Le jour, d'après...
Fred Sabourin

Carnets, photos, récits, poèmes, voyages
critiques cinéma, coups de torchons,
éditos, culture, soliloques en tous genres...
"Fais de l'obstacle la matière
même de ton action"
(Marc Aurèle)
Sur les traces de…
On dira ce qu’on voudra du personnage, mais il avait le goût de cette France profonde, d’où il était issu, sur les rives d’une Charente lascive, dans un gros bourg au nom prédestiné à la carrière
politique, et historiquement figure d’une botte secrète « loyale, imprévue et décisive » : Jarnac. Mais il aimait également ces villages aux noms qui se dégustent comme le
nectar produit sur leurs coteaux ensoleillés et néanmoins rudes : Chénas, Chiroubles, Régnié, Pouilly, Fuissé, Villié-Morgon, Juliénas,
Saint-Amour, Romanèche Thorins, Saint-Veran, Fleurie…
Ces villages, ces bourgs fières et anoblis, semblant endormis mais pourtant actifs dès que la vigne demande le soin qu’il faut lui apporter, se ressemblent. Un clocher,
quelques maisons greffées sur ses flancs, des collines aux demeures bourgeoises de paysans instruits, sachant distinguer le vrai du faux, le solide du futile, l’amitié de l’étrangeté des
caractères indociles, goûtant l’alternance des saisons avec cette sagesse toute paysanne qui fera toujours défaut à l’urbain que nous sommes devenus.
Improbables pérennités granitiques des soulèvements alpins proches et pourtant si éloignés, deux roches, comme posées là, à Solutré, attiraient chaque Pentecôte les pas d’un marcheur tranquille,
passionné par les arbres, la littérature, une certaine forme de mysticisme (je n’ose dire catholicisme !), la capacité machiavélique à faire se liguer ses cercles d’amis les uns contre les
autres pour parvenir à ses fins. Autour de lui, d’autres marcheurs, des courtisans ceux-là, à l’instar des nobliaux désoeuvrés de la cour de Louis XIV à Versailles, qui, salissants leurs genoux
cagneux et vérolés, murmuraient sur son passage : « Sire… Marly… ? ». Espérant gagner les faveurs du roi pour être de ceux – privilège d’un jour – invités dans cette
demeure où il fallait en être pour exister.
A Solutré, on a vu des ministres, des gens du show-business, des journalistes en vogue, un beau-frère sépharade devenu commissaire de police, et bien d’autres désormais tombés dans l’oubli,
Icare déchus qui se sont brûlés les ailes si près du pouvoir, croyant tenir l’insaisissable. On ne regarde pas le soleil en face sans ses Ray-Ban.
A Solutré, désormais, le calme règne, comme il a toujours régné les 364 autres jours de ces deux septennats où le président n’y était pas.
Les roches sont toujours là, miraculeusement épargnées par l’érosion, veillant sur les vignes légendaires donnant des vins d’exception. Et une cuisine à la hauteur de l’événement.
J’ai juste retrouvé un chapeau… Il ne reste plus qu’à trouver une tête.