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Le jour. D'après fred sabourin

Deux voyous sur la balance

23 Octobre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #édito

Pathé Distribution


         Etrange coïncidence :
l’ennemi public numéro un sur les écrans de France le jour où l’amie publique numéro une, Sœur Emmanuelle, entre dans l’éternité. Deux voyous, à leur manière. Se retrouveront-ils en paradis ? Rien n’est moins sûr. Car si l’une a cherché à faire le bien autour d’elle, l’autre a souvent commis le mal, dans une fuite en avant dont il savait la fin à l’avance. Peut-on comparer les deux ? Au sens propre non. Et pourtant, ils ont été, dans leur genre, des agitateurs publics. Ils portent en eux, comme chaque être humain, les racines du bien et du mal. Sœur Emmanuelle n’a jamais caché ses positions dans un franc parlé qu’elle laissait fuser avec cette voix perchée et ce rire malicieux. Ainsi, elle disait à qui voulait l’entendre ce qu’elle pensait sur : les pauvres, les riches, l’amour, les prêtres mariés, l’Eglise, la contraception, la mission, la bourgeoisie qui l’avait élevée. La phrase qu’elle supportait le moins, lorsqu’elle était enfant : « cela ne se fait pas ». Elle aura – presque – tout fait.
Mesrine n’a jamais caché que les obligations, l’Etat, la vie rangée, ne l’intéressaient pas. Il se demandait comment un Français moyen pouvait vivre avec 2500 francs par mois. Le fric, les filles, la grande vie, le crime et bien d’autres crapuleries : ils les assumaient, et connaissaient la fin d’une vie de mise en scène dont il fut bien souvent le propre producteur.
Etonnant entrechoc des évènements. Ils ont même en commun d’avoir enregistré un message posthume à diffuser après leur départ !

Ce mercredi, sur les écrans de France, le film de Jean-François Richet, avec Vincent Cassel dans une interprétation magistrale. Mesrine fut traqué par la police, puis par l’Etat tout entier lui-même. Si le Président Giscard avait pu s’y mettre aussi, il aurait dégainé.
Au même moment, à Notre-Dame de Paris, un parterre prestigieux assistait à une messe de requiem pour celle qui avait consacré sa vie à l’amour, aux autres, jusqu’aux tréfonds des plus miséreux. Sous les voûtes sacrées, des hommes d’Etat, des femmes d’Etat. Des cardinaux. Des religieuses. Le Président, en personne.
Quel signe doit-on y voir ? J’ai envie de répondre : Dieu seul le sait, ou l’ignore encore... Car si on ne peut guère avoir de doutes sur l’avenir éternel et paradisiaque de « la petite sœur de tous », tout un chacun peut se poser des questions sur l’endroit où repose réellement Jacques Mesrine.
Il paraît que la miséricorde de Dieu est plus forte que tout. Qu’en est-il pour les voyous ? La réponse est sans doute un peu sur l’écran, un peu dans un petit cimetière du Var… 





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Anne S. 24/10/2008 14:16

Article très bien écrit, comme souvent et toujours, pourrais-je dire. La dualité des oppositions s'inscrit dans le choix des mots  et de la composition. BravoJournaliste audacieux, je vous admire autant que vous me surprenez, et encore... Il n'y a bien que vous pour oser cette réflexion.Bon week end.Anne

Anne-Claire 24/10/2008 10:17

Joli. Il fallait oser, tu l'as fait.