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Le jour. D'après fred sabourin

montagne de verre, langue d'Oc et ville rose

11 Mars 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne

Henri Troyat est mort, pourra-t-on réécrire "la neige en deuil" ? A voir celle qui enveloppe l'Ossau je ne crois pas. Pour une fois que "Jean-Pierre" ne se voile pas à ses intrépides montagnards (coquetterie des grands sommets ?), la vue necessitait certes des lunettes noires, mais pas pour cacher le deuil. En raquettes on peut "racketter" un des plus beaux endroits de la planète, en attendant le texte qui accompagnera ces jeux d'ombres et de lumières (il est arrivé, voir un peu + bas...). Même les avions jouent à cache cache avec les monuments (le dôme de l'Hôtel Dieu dans la ville "rause"). Le linge pend au vent d'Autan qui carresse les terrasses des capitoules. La langue d'Oc résonne et l'ail sort des fenêtres dominicales en effluves salvatrices. Le bonheur est dans le Midi, pas dans le pré !

                      

                           La neige en deuil ressuscite l’homme

         Serait-il possible d’être amoureux d’une montagne ? A voir le ciel océan sur cette neige camouflant la roche de sa blancheur immaculée, entre deux reprises de souffle sur la pente, oui. La montagne est une maîtresse femme qui annonce la couleur dès le départ : elle nous fait entendre qu’on va pouvoir en vivre, mais qu’elle peut aussi faire mourir. Matador fière et fidèle, de ses dents aiguisées elle se dresse, en appelant d’un sourire qui parfois se transforme en scie carnassière. La mangeuse d’hommes découpe le cœur et le corps de ses braves amants. Une pente religieuse... On y découvre alors la plus secrète des confidences. Celle du cœur de l’homme qui laisse entrevoir aussi son âme. Il peut s’y perdre, comme dans les draps d’une femme qui ne sait plus comment retenir le plaisir de celui qui la recouvre de ses vagues de désir. Marcher en montagne est un acte d’amour que seul celui qui sait donner peut recevoir. Ce plaisir est parfois solitaire, onanisme rocheux d’une solitude recherchée et éprouvée. Elle n’est pas une fin en soi. Le plaisir de la montagne ne prend sa véritable signification que partagé avec l’autre. L’ami, le frère, le confident qui éprouve lui aussi le miel de la rencontre, et l'essoufflement. Nul besoin d’être proche pour sentir le cœur battre la chamade. L’énergie seule fait vibrer les cœurs hors d'haleine.
Alors la maîtresse femme, la montagne fière et fidèle peut donner, en des instants très rares, le premier mot d’un vers. Ce premier mot est ‘amour’. Le dernier : ‘reviens’. Entre les deux, ni toujours, ni jamais. Mais un espace où le temps suspend sa course, dans un appel à la reconnaissance mutuelle. L’accord est parfait. L’échange sublime. La redescente se fait caresse, et renaissance.

                                              

                                     « Les deux maisons »

     En ossalois, "Beost" signifie « les deux maisons ». Le château (abbaye laïque du XIIè siècle), et l’église.
J’entre dans la seconde et reste muet. Pas de paroles dans ce récit. Juste l’œil qui se rince du bain salvateur d’une lumière de fin de journée qui lèche la pierre. Le jaune paille et le vert de gris. Les vitraux jouent aussi au carnaval des couleurs sur les piliers froids. Ni Venise ni Dunkerque. Pas plus Rio ou Nice.
Juste « Beost ». Deux maisons pour deux yeux qui n’en croient pas leur vue.
Et la lumière fut… Qu’elle soit, pour toujours.

 

 

 

 

                     

                       Quand j’s’rai grand, je serai un aviateur...

      Airbus va mal. On le sait, on l’entend. Dans la ville « rause », à l’heure du déjeuner dominical, une tour de capitoul accueille un drôle de pique-nique. Le moscatel et le pâté coule dans la gorge et pique un peu. Des fenêtres ouvertes, une odeur d’ail sort en effluves régénératrices. La Navarre n’est pas loin, l’Aragon pousse sa corne. La Garonne parle la langue d’Oc. C’est alors que l’aéroplane approche de sa piste où il déversera ses étonnants voyageurs. Qui sont –ils ? D’ici on ne sait point. Boîte de conserve transportant ses sardines, sont-ils rouges tomates d’un séjour au soleil d’Afrique ? Ou pâles travailleurs revenant au port d’attache ? L’imagination sort son train d’atterrissage…
L’aéroplane croise alors, dans une curieuse perspective, la croix de celui qui dans son Ascension a tout attiré à lui. L’avion est probablement d’Airbus. Le moscatel est d’Espagne. Le pâté est aux cèpes. L’ail du comté tolosan. La croix du pays d’Oc. Le couteau de Nontron, ou de Suisse. La rue, Malcousina (qui signifie « mauvais cousin »). Les draps blancs caressent la brique rose. Le dôme est l’Hôtel Dieu.
Dieu ? Il joue de la guitare espagnole en crachant son haleine qui sent l’ail et le chorizo.
Voir, sentir, entendre, toucher, goûter. Tous les sens sont en alertes. C’est dimanche. Le jour du « seigneur », où les seigneurs aussi se reposent…

 

 

 

 

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forgeron.christophe 16/03/2007 14:36

Salut fred toujours aussi superbe tes photo compliments a+

David 15/03/2007 22:15

foin des convenances, je suis désolé mon cher Fred, mais Troyat a plombé mon adolescence, puisqu'on s'était tapé Viou au collège, et on peut se taper beaucoup mieux que cette pleurnicharde, et j'en garde un souvenir plus que circonspect et un enthousiasme plus que relatif pour les auteurs de là qu'y a des mies. Heureux de voir qu'il n'a pas écrit que ça. Merci de ton soutien sur mes petits billets, je lis, j'apprends, je plagie bien sûr... c'est le prix de ton succès! ça t'apprendra à être bon!quelques hommages photographiques furent pour toi. en couleurs. mais bon. faut vraiment pas oublier le n/b parce que c'est réellement un autre regard, avec bcp plus de profondeur. caresse et bise à l'oeil. et la lumière fut, et Dieu vit que cela était bonet Adam vit qu'il était à poil, Eve itou, et Adam vit que cela était bon.

Fred Sabourin 16/03/2007 11:18

heureux d'apprendre que je suis plagié par un bon pote. Flatté même ! Je te prête volontiers ma plume pour écrire tes mots si tu m'autorises à piller ta chandelle et ton style photo, digne fils de Cartier Bresson et Doisneau et d'autres inconnus encore. Mais je reste fidèle à la couleur si tu permets. Je reconnais la profondeur du n&b, surtout pour les portraits et visages. Pour mes paysages de montagne et la ville "rause", là en revanche, c'est mieux d'utiliser la palette...! Sinon, comment verras-tu qu'elle a les cuisses roses, la toulousaine ?
Vive la plume et l'oeil, mais pas l'un dans l'autre. Ni dans le cul d'ailleurs, même si Mistinguette, en d'autres temps etc etc...