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Le jour. D'après fred sabourin

La Palme dort, ne la réveillez pas

27 Mai 2013 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

 

 

La Vie d'Adele Palme d'or

                                       - Un homme chanceux -

 


Ainsi donc c’est Abdelatif Kéchiche, réalisateur franco-tunisien, qui décroche la Palme d’or du 66e Festival de Cannes, avec La Vie d’Adèle. Il n’est pas seul pour apprécier cette récompense : les deux actrices qui interprètent les deux héroïnes du film, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, sont palmées avec lui. La Vie d’Adèle raconte la mue d’une jeune femme qui se découvre lesbienne, alors qu’elle hésite encore et cherche sa voie, puis découvre une autre face de la réalité qui l’attend désormais : ça ne va pas être facile de vivre cette sensuelle découverte.
Il nous tarde le 9 octobre, jour de la sortie nationale du film, pour aller voir ça. Abdelatif Kéchiche, déjà auteur des excellents L’Esquive et de La Graine et le Mulet, participait pour la première fois au festival dans la sélection officielle. De l’avis de ceux qui ont eu la chance de le voir, le choc est autant émotionnel qu’érotique et politique. Filmées à fleur de peau mais sans jamais tomber dans le voyeurisme de scènes trop explicites (à vérifier), les deux actrices du film de Kéchiche, et Kéchiche lui-même, emportent tout sur leur passage. Un peu avec la même énergie qu’on avait beaucoup aimée dans L’Esquive, film tendu comme un arc mais d’une beauté sentimentale à couper le souffle. Nous n’irons pas jusqu’à dire que cette Palme d’or a des burnes, vu le thème ce n’est pas à propos, mais c’est tentant quand même.

Evidemment, les rabats-joie de tous poils ne vont pas tarder à crier haro sur le mulet, justement : le thème du film – les amours lesbiennes – dans le contexte politique et social du jour – La Manif pour tous et surtout contre la loi Taubira – ça sent un peu le palmarès qui tombe à pic. Les garants de la morale – mais laquelle, désormais, tant l’hystérie globale a noyé le projet initial dans le grand bordel du tout ? – vont sûrement s’activer à emmerder le monde au moment de la sortie du film. Si le printemps a été pourri à défaut d’être chaud, l’automne s’annonce tout aussi agité.
J’exagère en jouant les Cassandre ? Pas tant que ça, vous verrez. La société française, dont on ne cesse de nous dire qu’elle est déprimée, sclérosée, crispée, tendue, au bord du gouffre et de l’implosion en explosion fratricide, est surtout victime une fois de plus de son intransigeance. A tous les niveaux, dans tous les domaines : droite, gauche, pro et antis machin chose, homo ou hétéro, abstinents et puceaux, zoophiles et adeptes du bondage, philosophes audiovisuels de comptoirs et moralisateurs des extrêmes, tous sont piqués par le virus.

 

Depuis que les frères Lumière ont eu la bonne idée de filmer L’entrée d’un train en gare de La Ciotat l’été 1897, il s’est passé pas mal de chose dans les salles obscures, d’abord muettes mais ça n’empêchait pas les réalisateurs d’ouvrir leurs gueules. Evidemment, on peut regretter ce temps du cinéma à priori sans aspérité ou revendication. Encore que le film des frères Lumières revendique déjà quelque chose : le mouvement, le déplacement, en un mot le voyage. Pas seulement du corps, mais aussi de l’esprit.
 

 

On souhaite à tous les futurs détracteurs de La Vie d’Adèle cette envie de voyage, si c’est possible. Parce qu’au fond, c’est ça, le cinéma : une subversion. 

 

 

F.S


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