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Le jour. D'après fred sabourin

faites de la musique

1 Octobre 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #l'évènement

                           L’enfant au tambour



La scène se passe dans un foyer pour enfants des rues tenu par des Salésiens de Don Bosco, à Bangalore. Des fauves y entrent, et parfois des hommes en ressortent. Je suis assis à l’entrée du foyer depuis une bonne trentaine de minutes, griffonnant mon carnet de notes, prenant des photos les enfants friands d’images. Dans la cour, une partie de cricket croise le fer avec une partie de football. Je veux dire : sur le même terrain ! Il faut suivre la trajectoire de toutes les balles ! Les enfants, suants et haletants, sont couverts de poussière. Des petits rugbymen sans la boue. Mais c’est bientôt l’heure de l’inauguration d’un nouveau foyer, à deux pas d’ici, et tous doivent être impeccables pour s’y rendre. A l’appel de « l’uncle » (« l’oncle », c’est-à-dire leur éducateur), ils entrent dans le bâtiment principal pour prendre la douche. Puis vient la distribution des uniformes : scolaires pour les uns. Bleu, rouge et or pour les musiciens de la fanfare du foyer « Bosco » pour d’autres. Boutons dorés rutilants. Chaussures noires brillantes, comme neuves. C’est alors que je vois sortir le tambour de la troupe, qui contemplent ses galons. Il y en a trois sur sa veste, j’en conclue qu’il doit être au moins capitaine ! Je le salue en lui disant « Ô captain’ my captain’ » comme Monsieur Keating dans « Le Cercle des Poètes disparus ». Son visage s’éclaire en même temps que roulent les baguettes sur le tambour. Avec cet uniforme et cet instrument de musique, cet enfant devient un petit homme, fière et plus que tout : digne. Tout le contraire du petit fauve ramassé quelques temps plus tôt dans un caniveau de Bangalore. Ce qui le tient debout aujourd’hui, ce sont ces trois galons et les deux baguettes du tambour. J’appuie sur le déclencheur, presque sans regarder dans le viseur. L’état de grâce suffit pour y voir.

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