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Le jour. D'après fred sabourin

La party, sans le garden

13 Juillet 2012 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !

 

 

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Pour cause de risque d’éclaircie le vendredi 13 juillet, les invités de la traditionnelle Garden party du préfet ont échangé propos de circonstance, cartes de visites et petits fours gras dans les grands salons de la préfecture. Reportage.

 

 

Il y a ceux qui en sont, et les autres. Nous en étions. Certes, ce n’était pas l’Élysée, mais quand même. Au mieux, ça ressemblait fort à la Comédie Française. Du (beau) monde. Du champagne local (Vouvray). Des petits fours gras et trop chauds. Un préfet, deux sous-préfets. Et toute une ribambelle de happy few les poches pleines de cartes de visites. « Ah, tiens, bonjour, ça va ? Bientôt les vacances ? » Mis en musique, cette petite phrase serait le tub de l’été en Loir-et-Cher. Force est de constater, quand même, que ce grand rendez-vous de l’entregent du département permet, au moins journalistiquement, de gagner du temps en prise de contacts, et prise de nouvelles, et prise de courant tout court.


Mais où sont passées les chaises de Versailles ?


Ça pour des nouvelles, on en a eu pour notre argent. Comme c’était gratuit, finalement ça ne revient pas trop cher. Plus sérieusement, s’il est permis de s’exprimer ainsi, la garden party a pris l’eau, et c’est finalement à l’intérieur du palais préfectoral qu’à eu lieu le rendez-vous annuel autour du locataire des lieux. Dès l’entrée, comme pour un mariage, Gilles Lagarde serre des mains à n’en plus finir. Tentons un inventaire à la Prévert : des élus (députés, sénateurs, maires, conseillers généraux), des officiers (de gendarmerie, des pompiers, des Armées de Terre, de l’Air), de la police. Des représentants du Rectorat, l’Inspectrice d’Académie, des fonctionnaires en tous genres (des Finances publiques, des collectivités territoriales etc.). Des présidents de Chambres consulaires (du commerce et de l’industrie, des métiers et de l’artisanat). Des directeurs comme s’il en pleuvait (et d’ailleurs il pleuvait) : de zoo, de centrale nucléaire, de domaine national de Chambord, de golf, de banques. Des journalistes à calepins. Des présidents et présidentes d’associations en veux-tu en voilà. Des secrétaires généraux du Modem (rares). Un commissaire priseur prisé avec son fils frisé.
Ce dernier cherche désespérément à montrer à son successeur de fils des chaises « qui viennent du Château de Versailles, mais je ne les vois plus ! » dit-il, inquiet. Deux hypothèses : soit l’ancien préfet a fait comme celle qui, au moment de quitter la préfecture de Lozère est parti avec des meubles. Soit les dites chaises sont en vente sur le site du bon coin pour éponger les dettes de l’État. L’enquête est ouverte.


Je suis un soir d’été


Dehors, la pluie tombe à seau. « Pour un 11 novembre, il ne fait pas trop froid, » me glisse avec malice l’hôte des lieux quand j’arrive. Un directeur de banque me dit qu’il a « l’impression d’être aux vœux de début janvier. » Tout le monde y va de son commentaire météorologique, et je me dis que Joël Collado (de Météo France) doit avoir de sérieux acouphènes à l’heure qu’il est. Dommage, la pelouse est accueillante, les buissons auraient pu éponger maintes confidences et propos off, le Vouvray aurait tiédi dans les flûtes et tout le monde aurait mis ses lunettes de soleil sur son front, ou tenu les cheveux des dames chics. Une garden party sans garden, ce n’est pas tout à fait pareil, comme une impression de devoir obligatoirement parler boulot alors que dehors, on aurait devisé vacances, destinations mer, montagne ou campagne, barbecue sous la tonnelle et vins rosés au frais. Tout le monde – même les pas beaux – auraient été avantagés par un rayon de soleil, et les petits fours n’auraient pas été gras mais délicieux, les chemises blanches immaculées, les tailleurs taillés.
Qui sait, peut-être aurait-on vu l’ombre d’un vénérable cèdre du parc de cet hôtel préfectoral construit sous Napoléon III se pencher délicatement vers cette basse-cour, pour recueillir « les propos glacés des femelles maussades de fonctionnarisés. » (Jacques Brel).

 

 

 

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