Partager l'article ! Cézanne peint: Les cyprès, lorsqu’ils sont si près de nous, ont cette touche extravagante de ressembler à des pinceaux rangés su ...
Le jour, d'après...
Fred Sabourin

Carnets, photos, récits, poèmes, voyages
critiques cinéma, coups de torchons,
éditos, culture, soliloques en tous genres...
"Fais de l'obstacle la matière
même de ton action"
(Marc Aurèle)
Les cyprès, lorsqu’ils sont si près de nous, ont cette touche extravagante de ressembler à des pinceaux rangés sur un quelconque râtelier après peinture.
C’est entêtant, parfois, ces images de pinceaux. Le ciel de gloire, d’un bleu si profond qu’on le croirait d’altitude ; ces oliviers et vignes mélangés ; ce paysage qui n’attend plus
qu’un chevalet pour entrer dans l’histoire.
C’est entêtant combien un nom ressort parmi tant d’autres à cet instant précis, puis à celui-là. Voici qu’un autre personnage vient s’inviter.
De la fenêtre où j’observe longuement ce paysage provençal, à une portée de canon de Cassis, mais derrière la colline, je n’entends plus que le frottement du pinceau sur la toile. Le Mistral
souffle moins fort qu’hier, et on peut enfin respirer les odeurs de lauriers, de pins, de genévriers, de romarin, de vignes et de roches chauffée à blanc par le soleil qui tombe comme s’il en
pleuvait. Le potager exhale des senteurs de tomates, de haricots verts, de courges et de potirons. Le figuier, malgré sa stérilité passagère, respire de ses feuilles âpres l’impatience de
rejoindre de ses fruits murs le confiturier aperçu tout à l’heure dans la cuisine fraîche et sombre. Le tilleul, aux feuilles jaunissantes (« c’est déjà septembre » me dit
notre logeuse), se rapprochent des tasses aux eaux chaudes d’une fin d’après midi où le soleil ne ménagera pas sa peine.
Reposer les pinceaux et ranger les crayons.
Cézanne peint, Pagnol pagnolise et Giono gionise. Blaise fait du Cendrars. Frédéric souffle Mistral. La
vieille joue du flûtiau. Le tout dans une désuétude attendrissante que le citadin néglige, passant pressé de rejoindre le bruit des villes et la fumée des usines.
Ainsi va la vie, à l’ombre de la Sainte-Baume.