Mardi 22 avril 2008

 


« Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.
Il faut pouvoir penser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres graves et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyages qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles, - et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.



Il faut se souvenir de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient.
Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit pas d’avoir des souvenirs.
Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience qu’il reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela.



Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom, et qu’ils ne se distinguent plus de nous, c’est alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers ».

Rainer Maria Rilke.

 

 

 "Le Peu Saint-Jean", Coursac, Charente.

par Fred Sabourin publié dans : poésie
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Commentaires

Salut Fred,
plus de chromiques de l'Ardèche ??? mais j'avoue que voir "notre" Charente à travers tes photos nous réjouit.. Tu es un vrai poêtephotographe (c'est nouveau, ça vient de sortir).
N'oublie jamais qu'une maison charentaise te reste en permanence ouverte.
commentaire n° : 1 posté par : Bruno & Odile le: 24/04/2008 18:44:05
et pourtant sur son métier toujours remettre l'ouvrage,
car il faut écrire, toujours et toujours,
pour que les mots apprennent le chemin de la source
pour que d'un ru fragile ils gagnent l'inéluctabilité des fleuves
mais écrire simplement, sobrement, sans s'en glorifier,
pour épaissir le réel des réseaux qu'il trame
pour dévoiler les harmoniques cachées sous l'image,

écrire, peindre, photographier. Non pas pour représenter le réel ou simplement le raconter tel quel, mais pour le dire, le révéler.

merci Fred!

(captcha: 9FS, sacrées initiales)
commentaire n° : 2 posté par : David (site web) le: 25/04/2008 08:42:19
quel soulagement quand je vois l'auteur de ces lignes
j imaginais notre Fred devenir soit poete, soit sage
mais bien jeune pour ne plus avoir à regarder par dessus son épaule
parfois soulagé de ne pas partager tes références...
je te propose une petite cure de légèreté, chez toi ou chez moi
après mes vacances, que je souhaite très légères
commentaire n° : 3 posté par : de l'Allée le: 01/05/2008 00:33:20

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