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Le jour. D'après fred sabourin

Palme d'or : und ?

24 Octobre 2009 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma

                                                     Le Ruban Blanc

Das Weisse Band, de Michael Haneke. Allemagne, Autriche, France, Italie 2009. 145mn. Distributeur : Les Films du Losange. Avec : Christian Friedel ; Leonie Benesch ; Ulrich Tukur…

Le Ruban blanc


C’est un critique qui pose la question, et, en sortant de la projection du Ruban Blanc, elle devient nôtre : « peut-on ne pas aimer un grand film ? », se demande Christian Berger dans « les Fiches du Cinéma » ? A « Première Séance », nous préfèrerons être encore plus précis : peut-on ne pas aimer une palme d’or ?
Le cinéma de Michael Haneke est un cinéma inconfortable qui met le spectateur mal à l’aise. C’est une chose que nous savions. Froid et clinique, Le Ruban blanc ne procure pas pour autant un aussi grand malaise que Funny Game, La Pianiste ou encore Caché. Peut-être parce que Le Ruban blanc est d’abord un très bel objet de cinéma. La faute au noir et blanc, tout en nuances et contrastes saisissant, sans égal pour accentuer les saisons, étouffer les acteurs dans des intérieurs strictes et mornes, saisir les visages dans les cadrages serrés. On pourrait d’ailleurs remplir la chronique à elle seule avec les aspects factuels de cette palme d’or.
C’est sans doute sur le fond qu’il faut désormais chercher. Rarement l’humiliation humaine aura été traitée avec autant de précision, et sans doute Michael Haneke fait partie des rares à prétendre y parvenir. Dans ce village allemand protestant et rigoriste de l’avant première guerre mondiale, il ne fait pas très bon vivre. D’étranges évènements viennent perturber la vie tranquille et bien réglée d’une communauté renfermée sur elle-même, où les adultes – et particulièrement les hommes – cherchent à former leur progéniture à coup de trique et d’humiliation. Personne n’y échappe, pas même les épouses, seule bouffée d’oxygène dans ce film étouffant, mais qui ne parviennent jamais à donner un rayon de soleil dans la vie de ces gosses qui resteront marqués à vie. On peine à sourire. D’ailleurs Haneke cherche-t-il à la faire ?
C’est cette même source d’humiliation qui pourra faire le lit du totalitarisme vingt ans plus tard, en faisant de ces enfants, au-delà de l’humiliation, un terreau favorable aux nazis d’Hitler. C’est du moins ce que tente de nous dire Haneke dans les interviews. On voudrait le croire, tant on se demande comment évolueront les enfants et les femmes humiliés par tant de rigueur et d’anéantissement des patriarches. Mais cela n’a rien d’une évidence. On y pense, c’est tout. Voir le film avec ces lunettes-là est sans doute une manière de s’auto-manipuler, Le Ruban Blanc ne fait que poser les questions, laissant le spectateur en suspend avec les interrogations philosophiques de l’œuvre.
Michael Haneke signe un grand film, c’est vrai, on a du mal à trouver des failles, surtout pas dans l’interprétation magistrale des enfants en tout cas, ni dans la mise en scène où il ne manque rien, répétons-le à l’envie, pas même un bouton de culotte.
Le problème, à mon sens, réside plutôt dans la déshumanisation du film, déshumanisant les personnages eux-mêmes, et les paysages, jusqu’au chaos final représenté en creux, où l’on parle d’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, avec les conséquences que l’on connaît. Tout le monde est rassemblé au Temple et on chante les cantiques, comme si de rien était.
Le Ruban blanc, symbole de pureté et d’innocence dans cette société rurale ultra corsetée, étouffée et étouffante de rigueur, devient en fait le symbole d’un mécanisme implacable du mal, dont on aimerait finalement ne jamais connaître les racines. Ce sont celles d’un arbre affreux où gisent les corps sans vie de ceux qu’on y a pendu. Attention, danger : la fascination pour l’humiliation peut conduire au néant. Que choisiront ces enfants plus tard ? Nous le savons pas.

En sortant, revient en mémoire l’interrogation qu’on entend le plus souvent dans le film : « und ? ». Ce qui peut se traduire par : « et alors ? »







Le Ruban blanc


Le Ruban blanc



« Première Séance », une chronique cinéma à retrouver le mercredi 11h45 sur RCF Angoulême & le jeudi 11h35 et 12h55 sur RCF Haute Normandie. Fréquences au www.rcf.fr

 

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Marc Lucas 04/11/2009 11:39


film trés trés incomfortable certes, mais qui dresse un tableau troublant de la sociéte européenne du début du 20eme siecle. On y voit ses hypocrisies et on y perçoit par le comportement des
enfants les dérives futures du fanatisme et de l'intolérance