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Le jour. D'après fred sabourin

on dirait qu'ça t'gêne de marcher dans la boue

31 Octobre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #chronique cinéma

                                                La Vie moderne

Ad Vitam

de Raymond Depardon. Film documentaire. France, 2008. 70 copies ; 90 mn. Distributeur : Ad Vitam.

Les semaines se suivent mais les sorties au cinéma ne se ressemblent pas. Après Jacques Mesrine, nous changeons radicalement de genre, avec ce troisième et dernier volet de « La Vie paysanne », après « L’Approche » et « le Quotidien » de ces paysans des terres rudes du Massif Central.
Raymond Depardon n’est pas seulement un observateur fin et avisé de ses contemporains. Il ne suffit pas de débouler au bout des routes, dans ces fermes reculées « à mille milles de toute terre habité », de planter la caméra et d’attendre que les gens se livrent. Au pays des « taiseux », il faut gagner la confiance, et respecter les silences.
Car ceux-ci sont aussi beaux que les dialogues. Les visages, entre deux phrases souvent ponctuées de borborygmes ou de réponses courtes (« oui ; non ; mouais »), parlent d’eux mêmes.
« Au commencement, il y a ces routes », dit le génial réalisateur de cette « Vie moderne ». Des routes qu’il faut parcourir avec patience, pour rencontrer l’homme, qui se fond peu à peu dans le décor. Ici, le paysage est un personnage à part entière.
Depardon retourne donc voir, avec son bon sens paysan, Marcel et Raymond Privat, deux frères de 88 et 83 ans, qui peinent à s’occuper de leurs vaches et brebis.
Leur neveu s’est marié avec une femme venue du Nord. La cohabitation est fraîche.
Paul Argaud, solitaire, taciturne, peu bavard, regarde distraitement les obsèques de l’Abbé Pierre à la télévision… en noir et blanc.
Marcel et Germaine, 80 et 70 ans, peinent à s’occuper de leurs deux vaches. Bientôt, ils s’en sépareront.
Et puis il y a « les jeunes », ceux qui veulent encore y croire, malgré tout. Michel et Amandine, qui tentèrent de démarrer un élevage de chèvres. Peine perdue, ils doivent renoncer.
Puis, comme sur la pointe des pieds, Raymond Depardon repart, sous la lumière d’automne, superbe. L’homme s’efface peu à peu dans le paysage, comme absorbé par lui. Que vont-ils devenir ces hommes, ces paysans, ces terres ? Abandonnés ? Confiées à des paysans – paysagistes subventionnés par les crédits européens ? Zones protégées pour « tourisme vert » ? Nul ne sait, à l’heure actuelle, la forme que prendront ces terres rudes.
Une seule chose est sûre : dans La Vie moderne, nous assistons bien à la fin d’un monde, et pas encore le début d’un autre.
Mais, loin d’être triste, on en ressort paisible, riche de rencontres qui marqueront à jamais le spectateur, pour la bonne raison que Raymond Depardon agit dans ce documentaire à la manière d’un impressionniste : il capte la lumière, la beauté, la rudesse et la puissance des caractères humains.
Tout le reste est silence…

Ad Vitam


Ad Vitam

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ambre 21/07/2013 16:05


les combats de l'abbé pierre ne concernait pas les habitants des campagnes avec une vie dure, les obsèques ont moins touché cette population

David 04/11/2008 12:44

et nous sommes plusieurs à ne pas te remercier pour le titre de ce billet... une grosse rengaine dans la tête toute la journée!