Le jour, d'après...
Fred Sabourin

Carnets, photos, récits, poèmes, voyages
critiques cinéma, coups de torchons,
éditos, culture, soliloques en tous genres...
"Fais de l'obstacle la matière
même de ton action"
(Marc Aurèle)
Les récentes nominations au Conseil Constitutionnel de Michel Charasse, Jacques Barrot et Hubert Haenel finissent par semer le trouble à droite. « A force d’ouverture, on va finir par attraper des courants d’air », aurait même dit un proche de Nicolas Sarkozy. La récente bourde de Gérard
Longuet à propos du futur président de la Halde (supposé et éventuel Malek Boutih), en dit plus long qu’une simple expression maladroite. Si des personnalités politiques UMP font entendre une
voix dissonante, ce n’est pas seulement parce que la politique de nominations par le Président de la République donne des signes de faiblesses à force de se croire au dessus des clivages en en
suscitant d’autres par les nominations elles-mêmes, mais peut-être tout simplement parce que l’idée d’une République apaisée, ouverte, et fédératrice est un leurre. Selon Gérard Longuet lui-même,
cette image de République apaisée « ne nous rapporte pas une voix et démobilise nos électeurs ». Si l’effet recherché est de ratisser
large, la vampirisation du camp adverse ne donne pas les résultats escomptés. Au contraire : si tout est dans tout et réciproquement, pourquoi donc encore appartenir à une famille politique,
et voter pour elle. A force d’être décomplexée, la droite n’a plus de complexes à soutenir un à quoibonnisme à la veille d’un scrutin. Et à ce petit
jeu Nicolas Sarkozy doit entendre la plainte et les menaces des députés UMP fatigués de s’en prendre plein la figure le samedi sur les marchés.
Revenons un peu en arrière : depuis combien de temps la République n’a-t-elle pas été apaisée ? A quand remonte la dernière fédération d’un peuple entier pour une cause commune ?
Un évènement – certes symbolique mais qui mérite d’être observé – a fédéré et apaisé la République en quelque sorte, en juillet 1998. Sur les Champs Elysées, une France black-blanc-beur fêtait la
victoire mondiale d’une équipe de foot elle-même black-blanc-beur. Des observateurs avisés avaient parlé à l’époque de fédération artificielle, les lendemains qui déchantent finissant toujours
par arriver, le lendemain justement ! En dehors de cet élan d’apaisement, d’ouverture et de fédération, qui peut citer un moment où la République s’ouvre vraiment ?
Par définition, et pour reprendre un mot à la mode mis en exergue par un éditorialiste de France Inter (ici) , il se pourrait bien
que la République « clive » justement, et n’ouvre que très peu. En tout cas on ne la force pas à s’ouvrir, fut-ce-t-on un président volontariste pour qui dire, c’est faire.
"Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos
compatriotes", indiquait Gérard Longuet mercredi à propos de la possible
nomination de Malek Boutih à la Halde. Et le « corps français traditionnel », qui vote à droite, se sent pour l’heure bousculé par la politique d’ouverture des fenêtres en ce qui
concerne les nominations à des postes stratégiques.
Au risque de prendre la porte, sans passer par les urnes.