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Le jour. D'après fred sabourin

Une vie meilleure ?

6 Janvier 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma

 

 


On cherche, depuis le début du mois, de vaines raisons pour justifier les vœux formulés à l’occasion du passage à la nouvelle année. Cela semble tellement surfait, mielleux, inutile, futile, exagéré, infantile même. L’exercice, qui vire au marronnier, comme disent les journalistes d’un évènement qui revient immanquablement chaque année et qu’il faut couvrir, coûte que coûte, provoque une indigestion bien pire finalement que celle déclenchée par l’abus éventuel de chocolats et autres canards gras.
 

Plutôt que des vœux, j’ai envie de vous parler de l’histoire de Yann. Un petit trentenaire, ni complètement adulte ni complètement post adolescent, cuisinier en restauration collective, et qui aspire à autre chose. Tombant sous le charme de Nadia, une serveuse d’un restaurant chic qui élève toute seule son fils de 9 ans, Slimane, ils découvrent une bâtisse abandonnée au bord d’un étang. Yann y voit l’occasion de pouvoir monter sa propre affaire. Faute d’un apport suffisant, le jeune couple recomposé contracte des crédits à la consommation – les fameux revolving – pour effectuer les travaux. Las, l’emprunt ne suffit pas, la commission de sécurité retoque le projet, et le restaurant ne peut pas ouvrir. Le couple s’endette encore plus. C’est le début de la spirale infernale. Dans le mobile home où ils vivent, une violente dispute éclate. Le jeune femme part avec son fils, et cède aux sirènes d’un travail bien payé promis au Canada. Mais elle ne peut pas tout de suite emmener Slimane, qu’elle confie à Yann, pour un temps, dit-elle. Ce dernier, acceptant enfin de mettre le restaurant en gérance, vit avec le jeune garçon dans une piaule miteuse louée à un marchand de sommeil. Il s’enfoncera d’avantage lors de la vente du restaurant. Les relations avec l’enfant sont compliquées et tendues pour ce père malgré lui et le garçon qui n’en avait pas. Yann va tout faire pour essayer de retrouver Nadia au Canada, elle qui ne donne plus de nouvelle depuis plusieurs mois sans raison apparente.

 

C’est une histoire dure. Une histoire qui pourrait être vraie, et qui pourtant est aussi, malgré elle, romanesque. Une histoire qui oscille entre la poursuite d’un idéal et le simple souci de survie. Une histoire d’audace aussi : du premier baiser à l’envol pour Montréal, Yann n’a de cesse, dans une sorte de mouvement perpétuel, de déployer cette audace qu’il possède au fond de lui. C’est aussi l’histoire de silences. Comme dans la vie, lorsque deux êtres vivent et ont à se dire quelque chose d’important, ou simplement partager un moment ensemble, il n’y a pas de musique additionnelle en fond sonore, pour arracher un pathos supplémentaire à des spectateurs qui n’en demandent pas. En quelques plans nous est brossé à traits fins la rencontre amoureuse, le déclassement social, la naissance du lien filial. Ce n’est pas la moindre qualité de cette œuvre. 
 

L’engrenage est trop bien connu : combien se battent contre un système aberrant, qui prône l’entreprenariat mais barre la route de tracasseries financières et administratives, gangréné par des économies parallèles et brutales ? Cessons le couplet sur l’Internationale.

Une heure cinquante dans une salle obscure, c’est tout le mal que je vous souhaite en ce début d’année 2012, et l’avantage de la lumière éteinte c’est que personne ne verra votre émotion qu’il serait dommage de retenir : ça vous ferait plus mal qu’autre chose, et il n’y a pas de honte à dire qu’on peut être ému au cinéma.
 

Car ce n’est pas le tout, voyez-vous, d’être "indigné". Encore faut-il conjuguer cette indignation pour qu’elle se transforme en action, ce que la maturité de l’acteur Guillaume Canet et le réalisateur Cédric Kahn parviennent magnifiquement à faire. En trouvant chez nous – fait rare – la corde de l’émotion vraie et non feinte.

 

 

Une vie meilleure. Film français de ce Cédric Kahn, avec Guillaume Canet, Leïla Bekhti, Slimane Khettabi. Sur les écrans depuis le 4 janvier.

 

Bonne année.

 

 

Une vie meilleure : photo Cédric Kahn, Guillaume Canet, Slimane Khettabi

 

 

 

Une vie meilleure : photo Cédric Kahn, Guillaume Canet, Leïla Bekhti

 

 

 

 

Une vie meilleure : photo Cédric Kahn, Guillaume Canet, Leïla Bekhti

 

 

 

 

Une vie meilleure : photo Cédric Kahn, Leïla Bekhti, Slimane Khettabi

 

 

 

 

 

 

 

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