Le jour, d'après...
Fred Sabourin

Carnets, photos, récits, poèmes, voyages
critiques cinéma, coups de torchons,
éditos, culture, soliloques en tous genres...
"Fais de l'obstacle la matière
même de ton action"
(Marc Aurèle)
Elle avait les yeux dans le vague. A l’âme des bleus des coups portés longtemps auparavant. Dans le cœur, des marques de fer rougit aux larmes du désir inassouvie. Ou trop tôt disparu. Ou pas
encore revenu.
Elle avait les yeux dans le vague et regardait le soleil apparaître entre deux pentes neigeuses qui défilaient tel un rideau à travers la vitre. Dans la diligence, le sommeil des voyageurs était
encore lourd et formait comme un brouillard épais à l’horizon. Chacun était enveloppé de ce coton tentant de l’aménager au mieux. Musique dans les oreilles, lectures matinales. Sieste réparatrice
et annonciatrice d’une longue journée.
Elle avait les yeux dans le vague et l’écume du jour se levait lentement.
J’aurais voulu être marin pour lever l’encre de ces yeux qui semblaient déjà si loin, rêvant à des paradis terrestres, des îles, des plages, des montagnes de sucre et des volcans de souffre. Un
albatros passait au dessus d’elle : l’âme d’un poète, se dit-elle.
Elle avait les yeux dans le vague et je me sentais au bord du vide.
Il fallait franchir le Rubicon, ce que personne ne fit.