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Le jour. D'après fred sabourin

Le goût de la terre

20 Mars 2015 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #Presse book

 

 

descente bis                                  - Photo Alexis Berg -


Frédéric Berg, 43 ans, est journaliste Charentais exilé un temps au Québec. C'est un coureur de trail humble et confirmé (1).


F.S : Combien de trails avez-vous fait et depuis combien de temps ?

 

Frédéric Berg : J'ai commencé en 2009, vraiment. Depuis j'ai fait une quarantaine de courses dont une douzaine d'ultras (+50 km). Mais plus ça va plus j'en fais.

F.S : Qu'est-ce qui vous a fait préférer ce type de course à celles sur le macadam ?

F.B : Quand on goûte à la terre on n'a plus vraiment le goût de revenir au bitume. Je m'explique : quand tu cours sur le bitume tu cours avec ta montre, tu regardes tes temps au kilomètre. Le trail running ou la course en sentier c'est très différent, le relief, le paysage imposent un autre rythme, tu t'arrêtes en haut d'une montée pour regarder le panorama, tu épies un animal et tu déboules dans les descentes... bref le rapport au temps n'est plus le même et il est beaucoup plus sain... Mais je ne déteste pas la bitume et j'y retourne de temps en temps avec plaisir.

F.S : Quelle type de préparation requiert le trail ? Faut-il beaucoup courir ou courir intelligemment ?

F.B : C'est certain la préparation est importante, très importante. Pour moi c'est par cycle essentiellement, des semaines de 6, des semaines de 10 h et des semaines de 15 heures. Beaucoup d’entraînement croisé aussi : vélo elliptique, gainage...

F.S : La gestion de la douleur : quand on court plusieurs jours et une ou deux nuits, ça fait forcément mal. Quelles types de douleurs surviennent ? Peut-on faire avec ?

F.B : La douleur est là mais je dirais qu'elle fait partie du plaisir. Elle nous rappelle que nous sommes en vie et il faut savoir composer avec ; elle met le mental à l'épreuve. Moi j'ai parfois des douleurs dans les cuisses et de plus en plus rarement dans les genoux. Après 20 heures, la douleur se diffuse un peu partout mais me concernant elle n'a jamais été insurmontable, sauf sérieuse blessure.

F.S : Tout le monde peut-il faire du trail ?

F.B : Oui c'est très accessible à condition d'être bien préparé. De ce point de vue ça ressemble à la course sur route : le meilleur moyen d'en profiter c'est d'être suffisamment entraîné et de le faire progressivement : la plupart des blessures interviennent quand on veut trop en faire et trop vite.

F.S : Qu'allez-vous chercher là dedans ? Le trouvez-vous ?

F.B : Je cherche à contrôler le temps, à lui redonner sa vraie valeur dans une société - c'est particulièrement vrai pour les journalistes - où tout doit aller très vite, où ce qui est est vrai maintenant ne l'est plus dans 5 minutes... quand tu cours dans la montagne ou dans le bois, tu te réappropries le temps, une minute est une minute, une heure est une heure. C'est aussi un formidable moyen de découvrir, l'espace naturel mais aussi l'espace intérieur... je n'ai jamais autant phosphoré, réfléchi, analysé les choses que lors de mes longues sorties de 4, 5, 10 heures. Ce que j'y ai trouvé c'est la part la plus lumineuse de moi-même, je sais que c'est un peu pompeux, mais depuis que je cours, je suis un homme transformé, un meilleur père.

(1) Notamment trois fois la Diagonale des fous sur l'île de la Réunion. Et l'UTMB, l'Ultra trail du Mont-Blanc, en août dernier.

Sur youtube, tapez "Parti en diagonale", film d'Alexis Berg.

 

 

seul

                                    - Photo Alexis Berg -

 

 

Article paru dans La Renaissance du Loir-et-Cher 20/03/2015

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