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Le jour. D'après fred sabourin

D'aussi loin que je me souvienne *

6 Mai 2011 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #cadrage débordement

 

 

 

 

SAB 7537 R

                                                        - Des Suisses à Versailles -

 

 

 

  En février 2006, un vendredi hivernal où je m’emmerdais dans une cure du fond de la province, j’ai ouvert ce blog. Ce jour-là, je m’en souviens, je me promettais en jurant les grands dieux que je n’y emploierai jamais le ‘je’. C’est raté. Après avoir beaucoup utilisé le ‘on’, j’ai fini par verser, moi aussi, dans cette hypertrophie du nombril. Ça m’emmerde, mais je n’y peux rien.
Au départ – peu s’en souviennent car je le tenais secret – j’y mettais peu de photos personnelles. Et pour cause : je n’avais pas d’appareil numérique. Il y avait donc surtout des textes, et les quelques images qu’on y trouvait étaient glanées ça et là sur le net, ou bien scannées, puis enfin avec un numérique prêté par la rédaction d’un journal appartenant à un groupe de presse – ironie de l’histoire – qui m’emploie aujourd’hui, après bien des vicissitudes. En juillet 2006, à l’occasion d’un faux vrai-départ (mais départ quand même) dans mes anciennes fonctions, « on » m’a offert un bridge Kodak, une sorte d’appareil à mi chemin entre le compact et le réflex numérique. Sans vouloir faire de calembours à deux francs, ça été un déclic. Ce joujou a surtout coïncidé avec un mémorable voyage en Inde, à partir duquel j’ai rendu public ce blog, « Le jour d’après… » Là il y a un jeu de mot à deux balles, il faut lire : « Le jour, d’après moi, est comme ci ou comme ça. » (rien à voir donc avec le film catastrophe écolo-bobo-américano à la con, où l’on voit la statue de la liberté prise dans les glaces nou yorkaise…).
Puis vint une traversée du désert, un long hiver parisien avant d’échouer sur les terres normandes, à la recherche du temps et des amours perdus ("qui jamais ne reviennent, sous le pont Mirabeau", etc.). A la recherche aussi d’un travail. Ce blog a servi de catharsis, en textes et en photos, prenant peu à peu de l’épaisseur, rencontrant un public de têtes connues ou inconnues. Les terres normandes sont belles, mais humides parfois, le blogueur est ensuite allé se sécher aux vents de la vallée du Rhône, du côté de Lyon, puis de Privas, puis de nouveau Lyon. Avant de ré-échouer en terres normandes, à Rouen. Seine, Rhône, re-Seine, et Loire, désormais. Ne manque plus que la Garonne, fleuve amour dont je ne cesse de caresser « le rêve étrange et pénétrant. »

Je ne sais pas si ce blog atteint quelconques objectifs, on m’a souvent demandé pourquoi je faisais ça, certains - et certaines - considèrent à tort et à raison que je m’y raconte plus que dans la vraie vie, d’autres y ont lus des pages et observé des photos en simples passants, voyageurs virtuels ou bien réels du temps présent, et jadis. A vraie dire, pourquoi j’ai fait et je fais tout cela m’importe peu. Je ne cherche pas d’explication, et je supporte assez peu qu’on en cherche à ma place : ce blog existe, et c’est tout. J’y mets des textes, colle des photos que j’espère belles, d’abord parce que j’aime ça. Point. Dans des entretiens d’embauche pour des boulots de journaliste, j’ai souvent conseillé d’aller voir ce blog, comme étant ma carte de visite en quelque sorte (dans le métier on dit un presse book ; non, pas un fesse book, un presse book !). Peu, je crois, y sont allé voir réellement. D’autres ont dû trop y aller, et voyant la plume trop libre et indépendante signe d’un caractère identique, ont préféré reculer. Qu’ils aillent au diable, à moins que ce dernier ne les habite déjà. Un seul (employeur) y est allé vraiment. Il a été touché par le texte On va "fluncher" !  Cet homme-là m’a embauché. Il a du sang sous les ongles. Ceux dont je parlais dans ce texte les avaient noirs. L’un d’entre eux est mort. (Mort dans l'après midi )

Aujourd’hui, à l’heure tardive de la nuit où j’écris ces lignes, des bouleversements profonds envahissent la vie pépère que j’essaie de construire jour après jours. J’ignore si ces bouleversements sont pour un bien ou un mal. J’ignore même si je serai capable des les accepter, de les tenir, de supporter. J’ignore tout, finalement. Le livre que je préparais depuis un an et demi est sorti, c’est ma fierté. Il évoque les Pyrénées et l'histoire, deux mamelles auxquelles je m’abreuve sans cesse d’un lait délicieux, avec gourmandise et passion. Et ça n’est pas près de s’arrêter. Un autre livre est en gestation. Plus intime. Il dira l’itinéraire peu commun d’un ecclésiastique qui le fut, puis qui ne le fut plus. Comme il vécu, comment il est mort. Rien d’un brulot à charge, juste un livre.
En attendant, je continue d’écrire mes soliloques, le nez au vent, la tête dans les nuages et les pieds dans la glaise, appareil photo en bandoulière (ce n’est plus un bridge Kodak mais un puissant Nikon, on s’embourgeoise). Hier là bas, ici aujourd’hui, demain où ? Nul ne le sait. Même pas l’auteur. Et je m’en fiche complètement.

 

 

* J’emprunte le titre au formidable récit de Vincent Flamand : D’aussi loin que je me souvienne, il s’est toujours levé tôt. Editions de l'Aube.  


 

IMGP1473 R                                                        - Babylone blues -

 

 

 

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Mathilde 10/05/2011 21:00



Merci Fred pour ce que tu nous fais partager quotidiennement, je te lis régulièrement et c'est toujours un vrai plaisir. La traversée des Pyrénées sera bientôt mon livre de chevet. Quand au
suivant livre, je l'attends aussi avec impatience!



Fred 09/05/2011 10:28



@ Marc : merci et chapeau, camarade.



Marc Lucas 09/05/2011 10:22



un blog, c'est un peu comme une photo, un regard qui crytsalise un instant. On n'etait pas là quand tu as appuyé sur le déclencheur mais c'est chouette que tu nous fasses partager ces moments de
ton existence, on parlerait presque de générosité.


Ton blog, c'est une petite évasion, un instant hors du quotidien, on sourit, on rit on est emu, on juge, on n'est pas d'accord, on te trouve juste ou à coté de la plaque...


C'est un peu un jardin qu'on visite regulierement, on y vient voir les nouvelles fleurs, on est content quand il ya du nouveau et quand il n'y en a pas, on retourne voir les textes favoris.. et
un jardin c'est le travail d'une vie



David 06/05/2011 14:23



je ne m'en fiche pas, je te lis. et j'ai commencé mes conneries grâce à toi. Du rien, du vide, de l'espace, de l'interstice où se loge l'écriture, pour du sens. Merci l'ami.