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Le jour. D'après fred sabourin

lecture suivie, pour le goût des autres

12 Janvier 2007 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                                                "Tomber sept fois, se relever huit"

        Je viens d’achever la lecture du récit de Philippe Labro, Tomber sept fois, se relever huit, où le journaliste écrivain cinéaste raconte comme personne sa lente, mais sûre, descente en dépression, et sa lente, et sûre aussi, remontée des abîmes vers le haut.
J’avoue que j’entrais dans la lecture avec des aérofreins. Une histoire de dépression, diable ! Le triptyque " octobre - novembre – décembre" est suffisamment gris comme ça pour en rajouter. Et puis de plus, que peut-on avoir en commun avec Philippe Labro ? Lui l’homme de lettre, de médias, de cinéma, le " nanti ", le célèbre… Qu’est-ce que son récit peut bien nous apporter, à nous les " petits ", les besogneux, les solitaires… ?
Et puis un ami m’a dit : " si, si, prends-le, tu verras, c’est tout ce qu’il faut parfois ". " Ah bon ", dis-je. Puis une autre amie, me voyant lire ce livre avec un brin de résistance, m’a dit : "lis-le, mais va jusqu’au bout ". Re : " ah bon ".
Quelques heures de RER, et l’attente interminable qui va avec, cette semaine, m’auront permis de passer du temps avec Labro donc. Il s'est assis à côté de moi en quelque sorte...
Je crois que j’ai bien fait, même si sa thérapie à coup de psychotropes me fait froid dans le dos. Il a pris plusieurs traitements, qui n’ont dans un premier temps provoqués que des effets indésirables, pour enfin trouver la bonne molécule capable de le sortir de sa torpeur. Mais en lisant de plus près, on se rend compte que c’est surtout l’amour de sa femme et de ses enfants, l’amitié de quelques amis qui ont préférer dire " je vais t’aider " plutôt que " accroche-toi, tiens le coup ", qui lui ont redonné le goût, d’abord d’une tartine de confiture, et par extension du reste de la journée.
C’est peut-être ça le secret du sauvetage. Accepter l’amour humain présent près de nous, sentir les palpitations du cœur des autres, le souffle vivant des amis près de soi, pour retrouver le goût des autres, en retrouvant le goût de soi. La clé peut résider, je crois, dans l’acceptation de ne plus avoir peur de soi. Ni du reste. La confiance, l’assurance reviennent alors, et on est à nouveau capables d’avancer. Bien sûr, rien n’est définitivement gagné, et le spectre noir de l’Inquiétude (je reprend les termes de Labro) rôde toujours, prêt à s’abattre de nouveau sur la carcasse qui commettrait un faux pas. Mais il règne un je ne sais quoi d'une assurance nouvelle qui fait vibrer.
Le haïku japonais dit : " telle est la vie. Tomber sept fois, se relever huit ". Des visages, des figures, des rencontres gratuites et des cœurs ouverts, autant que les oreilles et les bras, parfois. Des retrouvailles avec des gens un peu éloignés. De nouvelles rencontres avec des inconnus, mais qui nous ont été conseillées. Avec courage, on les appelle. Et rien n'est plus comme avant.
Le poète a raison de dire " un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ", mais Labro a lui aussi raison, à sa manière, de nous dire : " tu apprendras d’elle ". Apprendre de ses faiblesses, après les avoir reconnues, nommées par leur nom, et remonter, peu à peu, à la surface.
Si la vie est un chemin, il est toujours en pente.

 

 

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F
Salut fred un coucou pour te complimenter sur ces photo le cloitre que l'on vois ce ne serai pas celui de moissac a+
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D
il paraît qu'un auteur, un vrai, est non seulement celui qui vous partage une pensée, mais celui qui fait advenir la vôtre. En le lisant, le reprenant, le citant, ses mots deviennent un peu les vôtres, ils vous emmènent plus loin que vous même, sans vous contraindre dans leur propre signification. je ne serais sans doute jamais parti à la découverte de Labro autrement que dans ses articles, pas plus que dans Muriel Barbery, l'élégance du hérisson ou d'autres encore que je découvre parce qu'on m'y a précédé.  Mais de son parcours sombre surgit de la lumière... c'est le sens de ta photo, non? nos murs sont embellis des lumières des autres qui les éclairent? une petite surprise toutefois. j'ai mis longtemps à répondre à ce billet, et je reste le premier. Serait-ce que la dépression nous fait peur, serait -ce qu'elle baillonne notre parole?
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F
Il y a sans doute un peu des deux... La dépression fait peur, parce qu'elle plonge l'entourage avec le plongeur. Quand Labro écrit que ses "amis" sont ceux qui lui ont dit "je vais t'aider" et non pas "accroche toi, tiens le coup, bon courage" (ou autre chose de similaire...), il a raison, car c'est ainsi que ça se passe. Mais nous sommes bien souvent démunis face à ce gouffre, cet abîme qui s'ouvre soudain sous nos pieds, et qui donne le vertige à ceux qui marchent au bord. Quant à la parole, tu sais mieux que moi qu'elle est très souvent fluctante au gré de notre moral... Et je n'appelle pas Lacan au secours de nos mots pour maux (on pourrait le faire pourtant).
La photo vient du couvent des Jacobin, à Toulouse. Lumière "de midi" dans le "Midi". C'est un lieu qui m'inspire plus que tout autre. J'y ai vécu de belles heures, et pas uniquement seul. Le cloître, l'été, lorsque le dimanche se fait silence de l'après midi, est une pure merveille, il faut s'y asseoir plusieurs dizaines de minutes pour saisir ce qui nous saisit alors... J'aime cet endroit, car je crois bien qu'il m'aime aussi.
merci David, pour ton audace ! (mais à bien y réfléchir, tu ne m'étonnes pas tant que ça !)