Samedi 17 mai 2008



Des vedettes, des paillettes, une Croisette, des photos, des tapis rouges, une plage, des starlettes, des cris, des rires et des larmes. Des photographes, des smoking, des robes échancrées, des hauts talons, des palmes (l’or leur va si bien), des hôtels, des bateaux, des vedettes, et surtout des stars. Des films, des longs, des moyens, des courts, des ratés, des bien faits, des inconnus, des oubliés, des acteurs, des réalisateurs, des vedettes, des femmes, des enfants, des fauteuils, un rideau, un écran : blanc.
Des marches : à monter, jamais à descendre, le noir qui se fait, la magie d’un faisceau de lumière qui scie en deux l’épais rideau de nuit, et le rêve vient au jour.
Des vedettes, des paillettes, une Croisette, et des stars, surtout des stars. Le cinéma est à Cannes.




par Fred Sabourin publié dans : chronique cinéma
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Jeudi 15 mai 2008
                                                      Si j’étais peintre



     Jadis, l’homme posait son chevalet et se coiffait d’un chapeau, canotier ou un quelconque galure lui donnant un air de circonstance. Cela prenait du temps, l’installation de la table de l’artiste. De longues heures d’observation ne suffisaient pas, il fallait aimer l’endroit, imaginer, caresser doucement le paysage avec le fil du pinceau, imaginaire lui aussi.


Goûter l’harmonie, comme l’aurait fait un musicien accordant son instrument. De vent, de cordes, de cuivre, de bois chaud dont la rondeur des notes réchauffait le cœur.
Etre là, rester sans attendre autre chose qu’émerge de la terre nourricière un instant choisi, volé au sens propre du terme, à peine achevé qu’il faille le fixer sur une toile.
Au fond, le bruit des grillons qui annoncent déjà l’été. Un murmure d’eau vive – l’Ouvèze est là, toute proche – qui appelle à entrer dans cette onde pure, matrice où tout se régénère.

Une nouvelle fois, comme autrefois, l’homme, caressant le bord de son chapeau, réfléchit et changea le chevalet de place. Il n’en croyait pas ses yeux. La Toscane semblait si proche – lui qui ne l’avait que furtivement traversée – et pourtant, ce n’était pas encore cela. Les prémices et l’esprit d’un lieu s’offraient simplement là.

« Si j’étais peintre », pensa l’homme en appuyant sur le déclencheur…



par Fred Sabourin publié dans : émerveillement
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Samedi 10 mai 2008
                                                         Le temps qui reste




Combien de temps...
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures, combien ?
Quand j'y pense, mon coeur bat si fort...
Mon pays c'est la vie.
Combien de temps...
Combien ?

Je l'aime tant, le temps qui reste...
Je veux rire, courir, pleurer, parler,
Et voir, et croire
Et boire, danser,
Crier, manger, nager, bondir, désobéir
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Voler, chanter, parti, repartir
Souffrir, aimer
Je l'aime tant le temps qui reste

Je ne sais plus où je suis né, ni quand
Je sais qu'il n'y a pas longtemps...
Et que mon pays c'est la vie
Je sais aussi que mon père disait :
Le temps c'est comme ton pain...
Gardes-en pour demain...

J'ai encore du pain
Encore du temps, mais combien ?
Je veux jouer encore...
Je veux rire des montagnes de rires,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin
De Bordeaux et d'Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Je veux chanter
Je veux parler jusqu'à la fin de ma voix...
Je l'aime tant le temps qui reste...

Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je veux des histoires, des voyages...
J'ai tant de gens à voir, tant d'images..
Des enfants, des femmes, des grands hommes,
Des petits hommes, des marrants, des tristes,
Des très intelligents et des cons,
C'est drôle, les cons ça repose,
C'est comme le feuillage au milieu des roses...

Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je m'en fous mon amour...
Quand l'orchestre s'arrêtera, je danserai encore...
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul...
Quand le temps s'arrêtera..
Je t'aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment...
Mais je t'aimerai encore...
D'accord ?

Jean-Lou Dabadie ; Serge Reggiani


par Fred Sabourin publié dans : poésie
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Vendredi 9 mai 2008


Deux jours à tuer - Albert Dupontel


     Il existe des principes et des postulats qui ne souffrent généralement d’aucune contestation. Loin de moi l’idée de faire à la Prévert un inventaire. Il en est un qui dépasse à priori beaucoup d’autres : les fils sont fait pour survivre à leurs pères. C’est du moins ce que la loi mathématique de la vie voudrait.
Antoine, jeune quadra comblé, publicitaire fortuné, belle voiture, jolie femme, deux beaux enfants, maison où rien ne manque dans les Yvelines, saborde un jour une réunion où il s’agit de vanter les vertus d’un yaourt pour un important client. Pour toute explication, il annonce qu’il va partir et revend ses parts. Rentré chez lui, une scène l’oppose à sa femme : une « bonne copine » l’a vu dans un bistrot main dans la main avec une autre femme. Tout s’enchaîne, Antoine saborde l’anniversaire préparé par ses enfants, puis celui préparé par sa femme (une surprise avec ses amis qui finit en pugila). Antoine saborde le navire, passe tout par dessus bord, prend sa bagnole, et embarque à Cherbourg pour l’Irlande… où il retrouve son père, reclus depuis trente ans avec la pêche à la mouche pour seule compagnie.
Antoine est malade. Antoine va mourir. Mais il n’avait pas le courage de l’annoncer à sa famille et à ses proches.

Porté par les seules épaules de Albert Dupontel, avec quelques apparitions lumineuses de Marie-Josée Croze, Deux jours à tuer peut agacer par ses allures très « petite bourgeoise française » : en démolissant le modèle en question avec les mêmes codes qui d’ordinaire le construisent, Becker scie la branche sur laquelle il est assis. D’autres auraient sans doute été plus piquants et incisifs, et on pense notamment à Chabrol pour ne citer que lui. Néanmoins, Jean Becker, qui nous avait gratifié ces dernières années de films nostalgiques d’un âge d’or disparu sans avoir vraiment existé, avec Les Enfants du marais et Dialogue avec mon jardinier, prouve là qu’il sait aussi faire du grave sans trop de pathos. Il faut voir – et entendre – Dupontel déclamer de la prose taillée pour lui, mais néanmoins véridique en cela qu’elle dénonce le manque d’écoute et de dialogue vrai entre les gens. La vraie écoute, celle qui découle ensuite sur une vraie compassion.

Le générique de fin vaut à lui seul qu’on mette une heure trente (à tuer ?) pour ce film. Une chanson de Jean-Lou Dabadi interprétée par Serge Reggiani à la toute fin de sa vie (en 2002 exactement), « le temps qui reste », illustre à merveille le propos, et, franchement, tire une émotion non feinte chez le spectateur, en tout cas chez celui qui écrit cette critique.
Deux jours à tuer, de Jean Becker. Normalement pour vivre en fils il faut tuer le père, mais si il vient à partir avant, alors…
« Je m'en fous mon amour...
Quand l'orchestre s'arrêtera, je danserai encore...
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul...
Quand le temps s'arrêtera..
Je t'aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment...
Mais je t'aimerai encore...
D'accord ? »

Deux jours à tuer - Albert Dupontel et Marie-Josée Croze
par Fred Sabourin publié dans : chronique cinéma
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Lundi 5 mai 2008

 

  Quand j’étais petit, et une partie de l’adolescence, mes grands-parents m’élevèrent – avec retenue mais efficacité – dans la méfiance de ce qui venait de l’autre côté du Rhin. Le danger venait toujours de l’Est. D’ailleurs, sur l’autoroute Paris – Strasbourg, il y a des péages tous les 50 kilomètres, pour freiner les ardeurs : si ce n'est pas une preuve ça ! On ne disait pas « les boches », non, mais parfois « les fritz », on évoquait bizarrement cette période de la Seconde Guerre, où les tickets de rationnement flirtaient avec topinambours et les rutabagas, la peur des bombardements avec les tranches de rires liées au cyclotourisme. Drôle de guerre.
Ensuite, au collège, lycée puis en faculté d’histoire, l’image de l’outre Rhin ne s’est pas améliorée dans la mémoire vive. Le programme de 3è puis de Terminale revisitait l’envahissement de la Pologne puis de la France, et après il y avait cette guerre étrange qu’on appelait « froide ». Pourtant, ça avait l’air chaud bouillant du côté de Checkpoint Charlie et au delà du rideau de fer…
Quand on voyait arriver un « correspondant » allemand en classe, il faisait mieux que tout le monde : il écrivait et parlait le français presque mieux que nous, nous pilait en sport, était premier en anglais, jouait trois instruments de musiques, nous piquait nos copines, alors que les correspondantes allemandes étaient loin de nos critères de beauté, en outre elles écoutaient des groupes de musiques étranges et se fringuaient comme des lapins à bretelles. Pour finir, le correspondant allemand devenait le chouchou des profs qui faisaient remarquer qu’ils travaillaient, « eux », pour mériter « ça ». J’en avait contracté une haine quasi féroce pour les « premiers de la classes », surtout si ils venaient d’ailleurs et que, par malchance, leurs cheveux étaient blonds. Je me disais que si ils étaient si bon que ça, alors pourquoi leur ancienne capitale était divisée en deux par des barbelés surveillés par des vopos armés, et que « ceux d’en face » (parfois des membres de la même famille) ne pouvaient pas en sortir puisque leurs conversations téléphoniques étaient espionnées à leur insue.
Et puis il y avait le foot, pour ne rien arranger : jeu qui se dispute entre deux équipes de onze joueurs et un ballon, et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne. Dussent-ils y mettre les poings et les genoux, comme à Séville en 82 (le 9 juillet exactement), où le s… de Schumacher avait défoncé Batiston, et où la défaire avait été aussi cuisante et chaude que les chopes de bières des deux Teutons attablés dans un bar du camping étaient fraîches.
Bref, l’Allemagne souffrait pour moi d’une image plutôt étrange, faite de mise à distance et d’admiration, d’agacement et d’envie, devant ceux qui étaient si forts (mais pas autant quand même puisqu’ils avaient laissé un mur séparer une ville durant 26 ans), et qui le sont encore. Soixante ans après une capitulation « sans conditions », vingt ans après la chute du mur de la honte, qui en a profité pour pousser ailleurs - est-ce le même ingénieur en béton armé? -  Berlin faisait tomber en quelques jours le mur des images ridicules et gentiment véhiculées par mes ancêtres. Comme quoi, la transmission des savoirs… Il suffisait, c’était si simple, d’aller voir de l’autre côté du mur.
Garçon ! tant que vous y êtes, remettez-moi une bière blanche berlinoise s’il vous plaît !


 

 





par Fred Sabourin publié dans : voyage, voyage...
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