Elle
s’appelle Sabine...
... nous dit Sandrine Bonnaire dans ce documentaire qui vaut à lui seul tous les films du moment. Sabine crève l’écran, de son visage
bouffi par les calmants, le surpoids, les cheveux courts, les lèvres entrouvertes d’où s’échappe un filet de bave. Sabine fut autrefois une belle jeune fille, l’équivalent brune de l’actrice
révélée dans « A nos amours » de Maurice Pialat en 1983 et « Sans toit ni loi » d’Agnès Varda en 1985. Deux Césars : meilleur espoir et meilleure actrice. Sabine, une
jeune fille différente, mais rieuse, malicieuse, musicienne, passionnée de géographie et d’anglais, de voyages… Aimée par sa sœur, surtout.
En 1996, Sabine est internée pour cinq ans, en hôpital psychiatrique. Son état se dégrade, elle grossit, devient agressive, subit la camisole et les calmants à endormir un cheval. Il faudra à
Sandrine user de sa notoriété (elle le précise) et de patience (surtout), pour obtenir une place dans un institut médico-professionnel, en Charente, afin que Sabine soit – enfin – diagnostiquée.
Psychoses enfantines et léger autisme.
Elle s’appelle Sabine ne s’insurge ni se révolte contre le système psy en bout de course. Sandrine ne fait que poser des questions. Quand ma sœur ira-t-elle mieux ? Quand
pourra-t-elle sortir de l’IMP ? Quand repartirons-nous en voyage ensemble ?
Sans émotions superflues, Sabine imprime son visage plein cadre. Au départ on est gêné. On hésite à rire quand pourtant les situations sont risibles. Parce qu’on croit que le rire est au dépend
de la maladie. Sandrine pose des questions, comme un écho à celle, lancinante et répétitive, que Sabine répète inlassablement. « Est-ce que tu viendras me voir demain ? Tu me
viendras me voir demain, Sandrine ? ». – « Oui, tu le sais bien », répond-elle, sans jamais s’en agacer. Pour ceux qui s’en souviendraient, ces
répliques peuvent rappeler l’épisode johannique du « Pierre, m’aimes-tu ? – Oui, tu sais bien que je t’aime ».
Fol amour que celui de ces deux sœurs que tout semblerait opposer : notoriété, beauté, richesse pour l’une. Maladie, pauvreté et quasi disgrâce pour l’autre. Et pourtant il émane de ce film
quelque chose de si puissant et si évident qu’à la fin, on ne verse ni larme, ni soupir, ni regrets, ni emphase. Juste le sentiment d’avoir, grâce à Sandrine Bonnaire, mis un nom sur la folie
d’une maladie transfigurée par l’amour et le don gratuit : elle s’appelle Sabine.
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18795917&cfilm=128514.html
par Fred Sabourin
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Les Liens du Sang

De Jacques Maillot. France 2007. 1h45 ; 295 copies. Distributeur : Studio Canal. Avec : François Cluzet ; Guillaume
Canet ; Clotilde Hesme ; Marie Denarnaud…
Si il y a longtemps que vous n’avez pas vu au cinéma de Renault 15 ou 16, de Peugeot 504, d’intérieurs aux murs recouverts de moquette marron, de tignasses longues,
moustaches et rouflaquettes, alors Les Liens du Sang sont fait pour vous. Ambiance très années soixante-dix pour ce polar de Jacques Maillot, aux
décors soignés.
Gabriel (François Cluzet) vient de tirer dix ans de prison pour meurtre « du type qui lui avait piqué sa petite amie ». Ca ne se fait pas. Il a eu la rançon de sa vengeance. Son petit
frère, François (Guillaume Canet) est flic, un bon flic même aux dires de ses supérieurs. Mais il n’est jamais venu voir son frère lorsqu’il purgeait sa peine.
A sa sortie, il l’héberge pourtant dans une chambre de bonne au dessus de son appartement. Gabriel semble se ranger, et tente de reprendre une vie « normale » : il bosse à
Intermarché comme manutentionnaire. Il y fait la connaissance de Nathalie, caissière. Mais le chemin de la réinsertion est semé d’embûches, et de vieux démons. Gabriel ne se satisfait pas de son
petit salaire. Il accepte un nouveau « contrat » pour une bande en difficultés avec des rivaux à « éliminer ».
L’histoire de ce polar de bonne facture peut être considéré comme un prétexte à plus de profondeur : c’est surtout les liens entre les deux frères, flic et voyou, qui est ici à observer.
Chacun essaie de faire comme si le passé de l’autre n’existait pas, mais c’est difficile.
Ambiance, atmosphère,
esprit, on est au coeur d'une époque qui annonce le paraître et la frime, avec des méthodes radicales et réalistes. C'est dans la pertinence de ce cadre travaillé que les deux frères se défient,
se rabibochent, se combattent, se retrouvent, et se perdent. François Cluzet et Guillaume Canet sont en pleine forme expressive, dans une tentative têtue pour forcer le cours de leur destin.
Les seconds rôles ne sont pas oubliés, allant de gueules de cinéma très seventies, aux personnages féminins, touchant de grâce et de fragilité, notamment pour Clotilde Hesme et Marie Denarnaud,
respectivement femmes du flic et du voyou. Mention spéciale pour Clotilde Hesme (vue cet été dans Le Fils de l’épicier) qui doit quitter son mari en
taule pour Guillaume Canet le flic qui l’a mis en cabane.
Après l’échec public du Dernier Gang d’Ariel Zeitoun à l’automne dernier, avant le très attendu Mesrine avec Vincent Cassel, et un remake des Egouts du Paradis de
Spaggiari (de et avec JP Rouve), Les Liens du sang, de Jacques Maillot se pose en modèle du genre, tendance réussite. Pas facile à notre époque où le
réalisme et le style sont souvent confondus avec le tape-à-l’œil clinquant et finalement sans saveur.
On n’ose dire bling-bling.
par Fred Sabourin
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L’Auberge rouge

De Gérard Krawczyk. France 2006. 1h35. Distributeur : Warner Bros France. Avec : Josiane Balasko ; Gérard Jugnot ; Christian Clavier…
A la fin du 19è siècle, dans le beau mais rude département de l’Ardèche, une sinistre auberge dite « du Croûteux » se dresse au milieu d’une nature sauvage et hostile. Un établissement coquet tenu par des Ténardiers locaux, Martin et Rose, qui font assassiner les voyageurs isolés par leur fils adoptif sourd et muet. Un soir d’orage, le père Carnus a sous sa responsabilité un adolescent qu’il doit conduire à un monastère perdu dans la montagne. Ils croisent une diligence qui va les mener tout droit vers une épopée dont ils ne soupçonnent pas encore qu’elle mettra en péril leur existence.
En 1951, Claude Autan Lara s’était déjà emparé d’un scénario de Jean Aurenche, Ardéchois lui-même, à partir de ce fait divers nationalement connu qui s’était déroulé dans les années 1830 à l’auberge de Peyrbeille, aux confins de l’Ardèche et de
la Haute-Loire. Il avait demandé à Fernandel de remplir le rôle du prêtre accompagnant le futur novice dans une abbaye perdue au milieu de nulle part.
Au milieu de nulle part, c’est aussi l’adresse de la fameuse auberge où, dit-on, le couple de taulier assassinait les voyageurs isolés.
Gérard Krawcyk, en tournage de Taxi 4, passe à la diligence avec L’Auberge Rouge, et en alignant dans le même film Gérard Jugnot, Josiane Balasko et Christian Clavier, on se doutait bien que le niveau serait à la hauteur des exigences qu’on attend d’eux. On ne pourra pas dire que c’est une adaptation fidèle des faits (sombres) de 1830, mais dans le registre comique, ça fonctionne assez bien, Christian Clavier parvenant presque à faire oublier ses choix politiques récents…
Il faut souligner la présence de seconds rôles efficaces, notamment Urbain Cancelier (qui jouait Colignon – tête à gnons dans Amélie Poulain), ou encore Sylvie Joly en Comtesse de Marcillac, méconnaissable.
Le tournage n’a hélas pas eu lieu en Ardèche, et Gérard Krawczyk avoue d’ailleurs ne pas avoir visité la vraie auberge (lieu touristique dans la région !), mais dans les Pyrénées ariégeoises, et au Pont d’Espagne, près de Cauterets. Pas mal non plus.
Cela dit, les habitants de Privas peuvent se réjouir, le nom de cette charmante bourgade est cité trois fois au cours du film.
Qui a dit qu’il ne se passait rien en Ardèche ?



par Fred Sabourin
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