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Le jour. D'après fred sabourin

La distance et la posture

29 Mars 2011 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito



Pour un peu, on ressusciterait la fameuse fracture sociale du trio Chirac-Séguin-Guaino. Mais nous n’en sommes plus là, hélas serait-on tenté de dire.
Le résultat du second tour des élections cantonales – certes scrutin qui ne concernait que la moitié des électeurs français – donne une fois encore un seul et unique vainqueur : l’abstention. La question n’est plus : « Pour qui voulez-vous voter ? » mais : « Pourquoi aller voter ? » La réponse des Français et des Loir-et-Chériens est nette : c’est non (52,35% d’abstention).
Les élites politiques semblaient déjà avoir perdu le contact avec la base. Mais il y a désormais plus inquiétant : les politiques de la base semblent aussi avoir perdu le contact avec leur propre territoire. Ceux dont on disait qu’ils sont près du peuple peinent à rassembler dans les urnes. Cela ressemble à une ambiance fin de règne – celle du conseiller général qui fusionnera avec le conseiller régional en 2014 pour ne faire qu’un – mais celui-ci n’offre pour l’instant aucune garantie d’une levée en masse des électeurs dans trois ans.
L’Union pour le Loir-et-Cher, et Maurice Leroy en tête, ont beau fêter la victoire (le canton de Montoire-sur-le-Loir leur permet de consolider leur majorité) en insistant sur l’union, c’est l’abstention qui réclamerait la plus grande attention des élus locaux. Celle-ci a augmenté son score de vingt points depuis la dernière élection cantonale de 2004. Si elle avait un visage, on l’inviterait sur les plateaux médiatiques.
Les élus ont un problème de crédibilité : ils semblent empêtrés entre l’urgence et l’efficacité.
Or qu’elle soit nationale ou locale, la politique n’apparaît plus comme quelque chose qui puisse améliorer le quotidien des Français. Pire : nous semblons entrés dans l’air du « à quoi-bonisme » qui consiste à dire que voter ne changera rien. Face à l’impuissance, les Français sont terriblement déçus, n’y croient plus, et se replient, lentement mais sûrement, dans un individualisme ronchon et cloisonné, hermétique à toutes valeurs collectives qui permettraient, selon l’observation du médiateur de la République Jean-Paul Delevoye, de sortir par le haut avec un réel projet commun où le souci éthique collectif l’emporterait sur l’individuel et le dernier pré carré à défendre. L’utopie n’est plus très loin…


Une des explications possibles de ce désenchantement réside sans doute dans la posture adoptée par les hommes et femmes politiques. Pas seulement la posture éthique. C’est aussi une question de posture externe, comme une musculature venant se greffer sur la colonne vertébrale précédemment citée. Il est regrettable, vraiment, que des élus locaux pâtissent des frasques et errements des élites politiques nationales, totalement déconnectées des réalités. Ces élus de terrain – et l’expression est parfois condescendante -  qui ne comptent ni leurs heures, ni leur énergie, font les frais de la posture politique déplacée mise en permanence sous les projecteurs. Les médias nationaux ont leur part de responsabilité, mais pas seulement. Les élites politiques sont grandement responsables de la désaffection des urnes, et du tort causé aux élus locaux. Dire, ce n’est pas faire, et les éléments de langage répétés à l’envie ne suffisent pas à donner de la crédibilité à l’action. Ni à résoudre les problèmes. La méthode de gouvernance au sondage ressemble de très près à de la navigation à vue, et personne n’a découvert de nouveaux continents en faisant du cabotage. Enfin, il semblerait que pour les électeurs français, le compteur soit bloqué sur le bling-bling des débuts du quinquennat, cette droite décomplexée qui s’est engluée dans une crise d’ado jetant le discrédit et la suspicion sur tout le monde. Une grande distance entre le quotidien des électeurs censés se rendre aux urnes pour élire ceux qui gèrent finalement leur quotidien (routes, collèges, développement économique, RSA, aide à l’autonomie, compensation du handicap etc.) semble creusée sans que l’on sache pour combien de temps, laissant la place aux simagrées des extrêmes et populistes jouant sur les peurs et les humiliations.
Les prochains scrutins locaux seront proposés à l’horizon 2014 : élections municipales et le nouveau conseiller territorial. Entre les deux : une présidentielle et des législatives. Où seront les abstentionnistes ? A la pêche ? Ou au Front National ?
La réponse est, peut-être, dans la posture.

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