Mardi 21 septembre 2010
2
21
/09
/Sep
/2010
22:37
Les bois étaient tout recouverts de brumes basses,
Déserts, gonflés de pluie silencieux ;
Longtemps avait soufflé ce vent du Nord où passent
Les Enfants Sauvages, fuyant vers d’autres cieux,
Par grands voiliers, le soir, et très haut dans l’espace.
J’avais senti siffler leurs ailes dans la nuit,
Lorsqu’ils avaient baissé pour chercher les ravines
Où tout le jour, peut-être, ils resteront enfouis ;
Et cet appel inconsolé de sauvagine
Triste, sur les marais que les oiseaux ont fuis.
Après avoir surpris le dégel de ma chambre,
A l’aube, je gagnai la lisière des bois ;
Par une bonne lune de brouillard et d’ambre,
Je relevai la trace, incertaine parfois,
Sur le bord d’un layon, d’un enfant de Septembre.
(…)
Le jour glacial s’était levé sur les marais ;
Je restais accroupis dans l’attente illusoire,
Regardant défiler la faune qui rentrait
Dans l’ombre, les chevreuils peureux qui venaient boire
Et les corbeaux criards aux cimes des forêts.
Et je me dis : je suis un enfant de Septembre,
Moi-même, par le cœur, la fièvre et l’esprit,
Et la brûlante volupté de tous mes membres,
Et le désir que j’ai de courir la nuit
Sauvage, ayant quitté l’étouffement des chambres.
(…)
Mais les bois étaient recouverts de brumes basses
Et le vent commençait à remonter au Nord,
Abandonnant tous ceux dont les ailes sont lasses,
Tous ceux qui sont perdus, tous ceux qui sont morts,
Qui vont par d’autres voies en de mêmes espaces !
Et je me suis dit : ce n’est pas dans ces pauvres landes
Que les enfants de Septembre vont s’arrêter ;
Un seul qui se serait écarté de sa bande
Aurait-il en un soir, compris l’atrocité
De ces mauvais déserts et privés de légende ?
Patrice de La Tour du Pin (La Quête de joie)
(c) Fred Sabourin. Blois 09/2010
Par Fred Sabourin
-
Publié dans : poésie
0
Lundi 11 janvier 2010
1
11
/01
/Jan
/2010
12:01
Physique ascétique, visage taillé à la serpe et textes tout aussi tranchants : Mano Solo, auteur - compositeur
inclassable, qui avait fait ses preuves dans les bistrots, les petites scènes de rien du tout (comme celle du Tourtour, impossible d'oublier ce moment...), immortel ou presque. T'es parti Mano,
et avec toi un cortège de séropo en rémission qui nous rappelle qu'on ne meurt pas seulement de la gripette hache hein nain nain.
Le blogueur se souvient de concerts où on se faisait engueuler (sans trop savoir pourquoi), d'une voix cassée qui nous fendait le coeur pour y laisser entrer des textes d'une poésie infinie.
Mano, t'es parti de l'autre côté du pont, et sur ce blog un jour, il y a eu une p'tite chanson : les gitans (cliquez dessus bande de nazes)
Ciao pantin.
Je n'y peux rien
"Le soleil couche ses rayons sur le corps d'une ville, il apaise les raisons et pour demain prépare ses p'tites folies. Je sais que le monde n'est pas une machine, je sais qu'il gronde, qu'il
saigne et fulmine.
Et je n'y peux rien. J'aime tant la vie que chaque jour, elle recommence. Je n'ai cherché qu'une voix pour adoucir les violences. Je n'ai chanté que des vérités d'amour, je n'ai menti que pour
tracer des routes de velours.
C'est une chance que de vivre de mots, une éternelle enfance à naviguer dans le beau ondulant, dans l'ondée musicale. C'est une aubade dans laquelle je me trimbale, c'est un voyage dans un
espace nouveau, c'est une page qui se lit de bas en haut, une tour de Babel de rimes cruelles déroulant les coeurs en ribambelles.
Je n'y peux rien, j'aime tant la vie que chaque jour elle recommence. Je n'ai cherché qu'une voix pour adoucir les violences. Je n'ai chanté que des vérités d'amour, je n'ai menti que pour tracer
des routes de velours".
Mano Solo (album "Les Animals")
Par Fred Sabourin
-
Publié dans : poésie
2
Jeudi 16 juillet 2009
4
16
/07
/Juil
/2009
18:48
« J’aime l’amour des marins qui embrassent et s’en vont, ils laissent une promesse et jamais ne reviennent. Dans chaque
port attend une femme ; les marins embrassent, et s’en vont. Et puis, une nuit, ils se couchent avec la mort, dans le lit de la mer ».
Pablo Neruda, « Farewell »
les bords de "La Sure", près des Vans (Ardèche)
Par Fred Sabourin
-
Publié dans : poésie
1
Lundi 25 mai 2009
1
25
/05
/Mai
/2009
21:18
« La poésie ne propose pas de consoler l’homme de la mort, mais de lui faire entrevoir que la vie et la mort sont inséparables : qu’elles sont la totalité »
Octavio Paz (1914 – 1998)
Au détour d’un livre ouvert, ou d’une carte entrevue sur son présentoir, sans le vouloir ces petites citations
isolées nous submergent quotidiennement. Souvent nous n’y faisons pas attention, mais rarement nous ne cherchons pas à les lire, à en découvrir la substantifique moelle et en rapporter quelque
chose pour son extérieur jour, ou intérieur nuit. Elles nous tombent dans l’œil, comme une poussière de platane, et s’y fichant, elles restent quelques fois avec insistance. Les coïncidences
veulent qu’elles sont de temps en temps pertinentes avec les sentiments, les états d’âme passagers, même clandestins.
On voudrait les chasser mais rien n’y fait : elles s’incrustent, malgré le hors contexte qui les balade à tous les vents, malgré l’ignorance furtive de l’origine de l’auteur. « Mais
si, tu sais, c’est le type qui a écrit… ah zut… comment c’est déjà ce bouquin ? A moins que ce ne soit… ». Au final, peut importe, nous irons vérifier dans un dictionnaire qui est
l’auteur de cette orpheline phrase poétique, de cet aphorisme ou maxime qui nous servira de béquille, le jour venu. D’ailleurs les plus consciencieux – et les collectionneurs qui sont souvent les
mêmes – les notent dans des cahiers à spirales, ou des répertoires, se jurant de s’en resservir, « au cas où ».
Hasard malicieux celle-ci, 25 mai de l’an Neuf, tombait à pic. Et le plaisir du gourmet consiste, comme le poète, à ne pas s’en justifier. Comme la rose, elle est sans pourquoi. Elle fleurit
parce qu’elle fleurit.
Et c’est tout.
Par Fred Sabourin
-
Publié dans : poésie
0
Dimanche 8 mars 2009
7
08
/03
/Mars
/2009
12:54
Elle avait les yeux dans le vague. A l’âme des bleus des coups portés longtemps auparavant. Dans le cœur, des marques de fer rougit aux larmes du désir inassouvie. Ou trop tôt disparu. Ou pas
encore revenu.
Elle avait les yeux dans le vague et regardait le soleil apparaître entre deux pentes neigeuses qui défilaient tel un rideau à travers la vitre. Dans la diligence, le sommeil des voyageurs était
encore lourd et formait comme un brouillard épais à l’horizon. Chacun était enveloppé de ce coton tentant de l’aménager au mieux. Musique dans les oreilles, lectures matinales. Sieste réparatrice
et annonciatrice d’une longue journée.
Elle avait les yeux dans le vague et l’écume du jour se levait lentement.
J’aurais voulu être marin pour lever l’encre de ces yeux qui semblaient déjà si loin, rêvant à des paradis terrestres, des îles, des plages, des montagnes de sucre et des volcans de souffre. Un
albatros passait au dessus d’elle : l’âme d’un poète, se dit-elle.
Elle avait les yeux dans le vague et je me sentais au bord du vide.
Il fallait franchir le Rubicon, ce que personne ne fit.
Par Fred Sabourin
-
Publié dans : poésie
1