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Le jour. D'après fred sabourin

de roche et de glace

15 Août 2008 , Rédigé par Fred Sabourin Publié dans #montagne



             Il fallait d’abord passer la frontière, la frontera  comme on dit dans ces contrées aragonaises, puis contourner le massif par une envolée de routes à lacets, de tunnels creusés dans la roche granitique, traverser des pueblo, villages espagnoles où règne une quiétude de fin de siècle, sans que l’on sache vraiment duquel il s’agit.
Puis, enfin, stopper la voiture, sur un parking de cailloux et d’herbe, où nous avons bivouaqué un peu « à l’arrache », car la nuit était déjà noire et le vent bien frais. Enveloppés dans les étoiles, drapés de nuit, nous avons fait des rêves. Des rêves de rochers, d’abord dans le froid du matin puis dans la fournaise de l’après midi. Des rêves de crampons et de piolets. Des rêves de silence où seul le crissement des crampons sur la glace vient troubler l’ordre établi. Ici, la montagne te fait comprendre que tu n’es là que parce qu’elle le veut bien. Elle t’accorde quelques heures de répits sur l’immensité de ses flancs. Elle te fait savoir que tu ne seras jamais complètement chez toi ici. Le paradis pouvant se transformer en enfer en quelques minutes.



Le soleil se lève enfin, et nous avec. Ou plus exactement avant. Le « point du jour » a ceci de fascinant qu’il n’appartient qu’à une poignée d’irréductibles qui ont compris que ces ciels du matin sont bien plus beaux que ceux du soir. L’Occident oxydé par la nostalgie des soleils couchants a oublié la minéralité des petits matins. Se couchant trop tard, l’Homme moderne ne contemple que rarement ce spectacle d’une nature qui s’offre aux lève-tôt.
Café chaud, préparation du sac, ne rien oublier sans trop en prendre : la suite se passe très vite, et à 7h à peine notre marche commence.
Une rapide ascension nous amène à pied d’œuvre, nous dépassons le refuge de la Renclusa, dernière trace de civilisation avant le désert de roche et de glace. Au col du Portillon supérieur, petite brèche ouverte sur la ligne de crête, la bête apparaît dans toute sa splendeur. Le sommet semble proche, mais il faudra encore quelques efforts.
Deux heures au moins de chaos granitiques, de glacier aux reflets bleutés, puis le « pas de Mahomet », passage aérien à quelques mètres du sommet : le plus haut sommet des Pyrénées se mérite, jusqu’au bout.



L’Aneto est désormais sous nos pieds, 3404m de plaisir et de rêve qui deviennent, enfin, réalité.
On ne peut pas aller plus haut au pays de Pyrène.



Photos Marc L  &  Fred S

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fredo 16/08/2008 20:44

Paysage grandiose et ballade"(si on peut appeler ça ballade!) magnifique. bon week.