- Godasses -
- Ligne de fuite -
- Trait d'union -
- Ici ou là -
(c) Pantin, Porte d'Aubervilliers, Canal de l'Ourcq. Janvier 2012.
Le jour, d'après...
Fred Sabourin

Carnets, photos, récits, poèmes, voyages
critiques cinéma, coups de torchons,
éditos, culture, soliloques en tous genres...
"Fais de l'obstacle la matière
même de ton action"
(Marc Aurèle)
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(c) Pantin, Porte d'Aubervilliers, Canal de l'Ourcq. Janvier 2012.
(un projet photographique, suite)
Ici, pendant presque quarante ans, se dressait une belle base de loisirs : auberge de jeunesse, piscine en plein air de
cinquante mètres, et un camping. Bourgines, à Angoulême, Charente.
Pour beaucoup d’Angoumoisins, Bourgines, c’était d’abord et avant tout une piscine, où on venait passer du temps l’été, à une
époque pas si lointaine où les bassins individuels n’avaient pas encore envahit les jardins des pavillons de banlieue ou des maisons chics du centre ville. Beaucoup y apprirent à nager. Certains
y ont compté fleurette, sur le béton des dalles irrégulières qui râpaient les pieds ou sur la pelouse, derrière une haie, plus discrète. On y fumait des blondes à dix balles le paquet - des
Dunhill bleues, des Craven ‘A’ ou des Benson & Hedges - en compagnie de jolies brunes dont les tétons pointaient sous le maillot mouillé, en mastiquant des gommes à mâcher à la
chlorophylle, pour garder l’haleine fraîche. Les plus audacieux osaient sauter, ou plonger, du haut des cinq mètres de plongeoir qui dominait le rectangle bleu, sous les yeux des belles de jour
qui attendaient l’exploit, ou le plat. D’autres enfin scrutaient le fond, cinq mètres plus bas, imitant un certain Jacques Maillol dans Le Grand bleu. Bourgines, c’était une piscine, une
époque, des vies.
A côté de celle-ci, il y avait le camping municipal du même nom. « Cent quatre vingt emplacements de caravanes, » me
dit le vieux que je croise contre toute attente dans ce lieu désormais désert et à l’abandon, en friche, en zone. Je prenais des photos dans ce qu’il reste de sanitaires, aux murs défoncés,
tagués, au sol jonché d’immondices et de déjections, de briques et de tuiles, quand j’ai entendu ses pas. J’ai alors pensé à des flics en ronde, ou un squatter qui m’aurait vu rentrer. Me croyant
seul, j’avoue, j’ai flippé. Non, c’était un octogénaire, « un des deux derniers propriétaires de petits jardins ouvriers d’à côté, » me dit-il. On a discuté, un peu. Il croyait que je
faisais « mon inspection. » Il m’aura pris pour un flic, lui aussi, ou quelqu’un de la mairie, sans doute. Il m’annonce qu’il vient ici « faire son tour, et voir les occupants de la
caravane, là bas dans l’fond. » Une caravane ? Oui, et bien planquée, entre les arbres et le reste de végétation surabondant. Des grilles ferment cette sorte d’enclos, fausse propriété
privée où des chiens aboient. Il me plait qu’ils soient derrière et que le dit enclos semble hermétique. Pas âme qui vive autre que ces cabots, on sent néanmoins la présence humaine ordinaire de
gens hélas ordinaires, qui, exclus de tout, vivent dans ces abris de fortunes, à l’écart, planqués, repoussés, exilés. Deux toiles de tente jouxtent la caravane, je les découvre en faisant le
tour par un trou du grillage de l’ancien camping.
Des gens vivent là, comme près du parking où j’ai laissé ma bagnole tout à l’heure. Sur une autre caravane, plus visible, dont l’auvent est fait de bric et de broc, de toiles et de palettes, il est écrit le modèle : évasion 400 luxe. D’autres avaient aussi posé leur caravane près du stade, entre noël et nouvel an, mais celle-ci vient de disparaître, seules restent les traces d’une courte organisation de vie dans ce coin en friche, vestiges d’anciens jardins ouvriers. Quand je reviens vers ce parking, un homme et une femme, d’un âge certain, coupent du bois mort humide tombé là. Ils ramassent le tout et le rangent dans un petit chariot à course, modèle pour bourgeoises du plateau de la ville haute, ou de la mémé qui ne peut plus porter de sacs.
J’ai décidé de publier ces photos. Ces lieux ont l’air sans vie, sans âme, sans rien. C’est un leurre. Personne ne regarde ces
lieux, ou si peu, et c’est bien dommage. Ils rebutent et sont repoussés peu à peu du centre clinquant de nos villes, quelle que soit leur taille. Mais ils existent, ces lieux de rien, ces lieux
de friches, ces lieux de zones. Ils se rappellent à nous quand on veut bien les regarder vraiment, en prenant le temps, en ouvrant les yeux, tout simplement.
Et, contre toute attente sans doute, ils témoignent d’une vie qui est encore là, tristement là même parfois. Ils ont une âme, et
celle-ci mérite qu’on la mette en pleine lumière.
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- Ligne de fuite -
(c) Fred Sabourin. Janvier 2012, Angoulême.
Nikon d300, objectif Tamron 10-24 mm. Focale moyenne : 5 et 9-11.
- Présumé coupable -
Ça sent le sapin pour le roi des forêts...
- Sans titre -
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- Diabolo-menthe -
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- Evasion -
(c) Fred Sabourin. Janvier 2012. Angoulême
- Nature (morte) -
En attendant le retour des écritures...
Tiens au fait Charlie a brûlé.
Et personne pour soupçonner Siné ?
Si c'est pas une erreur judiciaire ça !
Bourlingue & vagabondage jusqu'au 13 novembre environ.
- Mangez-en tous -
- Je suis resté là comme deux ronds de frites -
Qu’il est bon d’être dépassé et surpris par les évènements, parfois. Alors que la gare de Lamativie émergeait à peine de sa torpeur estivale – le soleil tapait dru cette fin juin – une fidèle lectrice de ce
blog se dépêchait pour attendre à la gare de Rocamadour, dans une configuration semblable. Je ne résiste pas à la citer dans le texte : « C'est
parfois sympa d'attendre longtemps, en ayant absolument rien à faire. »
Et comment ! C’est là que l’œil et les autres sens prennent toute leur mesure, à savoir la démesure de l’endroit où l’on se trouve, et c’est aussi dans ces instants rares que s’éveille
l’esprit du lieu. Ceux qui ont perpétuellement un écran sous les yeux ou un ail pode dans les oreilles ignorent de quoi il s’agit, absorbés par autre chose (mais quoi ? La fuite de leur
propre solitude certainement). Pour les autres – et donc cette prometteuse observatrice du temps qui passe – tout peut arriver. Il n’y a rien d’autre à posséder qu’un peu de mémoire et un œil en
état de marche. Voire deux, c’est selon.
Ensuite, quelques béquilles peuvent aider à fixer tout cela pour éviter que la scène s’envole trop furtivement : un petit carnet à spirales (ou pas) fera bien l’affaire. Pour l’œil, c’est
une affaire de goût, et d’opportunité, un appareil photo compact ou un gros réflex perfectionné si on est passionné permet de revoir ensuite le résultat d’une attente qu’on croyait stérile.
Apparaissent alors des détails croustillants, comme cette borne de compostage contemporaine de la société des chemins de fer français indiquant une date permettant de revenir au passé en un clic,
comme seule cette société de transport peut en être l’auteur. D’ailleurs, que faisiez-vous le 5 octobre 1980 ? (c’était un dimanche).
Rocamadour ou Lamativie, même combat, ou presque tant cette dernière était largement plus isolée, mais à admirer les photos de la gare de cette station touristico-religieuse où "mon amour
était parti s’y réfugier avec le loup dans des grottes", on jurerait que non. « C'est parfois sympa d'attendre longtemps, en ayant absolument
rien à faire »
Elle s’appelle Bénédicte et nous lui disons : merci.
PS : Nous apprenons alors que nous mettons sous presse que Mle Bénédicte H va nous proposer un texte accompagnant cette rencontre ferrovière... Nous l'attendons avec impatience, et ne manquerons pas de le diffuser ici. D'ailleurs le voici :
C’est une chouette gare, avec ce petit charme qu’on pourrait appeler pittoresque. Deux quais : A comme « Ah ? » et B comme « Bon. ». Ce qui nous donne : « Ah ? c’est une gare... » et « Bon. Soit… ».
Pas convaincu. Robert au secours !
Gare (n .m.) : Ensemble de bâtiments et installations établis aux stations des lignes de chemin de fer pour l’embarquement et le débarquement des voyageurs et marchandises.
Donc c’est une gare. Deux lignes de chemins de fer, des bâtiments et des installations établies pour l’embarquement et le débarquement des voyageurs. Tout y est. Il y a même des bancs pour s’assoir. Pardon : des installations établies pour l’embarquement et le débarquement de voyageurs… ou les commodités de l’attente en gare. Car encore une fois, s’en est une. On a du mal à y croire, quand seul avec son sac à dos on descend d’un magnifique ter flambant neuf sur un quai vide et décrépi. Et Le contrôleur qui vous regarde avec des yeux ronds.
Les aléas de l’organisation font qu’il faut attendre au milieu de cette gare. Longtemps en plus. C’est là que le doute s’installe. Il ne s’est pas gourré là, le chauffeur ? Il ne m’aurait pas, par hasard, laissé en pleine cambrousse française ? Pas un chat. Si justement. Juste un chat. Moche en plus. Et il pleut… Il faut s’abriter dans l’installation établie pour le débarquement des voyageurs, apparemment colonisée par les mouches. Saletés.
C’est là qu’on découvre le dernier coup de jeune de cette gare : une affiche datant de 2 ans auparavant –c’est à peine si on ose y croire. Le regard ne fait que vagabonder, s’attache au moindre petit détail, s’interroge sur les choses les plus idiotes. Quand la poubelle a été vidée la dernière fois ? Elle est pleine. En même temps que l’affiche peut-être, ce qui expliquerai le nombre incroyable de ces petits trucs noirs, bruyants, volants et collants. Un tour dehors, quand même.
Les rapias. L’installation du débarquement/embarquement des voyageurs est bien moins belle que celle des marchandises. Quoiqu’on ne se plaindra pas trop, puisqu’on pourrait la qualifiée de feu l’installation du stockage des marchandises. Depuis combien d’année plus rien ne se décharge dans ce bâtiment –charmant ? Depuis que la Nationale enfile comme un collier de perles rectangulaires les poids lourds, se déchargeant dans des infrastructures hideuses elles-mêmes situées dans des ZI, ZA, ZC et cie . Hideuses aussi. Revenons à notre gare qui a l’air en voie de disparition. Espèce menacée complètement à la masse : une magnifique borne jaune de compostage toute neuve date avec 30 de retard. Pourquoi pas, on sait que la mode est de revenir aux années 80, mais si même les machines s’y mettent, on n’est pas près d’avancer.
En attendant, on attend. On compte tout ce qui peut se compter, on imagine l’histoire que s’invente la grand-mère de la maison d’en face, sur que d’être l’attraction du jour de cette dame vous enchante. Equilibriste sur les rails quand le soleil se pointe, philosophie sur la société des fourmis (parce qu’en plus des mouches qui ont leur territoire dans les airs, celles-ci ont établi le leur à terre), espérance d’une pluie qui ne durera pas, bonjour à l’unique brave passant, apprentissage des horaires de trains , quelques mots sur une feuille. Regret de ne pas avoir le bijoux technologique qui transporte de la musique partout avec vous –autrement dit lecteur mp3. Mais finalement non, c’est aussi bien. Ecouter le bruit de l’endroit où on se trouve, c’est quelque chose qu’on oublie aujourd’hui. Redécouvre le chant des criquets, le bruit du vent dans les arbres, tendre l’oreille en espérant entendre le moteur de la voiture qui doit venir vous chercher-mais qui n’arrive toujours pas. Finalement tant mieux. On apprivoise la patience et on comprend que oui, c’est parfois sympa de devoir attendre, en ayant absolument rien à faire. 3h30 à tuer d’une manière splendide le temps.
NB : mais pas trop souvent, quand même.
Bénédicte H. (17 ans)
- Sans titre -
- Passage -
- Toujours un train de retard -
Photos : Bénédicte H.