Mercredi 24 février 2010
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Les conséquences de la crise que nous vivons sont nombreuses. Mais certaines sont inattendues. Le chômage – ou la crainte d’y tomber – est tel que d’anciens ministres de la mitterrandie acceptent
n’importe quel poste proposé par le Prince Tout Puissant de la République. Comme les Auvergnats : « quand il n’y en a qu’un, ça va, c’est quand il y en a plusieurs que ça pose
problème ».
Il y a pire : certains anciens ministres ont du mal à savourer le quotidien de leurs mandats électifs retrouvés. On connaissait une ancienne garde des sceaux devenue avocate par
« validation des acquis d’expérience » (ainsi elle sera peut-être la première victime de sa fameuse carte judiciaire). Le meilleur nous avait échappé. Que devenait Santini, après avoir
brillé comme secrétaire d’Etat à la fonction publique ?
Et bien il allait voir Madame Irma, pour y lire dans sa boule de cristal et dans les astres les résultats des prochaines régionales. Avant le désastre ?
Par Fred Sabourin
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Vendredi 15 janvier 2010
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Le désenchantement du monde, dont on pense souvent qu’il a atteint sa limite, avance un
peu plus loin à chaque coup de boutoir consumériste que la technologie moderne nous offre sans que nous en ayons à priori besoin. Le succès planétaire (nous dit-on) de l’ail faune en est une
preuve flagrante. Chez l’opérateur « Orange », huit téléphones sur dix vendus au moment de noël sont un de ces nouveaux jouets dont il est difficile de ne pas céder à la tentation, ou à
ses ersatz. Le blogueur s’est lui-même laissé prendre par la sirène de la facilité : au creux de la main, avec un appareil d’une marque similaire, tout internet et plus encore si on veut. Il
a d’ailleurs lu cette information sur le dit smartphone en furetant sur le site ouaib du « Monde ».
L’ail faune, c’est le couteau suisse de la téléphonie actuelle. Autrefois, le chic du chic, c’était d’avoir dans la poche de quoi visser, scier, couper, gratter, limer, décapsuler, coudre même
parfois, bref bricoler, démonter un pneu, allumer un feu, amputer une jambe de bois, ouvrir une porte en toute circonstance. Aujourd’hui – sans craindre d’emprunter les transports en commun de
l’histoire qui se fabrique sous nos yeux – le fin du fin c’est d’être connecté en permanence. Et nous ne nous rendons pas compte à quel point ceci modifie considérablement nos modes de vie. A la
mesure du vertigineux passage de la lampe à huile à l’ampoule électrique fin XIXè siècle. Comme le dit l’homme de la rue à la voix populaire : « je ne sais pas si le boum des technologies modernes de communication va de paire avec les choses intéressantes à dire ».
Heureusement, il reste les bonnes vieilles valeurs pour nous raccrocher à la terre « ferme » : les séismes de magnitude 7 (qui frappent plus souvent chez les pauvres aux régimes
politiques dictatoriaux que dans les contre-allées de l’avenue Foch ou la presque-île lyonnaise), les engueulades entre politiques et dromadaires à heure de grande écoute, le principe de
précaution dont on prend de plus en plus précaution, et la liste est longue. Il y a même ce retraité d’un âge respectable assénant à la (jeune) boulangère du quartier un tonitruant « j’ai bossé quarante ans de 6 heures du matin à 9 heures du soir, et je n’en suis pas mort ! ». Non, en effet, mais question progrès social, il
y a encore des claques qui se perdent…
Par Fred Sabourin
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Mardi 17 novembre 2009
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10:25
C’est l’histoire d’un mec qui ne bosse pas, en
contrat à durée indéterminée. Il en profite donc pour parfaire sa forme physique, en « joggant » le matin tôt, plaisir qu’il avait perdu du fait de ses anciens horaires très matinaux
sur une station de radio à l’audience faible mais proche des cieux. Courir le matin tôt, c’est la certitude de croiser ceux qui vont au boulot, sentir cette excitation frénétique du réveil qui a sonné il y a peu, des douches chaudes et cafés tièdes, les effluves de parfum offrant une traçabilité à
des femmes parfaitement vêtues et des hommes clonés sur le modèle costume-cravate-serviette en cuir, des livreurs en livrée sans manche, suant déjà au cul du camion, des artisans perceuse en
main, des écoliers trottinant vers l’usine.
C’est un de ceux-là justement, qui donna à cette
journée une réplique aussi anodine que touchante. Pendant que sa mère sortait des trucs et des machins de la voiture, le gosse, à peine cinq ans, un petit cartable sur le dos et emmitouflé dans
une épaisse doudoune, s’exclama au passage du sportif : « oh ! regarde
maman ! un coureur ! tu crois qu’il va gagner la course ? ». Lequel lui
fit deux signes du « v » de la victoire avec les doigts, histoire d’ajouter le geste à la parole.
Sacré gamin va ! Il ne le sait pas, mais cet encouragement à gagner une course que le coureur de fond est
seul à engager au petit matin, est perçu comme un signe annonciateur d’une journée qui ne sera pas complètement inutile.
Qui a dit, déjà, il y a dix ans, « la victoire est en nous » ?
Par Fred Sabourin
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Vendredi 30 octobre 2009
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19:38
J’aime bien la Toussaint. Ce sont les jours où les morts ont l’air vivants. On a beau
parler des saints, ceux auxquels on pense sont morts depuis longtemps parfois, et il arrive qu’ils soient nombreux. Si on pense à eux, alors qu’ils sombrent dans l’oubli trois-cent soixante
quatre jours durant, c’est la faute aux chrysanthèmes. Ces fleurs qu’on dit mortuaires font sortir les morts des tombeaux. Chaque année, en particulier depuis qu’ils ont vaincu les citrouilles
ridicules d’halloween, les chrysanthèmes refont surface, comme les morts – nos morts – dans notre champ visuel. On en trouve partout, impossible d’y échapper.
Etonnant rituel d’ailleurs, à l’heure où la mort a quitté et notre champ de vision usuel grâce aux progrès techniques, médicaux et sociaux, et notre langage habituel (qui ose encore évoquer la
mort, comme ça, au détour d’une conversation ?), le fleurissement des tombes, avec l’extraordinaire dérégulation des croyances de l’au-delà semble faire persister dans nos vies un besoin de
se retrouver quelque part, avant et après la mort. On dira ce qu’on voudra, mais la pierre tombale, à un endroit donné, est le premier lieu de
mémoire pré et post mortem, le point d’arrivée d’une vie et le point de départ d’une espérance.
Le chrysanthème, par ce qu’il représente, par son omniprésence dans nos villes, villages, cimetières et pensées, marque l’irréductible besoin, pour nos sociétés modernes, de se raccrocher à
l’interrogation sur le sens de l’existence. Et d’entrevoir, peut-être, grâce à cette drôle de fleur, un horizon au-delà d’une triste fin.
Alors vive ces jours sombres où l’automne s’enfonce dans nos vies en réduisant la lumière, qui grâce aux chrysanthèmes gardent un peu de couleurs en nous rappelant que les morts de jadis seront
des vivants jusqu’à demain.
Par Fred Sabourin
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Mardi 7 avril 2009
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15:50
La phrase du jour, nous la devons à ce jeune pré adolescent entendu hier soir sur la parvis de la gare Part Dieu de Lyon, entre sa petite sœur et un homme qui pourrait être son jeune grand-père
venu les chercher à la sortie du train : « alors, tu as vu les Champs Elysées ? » demande le jeune senior. « Oui ! J’y ai vu la concession Peugeot, et
aussi Mercedes et Citroën ! » répond fièrement le gone. « Ah ben alors ! » ajoute, songeur, l’adulte qui peut-être bossait dans l’automobile avant de s’en
faire virer.
Quelle époque épique, aurait ajoutée une journaliste de radio il y a quelques années, à moins que Jacques Martin, se tournant vers le public du théâtre de l’Empire dans « L’Ecole des
Fan » entonne son « les enfants sont formidables ! ». Ceci dit, nous ne pouvons raisonnablement en vouloir à cet enfant d’être passé à côté de l’essentiel, la plus belle
avenue du monde étant transformée en gigantesque foire à l’accessoire…
Il faut avoir le triomphe modeste, les Arcs ne font plus rêver, pas plus que les obélisques égyptiens. Le soldat inconnu se retourne dans sa tombe, mais ce n’est ni la première ni la dernière
fois.
« N’importe qui et ce fut toi, et je t’ai dit n’importe quoi, il suffisait de te parler pour t’apprivoiser… »
Par Fred Sabourin
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