paysages sublimes. Fort heureusement sans en altérer la beauté. Mais il est d’autres peintures rupestres que nous préfèrerions voir…

 

 SAB 9605 R

                                          - Réveil -

 

Peu avant 5h30, le bip bip de la montre nous sort de la torpeur nocturne. Aucun bruit, si ce n’est celui du vent sur la roche qu’on devine froid. D’ailleurs tout est froid, même dans la caverne : le sac à dos, les fringues qu’on avait rangé dedans, la gamelle où la précieuse eau coule pour le café, les godasses qu’on avait pourtant retourné l’une dans l’autre pour éviter l’humidité. Même le bonnet est froid. Il faut faire vite, nous n’aurons que peu de temps pour profiter de cette heure sublime où le jour chasse la nuit. Un quart d’heure, au maximum, pour nous habiller de cette lumière blanche qui donne aux sommets, à pics, failles, cheminées, crêtes, dévers, dômes, cette surprenante teinte lunaire. Les quelques minutes qui précèdent le premier rayon du soleil n’apportent pas encore cette teinte chaude et de feu qui dévore tout ensuite. Ces quelques minutes, dont on aimerait qu’elles durent l’éternité, ne sont qu’un furtif passage entre loups et chiens, l’aurore, tout simplement. Ceux qui se couchent tard et dorment encore ne peuvent connaître ce moment, cette grâce soudaine où tout ce qui fait la difficulté du levé nocturne, le froid qui l’accompagne, n’existent plus à cet instant précis.

 

 

SAB 9610 R                                                   - Hic et nunc -

 

 

 

 A peine a-t-on le temps d’admirer cette lueur naissante enveloppant tout autour de nous, que déjà les rayons lèchent les cimes. Le vent continue de souffler, mais ça n’a que peu d’importance : on ne le sent même plus. Seul compte à ce moment-là le fait d’être là, et de voir, de sentir, de goûter une plénitude que nul autre plaisir au monde ne peut apporter. Une ivresse qu’aucun alcool ne peut provoquer. Nous sommes entre ciel et terre, et il faut s’arracher à soi-même pour continuer à avancer, repartir, en finir, et redescendre. Sans doute cet amputation du corps en un lieu provoque alors la même douleur-jouissance que le passage d’une vie à la mort. Longtemps, très longtemps après, le souvenir de cette instant viendra hanter nos rêves, peuplés de sentinelles de roches au parfum minéral. Et, comme l’opium, le désir de revenir, là, encore, se coucher près d’Elle.

SAB 9614 R

                                                              - Trop tard -

 

 

SAB 9616 R

 

 

 

 

 

SAB 9654 R

 

 

 

 

Abri Michaud

 

 

 

 

SAB 9665 R

                                                    - A l'origine -

 

 

 (c) photos F.Sabourin, 27-28 août 2011. Balaïtous, Espagne-France (dept 64-65).

 

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 22:17

 

 

 

SAB 9550 R

                                                - Faire le mur -

 

 

 

SAB 9640 R

                                              - Walking on the moon -

 

 

 

SAB 9642 R

                                                   - Ailleurs -

 

 

 Suite dans quelques jours, découvrez : "Chambre avec vue."

 

 

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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Lundi 18 juillet 2011 1 18 /07 /Juil /2011 12:32

 

 

 

 

SAB 9107 R

                                                         - Harmonie -  

 

 

 

 

La montagne est vivante. Elle bruisse sans cesse de faunes et de flores, que le vent fait chanter, siffler, grogner, grincer, abattre violement c’est selon. Bêlements, croassements, chuintements, beuglements, cris en tous genres. La montagne est vivante parce qu’elle est peuplée avant de s’y rendre, pendant qu’on y demeure, et après l’avoir quittée. Nous ne sommes que des visiteurs d’un jour, ou plusieurs, et elle a suffisamment de caractère pour nous faire sentir que nous n’y sommes que provisoirement toléré.
La montagne est vivante, aussi, parce qu’elle y abrite des villages. Dans celui où je me trouve, un dimanche matin que la pluie fait dégouliner sur mon béret, il y a des hommes, et des femmes. Des chiens aussi. Des voitures garées comme des petits bateaux dans un port. La plupart disent beaucoup de la sociologie du pays : Le Citroën C15 est roi, aux plates-formes arrière témoignant d’une activité artisanale, agricole et pastorale. Des 4x4 aussi dont l’utilisation est réellement tout terrain, et des modèles hors d’âge. Chacun vient et va selon l’ordre établi, c’est-à-dire la plupart du temps sans ordre, mais semblant obéir à un ordonnancement locale où tout le monde s’y retrouve. Tout gravite autour de la fontaine située au centre de la place. Au milieu de tout ça surnagent des touristes – dont je suis, ne rêvons pas – qui déambulent au gré des achats dans les commerces locaux : essentiellement du pain et du fromage de brebis.

 

 

SAB 9106 R

                                                           - Suspend ton vol -

 

 

 

Dans le bistrot où je m’installe, qui se nomme L’Union - tout un programme - la taulière sort des pots de fleurs sur les tables humides qui ont visiblement passé la nuit dehors. La télé s’allume au moment même où je franchis le seuil, mais c’est un pur hasard. On y voit des coureurs du Tour de France, et un maillot jaune. Puis des militaires qui semblent morts, et d’autres bien vivants qui marchent au pas sur une grande avenue. Puis une femme aux lunettes rouges au petit accent norvégien, qui ne semble pas goûter ces promenades annuelles et un premier ministre content de lui d’avoir dit une connerie. Son président à lui n’est pas Norvégien d’origine, il est Hongrois. Hongrois qu’il est président mais il ne l’est pas. Bref…

 

 

 

 

SAB 9090 R

                                                     - Tu marcheras sur l'eau -

 

 

 

Le café chaud tombe dans la tasse, et aussitôt le bruit d’un moulin à café empli la pièce. Du coup la télé joue au jeu du film muet et ce n’est pas plus mal. Le bar, dont la façade est minuscule, coincée entre deux maisons aux murs crépis mais dont on devine le granit, possède une arrière salle où pourrait manger tout un banquet de mariage. La décoration est gentiment désuète, style fin Charles de Gaulle début Pompidou. Les tables sont dressées, et dessus les chaises sont rangées. Ne reste plus qu’à les descendre pour poser son séant dessus. On imagine déjà les gros oncles à moustaches en chemises blanches tendues par un ventre à cassoulet, portant bretelles et riant fort. Les guogues sont d’une propreté sans reproche, ils semblent sortis du magasin et déballés de la veille. Un gars du coin à l’accent béarnais sort, les mains dans les poches. Il scrute le ciel, se retourne et dit : « Il fait beau en Espagne. » Et tout le monde se marre dans le bistrot, c’est-à-dire cinq personnes.

 

Le son suivant est celui d’une scie. Mais pas d’une scie sciant du bois, ou du métal. Un autre son. La scie "scie" autre chose, mais je ne sais pas encore quoi. Une odeur de chair fraîche m’emplit le nez. Un homme au sourire barbu coupe une belle tranche de pâté de campagne à l’ail et au persil. Ça fait une bouche. Et un boudin noir, car dans le cochon, tout est bon. Je lui fais remarquer qu’il a interverti les étiquettes des tomates farcies et des saucisses confites. « Déjà que les gens nous trouvent bizarres, » dit-il… Derrière la caisse sont alignées comme dans un jeu de massacre des boîtes de pâtés, confits, conserves en tous genres portant des étiquettes à petits carreaux roses, rouges, jaunes, orange, verts, bleus et noir. Mais ce qui attire mes sens - tous mes sens - c’est l’arrière boutique. J’aperçois en effet l’établi du boucher, les crochets, vides pour l’instant, des rouleaux de papiers qui servent à empaqueter la bidoche, des rouleaux de ficelle pour larder les rôtis, les torchons en boule. Et là, au milieu de ce fatras, dans le sang écarlate et la blancheur du carrelage, le bruit de la scie, actionnée par le commis qui découpe un morceau dans un grand cuisseau de bœuf. Il y met tout son cœur, et l’huile de coude de son bras droit, arc bouté sur le cadavre. Je m’attends à entendre ensuite le bruit du hachoir, mais non, il repose la scie sur un croc de boucher, et jette sur son épaule l’autre moitié de la cuisse. Il règne ici une ambiance de travail semi-monastique que je dérange à peine. Chacun sait ce qu’il a à faire, dans une économie de mots qui tranche avec les couteaux qui dépassent de partout. Derrière la vitrine, commencent à s’entasser entrecôtes et steak, filets et rôtis, pommes dauphines, pâtés et fromages de tête. Ça sent la viande froide, l’ail et le laurier. Dehors il pleut toujours, mais beaucoup moins. Ça n’a que peu d’importance. Laruns (c’est le nom du village) qui semble mort est bien vivant.

 

 

 

SAB 7880 R

                                                          - Un jour où il ne pleuvait pas à Laruns -

 

 

Je repense alors à ces verts pâturages, au tintement des clochettes des brebis, au son lancinant et perpétuel du torrent qui dévale sa course. Je sens encore en moi cette odeur de roche chaude brûlée au soleil, et à la sueur qui me dégouline le long du cou.  Frissonnant au vent des cimes, qui entoure le cairn sommital de sa fraîcheur parfois inhospitalière, je vois la crête coupée nette et le vide à sa verticale. Il me faudrait des ailes, et c’est bien le seul manque à déplorer. Je me sens rempli de tout cela, solitude bienfaisante et pourtant si peuplée des bruits de la vallée. Elle irrigue mon sang d’une quiétude et hébétude salutaire. Une force et fécondité indispensables.  

 

 

 

SAB 9165 R

 

 

 

 

SAB 9051 R

                                               - Le Palas et les lacs d'Artouste et d'Arrémoulit -

 

 

 

 SAB 9000 R

                                               - Sur la tête de Jean-Pierre (2884m) -

 

 

 

SAB 9077 R 

 

 

  SAB 8986 R

                                                     - Qui êtes aux cieux -

 

 

 

SAB 9093 R                                                           - Emergence du vertical -

 

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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Mercredi 1 juin 2011 3 01 /06 /Juin /2011 11:26

 

 

 

 

 

SAB 7830 R

                                                       - L'air de rien, le Lurien -

 

 

 

 

SAB 7829 R

                                                            - A toi l'honneur -  

 

 

 

 

SAB 7854 R

                                                         - Homo erectus -

 

 

 

 

 

 SAB 7886 R

                                                         - Sans titre -

 

 

 

SAB 7890 R

                                                   - Artouste, Palas, Balaïtous -  

 

 

 

 

SAB 7851 R

                                                 - Ménage à trois -

 

 

 

 

 

SAB 7914 R

                                                                   - Pub -

 

 

 

 

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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Mardi 5 avril 2011 2 05 /04 /Avr /2011 12:03

 

 

 

 SAB 7349 R

 

 

 

Moi, mon souvenir le plus sincère

Se trouve au fond d'une mélodie

Que jouait un type un peu solitaire

Et qui s'en est allé depuis 

 

 

 

 SAB 7364 R

 

 

Je vois l'image encore entière

De quand nous étions réunis,

Tu voulais voir d'autres lumières,

Et j'en avais envie aussi

 

 

 

 

 SAB 7356 R

 

 

Et tous les gens regardaient vers la mer,

On s'en ira, ce n'est qu'un geste à faire

Pour toute la vie

Ou pour un peu d'imaginaire

Juste le temps d'un peu d'oubli

 

 

 

 SAB 7375 R

 

 

C'était dans l'ombre, c'était dans l'air

Par les chemins qu'on a suivis

De la nuit sombre jusqu'au matin clair

Et j'en avais envie aussi

 

 

 SAB 7370 R

 

 

Et tous les gens regardaient vers la mer,

On s'en ira, ce n'est qu'un geste à faire

Pour toute la vie

Ou pour un peu d'imaginaire

Juste le temps d'un peu d'oubli

 

 

 

SAB 7383 R 

 

 

Et puis, la vie qui fait ses affaires

Ami du jour, au ciel de lit,

Il te fallait ton univers

Et j'en avais besoin aussi

 

 

 SAB 7395 R

 

 

 

Maintenant et toujours, comme hier,

Quand on se croise, on se sourit

C'est sans regrets, c'est sans mystères

J'en avais envie aussi

 

(William Sheller)

 

 

SAB 7409 R 

   

 

 

SAB 7419 R

 

 

 

 SAB 7403 R

 

 

 

 Photos : FS.

Ariège. Col de Puymorens ; Puig de la Coma d'Or (2826m) ; Etang Lanoux ; Ref des Bésines ; l'Hospitalet-près-l'Andorre ; Ussat-les-Bains.

 

 

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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