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Le jour. D'après fred sabourin

Seventees revival

16 Octobre 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #quelle époque !

Mesrine : L'Ennemi public n°1


Tout ce qui est vintage a du bon : et la « crise » participe à ce grand mouvement de l’adoration nostalgique du bon vieux temps qui n’était pas si mauvais que ça.
Le cinéma vient même, en ce moment, à notre aide en enfonçant le clou dans un spectacle du monde que d’aucun aurait tort de siffler avant le début du match.
Sur les écrans, cette semaine, et la semaine prochaine, quelques vignettes des années 70 et surtout deux personnages apparemment contradictoires, mais pas tant. Coluche et Mesrine. Le clown et le voyou. Celui qui faisait mourir de rire, et celui qui faisait mourir tout court.
Dans un article de Frédéric Théobald dans « La Vie » (semaine du 16 octobre), ce confrère prend le risque de comparer l’incomparable. « Pourtant, à l’écran, ils ravivent un même pan du passé et semblent, à leur façon, agiter un même drapeau de la contestation et de la radicalité » écrit-il.
Comme je n’ai vu de « Mesrine, l’instinct de mort » que la bande annonce, donc très commerciale et très réductrice, je ne m’étendrai pas trop sur le sujet. Cela étant, une conversation récente avec une personne intelligente m’amenait à quasiment défendre avant l’heure un film taxé de voyeurisme, voire de mythe errant depuis sa mort le 2 novembre 1979. Ou assassinat, c’est selon. Mais déjà, en utilisant à dessein le mot « mort » ou « assassinat », il y a, nous le savons bien, un parti pris.

Mesrine : L'Ennemi public n°1 - Vincent Cassel

« Coluche, l’histoire d’un mec » (de Antoine de Caunes) en revanche est sur les écrans depuis mercredi. Là aussi, la mythification du personnage Coluche, que certains, dans la France des années 80, n’ont pas été déçu de voir disparaître sous un camion d’une route à lacets de Corse, tient parfois du délire collectif. Mythe d’un âge d’or où la contestation, selon les propos du clown lui-même, « était née du capital, engendrée du capital, donc le capital était plus important que la contestation car la contestation ne vit pas du capital alors que le capital vit de sa contestation ». Cet excellent sophisme, à la limite de l’absurde, illustrerait - si j’osais ! – la frénésie et la schizophrénie financière dans laquelle banquiers et traders nous ont entraînés.
Dans les deux films, aux reconstitutions minutieuses (rien ne manque : ni costumes, ni images d’archives de télé et radio, ni véhicules d’époque), la tentation est forte de rapprocher les deux périodes : aujourd’hui, et hier (c’est-à-dire Coluche et Mesrine). Crise du pétrole, obsession du pouvoir d’achat, fête à gogo et ivresse pour oublier, peurs ancestrales agitées par l’ennemi public n°1, bordel organisé dans une campagne électoral chiante par un clown que les grossiers trouvaient vulgaire.

Coluche, l'histoire d'un mec - François-Xavier Demaison

Je me souviens, enfant, des images de ces deux personnages : à entendre les adultes parler de lui, j’avais l’impression que Mesrine allait débarquer dans la petite ville de province qui m’abritait alors, au cœur du Poitou, et allait flinguer tout le monde. Je me rassurais comme je pouvais, en constatant qu’à la maison, il y avait un fusil de chasse : on saurait se défendre. Et il n'avait jamais braqué d'école primaire.
Mais je me souviens aussi des rires grinçants que provoquaient le clown en salopette et tee-shirt jaune qui conspuait la publicité, et les « z’hommes politiques ». Il provoquait cette philosophade bien connue : « il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas ». Hélas, pourrions-nous dire ! Dans un monde d’hypocrisie - valeur sans doute la mieux transmise malgré elle – si le mensonge était moins notre plus grand dénominateur commun, on rigolerait sans doute moins, mais on s’en porterait peut-être un peu mieux.
Jean-François Richet, à qui l’on doit ce « Mesrine, l’instinct de mort », dépeint son héros de la sorte : « un homme libre, un vrai rebelle. Mesrine, c’est quelqu’un qui dit non, qui dit : ‘ j’aime pas les riches et les forts… J’aime pas l’Etat’ ». C’est pourtant l’Etat qui l’a eu, après l’avoir bien fait cavaler.
Ce revival des années 70 finissantes et 80 pleines des promesses de nouveaux commencements est à voir sur écran.

Coluche, l'histoire d'un mec - François-Xavier Demaison

Ah ! J’allais oublier ! Raymond Depardon sort le 29 octobre le troisième volet de ses documentaires sur le monde paysan : « la vie moderne ». A voir, vraiment. L’effondrement d’un monde, celui de nos racines pour la plupart, réduit à peau de chagrin dans des contrées lointaines si belles pour le tourisme estival. Des paysans approchés avec une infinie tendresse et un profond respect, noueux comme un pied de vigne. Dans le précédent volet, une vieille paysanne demandait à une autre (à propos de R. Depardon) : « pourquoi il me film ? »  - Réponse : « parce que tu es là ».

Silence… ça tourne… 


La Vie moderne

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