Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 15:42

 

 

 

C’est un truc où tout le monde ne va pas. Une sorte d’invitation pour happy few locales, un entre-soi où il est de bon ton d’aller.
Le jour où le préfet invite la presse locale à déjeuner dans sa salle à manger, il vaut mieux en être, même si la chose s’annonce entendue d’avance : tout ce qui sera dit sera off, sauf ce qu’on vous précisera comme tel. Si ce n’était à la préfecture, on dirait à la bonne franquette. Faut pas imaginer non plus le préfet derrière ses fourneaux et criant depuis la cuisine : « à table ! » à la fin de l’apéro.
C’est un truc où les hobereaux du coin, je veux parler de la PQR, la Presse quotidienne régionale (en gros la Pravda locale) arrivent les derniers alors que le champagne est déjà tiède dans les flûtes. Histoire qu’on les remarque bien, et qu’on voit qu’ils arrivent en nombre, en l’occurrence trois. C’est un truc où on croise des copains et copines journalistes en qui on a toute confiance, et d’autres en qui on se méfie, craignant que la franchise ne soit pas inscrite au fronton de leur déontologie. C’est un truc où on croise aussi un sous-préfet qu’on appelle Madame, charmante jeune femme fraîchement arrivée à son poste après avoir connu les dorures d’un ministère parisien.
Je dois l’avouer : je n’y ai pas mes habitudes, mais pour rien au monde, je ne raterai ces machins-là. Je m’y amuse beaucoup, et si j’avais la verve balzacienne, d’un Chardonne ou d’un Flaubert, j’en écrirais des tonnes. Je m’y amuse beaucoup d’abord parce qu’en arrivant, après qu’on vous ait débarrassé de votre manteau au vestiaire, il y a un petit carton à prendre sur une table. Sur ce carton est figuré le dessin de la salle à manger du préfet, avec une table en son centre. Sur la table, un trait rouge : c’est là que vous allez manger.

 

préfecture

 


A la vue de ce petit bristol, j’ai tout de suite compris que je ne dirai pas un mot au préfet du déjeuner. La photo ci-jointe vous le prouvera par l’observation de l’angle dans lequel je me trouvais : impossible de participer à une conversation menée par l’invitant, sauf à ce qu'il attrape un torticoli en sauçant son assiette avec sa cravate. J’ai ensuite compris, lorsque nous sommes passés à table, quels étaient ceux qui comptent et peuvent apporter une conversation à l’hôte des lieux. La PQR, et la radio commerciale du coin. Eux étaient dans la ligne de mire. Ils ne s’en sont pas privés. Prestige du protocole !
Cela étant, le sujet qui monopolisa plus de la moitié du déjeuner fut – on ne s’en étonnera guère – les élections cantonales de mars prochain. Pas les sujets qui intéresseraient volontiers les contribuables à l’occasion électeurs, tels que les routes, transports, les collèges, le RSA, l’APA, les maisons de retraite, le financement de tout ce barnum et comment on va s’y prendre et à quoi ça sert ce machin avec des z’hommes politiques dedans. Non, ce qui a monopolisé la conversation de ceux qui font l’info et du préfet ce sont les pronostics. Qui va être réélu (ou pas) et où, et de combien ? Le mille feuilles électoral, par le petit bout de la lorgnette. Une sorte de PMU de la politique, sans l’hippodrome mais avec tribune d’honneur et les bourrins. Un des convives a cependant eu cette fulgurance : « le seul sondage qui compte c’est celui du lundi matin après comptage des urnes. » Ensuite par petits paquets de quatre ou cinq, les conversations ont dévié vers l’intercommunalité, l’autre truc à la mode cette année, qui passe au dessus de la tête des citoyens mais qui pourtant va s’abattre sur eux d’ici à la fin de l’année.
Qu’importe. Les mets étaient délicieux et les vins gouleyants. Comme l’était aussi ma voisine de droite, nouvellement arrivée, qui disait combien elle avait été bien accueillie dans sa sous-préfecture et combien il lui tardait que son jeune fils arrive près d’elle. Sur sa montre d’une grande marque de maroquinier qui doit valoir à elle seule plusieurs mois de Smic, on pouvait y lire la langueur du temps qui passe dans ces maisons d’Etat, que Brel a figé dans une célèbre chanson Je suis un soir d’été. (« Et la sous-préfecture fête la sous-préfète, sous le lustre à facettes il pleut des orangeades et des champagnes tièdes, et des propos glacés de femelles maussades de fonctionnarisés.»)

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : concept
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Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 17:19

 

 

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                                             Mille sabords ! Nous voici enfin de retour à la maison...

 

 

Photos : Xav.Galt.

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : concept
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Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 16:40

 

 

Angèle et Tony

 

 

De Alix Delaporte. France, 2010. 1h27. 70 copies. Distributeur : Pyramide. Avec : Clotilde Hesme (Angèle) ; Grégory Gadebois (Tony) ; Evelyne Didi ; Jérôme Huguet ; Antoine Couleau…

C’est l’histoire d’une reconstruction affective entre deux personnes qui n’auraient pas dû, ou pas pu se rencontrer. Lui, Tony, marin pêcheur, roc taiseux, bourru et un peu gauche dans l’exploitation de ses sentiments. Elle, Angèle, jeune femme sortant de prison et qui voudrait bien récupérer son fils confié à ses beaux-parents, pour ça un boulot c’est déjà pas mal, un mariage avec un type bien arrangerait le décor, et la décision du juge.
Comme le papier crépon qui sert de décoration florale aux bateaux pour la fête du port, les cœurs peuvent se déchirer d’un rien. C’est comme ça, on n’y peut rien. Alors ils s’observent, parlant peu, se frôlant souvent, se touchant parfois. S’esquivant beaucoup.
Le tout dans un univers qui compose à lui seul un personnage du film : Port-en-Bessin, dans le Calvados, petite ville qui vit au diapason du port. Conflits sociaux entre les marins et les forces de l’ordre, jets de poissons contre gaz lacrymo, coups de matraques et déversement de la pêche nocturne devant la préfecture. Presque la routine.
Alix Delaporte, qui signe-là son premier film, arrive à nous faire aimer l’amour qui naît entre les deux personnages, qui semblent perdus et recommencent sans cesse comme une vague s’échoue sur la grève, et revient au point de départ. Avec une infinie tendresse pour ces comédiens dont on aurait juré qu’ils n’étaient pas faits pour ça. Clotilde Hesme, toute en beauté diaphane et pratiquement transparente, qui négocie une passe contre un G.I Joe pour offrir à son gamin qu’elle n’a pas vu depuis deux ans, possède cette ressemblance troublante avec Sandrine Bonnaire dans À nos amours ou Sans toit ni loi. A contre-emploi. Sauvageonne. Mais parfaitement à sa place.
Grégory Gadebois, sociétaire de la Comédie Française, dont on n’est pas prêt d’oublier la présence de marin au physique de rugbyman attendri. Il ne veut pas l’aimer de travers. Elle n’arrive pas à lui dire la vérité. Et pourtant, ça va marcher.
À plusieurs reprises Alix Delaporte nous montre Angèle appuyant sur les pédales de son vélo volé, grimpant des côtes de la Basse-Normandie comme si elle voulait grimper l’échelle de la vie et des sentiments, vertige si difficile de la rémission qui n’arrive jamais trop tôt.  Et qu’on ne sait pas toujours saisir le jour où…
Tony quant à lui, le taiseux – mais c’est son charme – fait naître quelque chose qui s’apparente à de l’amour, et notre regard de spectateur n’y est pas pour rien.
Angèle et Tony, d’Alix Delaporte, film aux accents prometteurs avec des vrais morceaux d’authenticité physique et sentimentale dedans.

Angèle et Tony

 

 

 

Angèle et Tony

 

 

 

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : chronique cinéma
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Dimanche 16 janvier 2011 7 16 /01 /Jan /2011 19:16

 

 

SAB 6764 R

                                                                       - vers la mer -

 

 

 

SAB 6767 R

                                                                - au bord de la mer -

 

 

 

SAB 6769 R

                                                                       - sur la mer -

 

 

 

SAB 6752 R

                                                                         - entonnoir -

 

 

 

SAB 6756 R

                                                                  - à l'assaut -

 

 

 

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                                                                    - au bout de la rue -

 

 

 

 

 

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : regarde-la ma ville
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Jeudi 13 janvier 2011 4 13 /01 /Jan /2011 10:37

 

 

reduit SAB 6655

                                                                  - la vie de château -

 

 

Eloquent. Si on cherchait encore des preuves au rideau de fumée qui nous gouverne, il suffit de regarder l’avalanche de lois votées et inapplicables depuis le début de la mandature. Au cours de la session 2009, 59 lois ont été votées à l’Assemblée nationale. 35 prévoyaient des décrets d’application. Au 30 septembre 2010 (fin de l’année parlementaire), seules 3 d’entre elles en étaient pourvue. 19 partiellement. 13 n’avaient encore rien vu venir. Des lois inapplicables, et inappliquées donc. On est encore loin de la République irréprochable, et de la revalorisation du travail parlementaire promis par le petit Nicolas, et bla bla bla.
Pire encore – et c’est un éditorial du Monde qui l’écrit dans son édition du 13 janvier : la loi créant une allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie, qui a été votée à l’unanimité en février 2010, n’a reçu aucun des décrets d’application qui lui sont attachés. Mourir dignement ? Plutôt crever.
Le mécanisme est pourtant connu : un problème survient. S’il y a des « victimes », l’annonce d’une proposition de loi est encore plus pressante. Journal de 20h sur la une et la deux (kif kif) : « pas de problème, on va régler le problème. » Ouf, dormez tranquille, le président et ses petits soldats veillent… Proposition de loi en urgence, travail en urgence, débats parlementaires bidons, parlement godillot. Vote. Re-journal de 20h. « Vous voyez bien qu’on est efficaces ! On a dit, et cela c’est fait ! » Pas de bol, certains veillent au grain. Et non, que voulez-vous c’est comme ça, il ne suffit pas de dire pour que ça se fasse. Même avec la meilleure volonté du monde.
Alors que faire ? Pousser des cris d’orfraie ? Voter autre chose la prochaine fois ? Ah si, un truc : s’in-di-gner !
A quand un tome deux Monsieur Hessel ?

 

reduit SAB 6660

                                                                  - pourvu que ça dure -

 

 

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : édito
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