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Le jour. D'après fred sabourin

« On n’est pas chez les Rothschild »

20 Septembre 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #émerveillement

 

 


C’était le cri du cœur de ma chère grand-mère, une sorte d’équivalent du « on n’est pas les cousins du roi. » Pour autant, parfois, on s’y croirait. La transgression étant, de notre point de vue, source de jouissance terrestre immense et aux recoins cachés, ne nous privons pas.

 

 

En 2008-2009, j’ai suivi, avec un confrère et néanmoins ami (il se reconnaîtra) un atelier œnologique à Lyon. Un truc très bien, pas élitiste façon « presqu’île, » ni un rendez-vous d’étudiants poivrots d’école de commerce pour fils-à-papa. Un truc où on a appris beaucoup de choses, à commencer par se faire simplement plaisir avec du vin, selon le vieux précepte qui consiste à acheter un tire-bouchon, et s’en servir… A l’issue de ces rendez-vous mensuels de découvertes, mon pote et moi, on rêvait sur des vieux flacons dont certains ont pris le chemin de nos caves respectives, achetés aux enchères sur un site Internet bien connu. Pour 25 ou 30 boules, on a pu ouvrir des bouteilles qui avaient à peu près notre âge. Evidemment, le résultat n’a pas toujours été à la hauteur de nos espérances, mais on ne se ruinait pas pour autant.
Quand j’ai quitté, à regrets, la colline de Fourvière et la radio où je causais le matin très tôt, ce copain, je devrais dire ami, m’a offert la bouteille que vous voyez en photo là, ici, sur ce blog.
J’étais très heureux de ce présent, sincèrement je n’en avais jamais eu dans les mains et la perspective d’ouvrir ça un jour me réjouissait. Il fallait juste être patient, et trouver une occasion. Comme la fameuse quarantaine approchait à grand pas, je me suis dit que c’était ça, l’occasion. Et ce jour est arrivé. C’était hier.

 

 

Un autre copain (pas vu depuis longtemps mais retrouvé par la magie du réseau FB !) m’a rappelé que cette bouteille de Mouton-Rothschild 1973 était historique, et paradoxale. Historique, car 1973 est l’année où cette propriété a accédé au très sélect et précieux classement des 1ers grands crus de Médoc, classement datant d’avril 1855, deuxième fois seulement où il fut modifié (avec Château Cantemerle en septembre 1855).  Il passait de 2e cru à 1er cru. Un must, et quand on connaît le poids de la tradition et de la réputation dans cette région viticole, sorte de Vatican du vin dans le monde, on imagine aisément ce que cela représente. Un peu comme de déplacer les menhirs de Carnac avec une pince à sucre.
Historique ai-je dit, mais aussi… paradoxal. 1973 est en effet une année très, très moyenne en bordelais. Mouton-Rothschild accédait cette année-là à l’Olympe, mais avec les pieds mouillés. C’est dire si j’avançais à petits pas. Une bouteille de secours était même prévu, « au cas où, » comme on dit. Côté solide, j’avais prévu quelque chose de simple, qui ne bouleverse pas trop le palais. En la matière, je considère (mais c’est très personnel) que seul le canard accompagné de pommes de terre poêlées et quelques haricots verts permet d’apprécier à peu près tous les bordeaux, et particulièrement les Médoc. L’intérêt de ces vins-là – et là-dessus je pense faire la quasi-unanimité – est de sentir les tanins. Donc il ne faut pas quelque chose de trop typé. Un magret ferait parfaitement l’affaire.
J’ai ouvert religieusement cette bouteille. Comme souvent avec les très vieux vins, le bouchon n’a pas tenu la route : trop vieux, trop imbibé, il cassa en son milieu. L’opération devenait délicate mais par chance, peu de morceaux tombèrent dans la bouteille. Voici le résultat de ce que je pense de cette dégustation.

 

La robe était légèrement fanée, mais la lumière n’était déjà plus celle du jour, donc… Je pense néanmoins qu’il commençait à décliner. Le rubis dominait quand même, mais il était peu profond. Au nez, j’ai été agréablement surpris : il dégageait encore un beau fruit confit, pruneaux, avec des remontées de sous bois moisis agréables. Feuilles mortes, humus, petits matins d’automne : c’était bien un Médoc (ouf !). En bouche, une longueur encore acceptable, même si on sentait qu’il avait bien perdu de sa superbe, qu’il n’a d’ailleurs peut-être jamais eu vraiment à cause de cette médiocre récolte de 1973 (cette année-là, on ne pouvait visiblement pas tout faire !). Comme souvent – et c’est tout l’intérêt de la dégustation – il s’est « ouvert » au fur et à mesure de la soirée. La longueur en bouche n’a cependant jamais excédé les 8-10 secondes (hélas) mais le nez est resté constant.
La nature ayant horreur du vide, pas une mais deux bouteilles de vins de garde iront désormais rejoindre ma cave, dans un lieu tenu secret et fermé à clé, dont je ne dévoilerai même pas l’emplacement sous la torture… Un Saint-Emilion grand cru 2009 et un Saint-Estèphe 2010. Deux belles années ma foi, « qui pourront attendre 10 ans sans problème, » au dire du caviste qui les a vendu à la personne qui me les a offerte. Je le crois sur parole. Surtout pour 2009, année remarquable quoi que surévaluée et aux spéculations outrancières.
Rendez-vous donc dans 10 ans, pour la cinquantaine. D’ici là, rassurez-vous, pas mal d’autre plaisir de dégustation sont au programme… (pas plus tard que dimanche avec un Pomerol 73, et oui, c’est l’année ou jamais !).

 

 

F.S

 

Grâce soit rendue à Michel P., qui n’est pas cousin du roi, mais c’est tout comme…

 

 

  SAB 9104 R

 

 

 

 

SAB 9103 R

                                          - "On s'était dit rendez-vous, dans 10 ans..."

 

 

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Hélène 20/09/2013 19:23


Bon anniversaire... On avait bien un rappel outlook, donc on savait, il n'y avait plus qu'à te le souhaiter!


Bruno t'aurait sûrement appelé s'il avait été là, mais il est en voyage, Afrique du Sud et Angola...