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Le jour. D'après fred sabourin

la chronique sur la vie d'aujourd'hui...

24 Juin 2006 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #étonnement

                                  attention, travaux…

    Dans ma rue il y a des travaux. Et moi j’aime regarder les travaux. C’est l’ancienne clinique Ste Marthe qui est en démolition. Le puissant tractopelle saisit de ses mâchoires d’acier le calcaire d’une pierre bien charentaise, mais devenue grise, patinée par le temps. Une maison qui s’écroule, c’est toujours un peu de l’humain qui s’en va. On imagine la vie qu’il y avait à l’intérieur. Par la façade éventrée, on aperçoit encore les restes des chambres. La peinture jaunie, les câbles pendent en triste pantins désarticulés. C’est plus fort que moi, je pense à ces vies sauvées dans ces espaces désormais à ciel ouvert. Les malades qui étaient ici. Leurs angoisses, leurs souffrances, les longues nuits de veille, quand le sommeil ne peut venir. Les rires des enfants qui visitent les malades, et font fi de l’ambiance, apportant une note joyeuse à la vie blessée. Je pense aussi aux soignants, qui ont arpentés les couloirs de cette clinique, qui ont pansés, rassurés, accompagnés malades et mourants. Au premier étage, on voit encore une tablette accrochée en hauteur : sans doute pour une télévision, précieuse fenêtre sur un monde dont on ne fait plus partie lorsqu’on est allongé sur un lit médical. Des débris de plancher pendent en drôle de langues. On voit désormais tout un espace qui auparavant nous était interdit. La perspective prend de la profondeur. C’est toute une rue qui en est changée.
Au fond de ce qui reste encore de cour, le tractopelle trône, chaud encore de sa ripaille gargantuesque. On l’entend presque digérer ce qu’il a mis au sol et ingurgité, dans un cliquetis de tôles en refroidissement, baignées d’huile chaude. Nous sommes dans ce laps de temps où l’homme hésite entre son ancienne humanité blessée et la machine surpuissante, qui vient faire du neuf. Qui des deux l’emportera ?
Je presse le pas : l’inquiétante dévoreuse de façades me regarde fixement… Je ne fais pas partie des meubles !

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