Mardi 11 avril 2006
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18:08
y a plus d’saisons !
Scène de la vie ordinaire : mardi matin, une file d’attente dans une banque. Pour une fois que je ne me sers pas de la machine uniforme à distribuer des billets, j’ai bien fait de vouloir rencontrer un être humain au guichet. Derrière moi, une conversation s’engage entre deux personnes « du troisième âge ». J’aurais eu tort de m’en priver :
- Ah tiens, bonjour ! (un silence gêné) Fait pas chaud hein ?
- oui, et encore hier il faisait plus froid, il y avait du vent ! Là ce matin c’est mieux.
- enfin quand même, moins 1 degrés ce matin…
- ah ! c’est avril, c’est chaque année pareil. Y a pu d’saisons ! Dans l’temps, c’était mieux, plus tranché. A Pâques, on avait rangé dans les armoires les pulls et les manteaux ! On allait faire ses Pâques en tenue d’été, les petites filles en robe et les garçons en bermudas… C’était jolie !
- c’était mieux avant…
Je n’entendrai pas la suite de la conversation : elle est coupée par la banquière, qui, d’un large sourire et d’un regard vert profond prend le chèque que je lui tend.
Moi, je ne sais pas si « c’était mieux avant ». En tout cas, là, maintenant, le printemps me plait… Je n’ai ni bermuda ni robe d’été, mais je sent que cette année, je vais apprécier Pâques.
Alléluia !
Par Fred Sabourin
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Mardi 11 avril 2006
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11:25
les oies sauvages
Profitant d’une fin d’après midi de dimanche je suis allé vérifier que le fleuve avait bien rejoint son lit. La pluie printanière a fait place à un peu de soleil, invité surprise de la douceur de mars. De la colline où je suis grimpé – le lieu s’appelle « le Peu St Jean », tout un programme ! – j’admire la Charente, ce « fleuve heureux » pour reprendre la formule d’un poète local. En descendant, coupant par le champ fraîchement ensemencé, après avoir traversé la petite route cantonale qui relie Vindelle à Rouhenac, je poursuis mes pérégrinations dans un sillon. Les bottes bruissent de la boue qui colle aux semelles. L’air est bon. La terre sent le réveil. On a envie de fredonner la chanson de Jane Birking : « la gadoue »…
Et puis c’est comme un éclair qui fendrait le ciel en deux : des cris stridents qui font immédiatement lever les yeux en l’air, et dresser les oreilles comme un chien de chasse. Ce sont elles, en forme de « V » presque parfait : les oies sauvages survolent ce paysage, annonciatrices d’un bonheur saisonnier. Bien sûr, et j’allais ajouter hélas, je pense à la « grippe aviaire » et au danger qu’elles sont sensées représenter cette année. Mais je ne peux m’empêcher de chasser cette vilaine idée de mon esprit, quand, le cou cassé en deux, je les regarde passer à la verticale du lieu où j’ai stoppé mes pas gluant dans la boue. Soudain, trois d’entre elles obliquent à 90° et semblent faire demi tour ! Auraient-elles compris que pour certains, elles sont indésirables ? Pendant un court moment je me dis qu’elles vont se poser là, pour faire une halte bien méritée après tous ces kilomètres. Les autres continuent de s’éloigner. Le spectacle est ordinaire, sans doute banale… Mais il m’enchante, comme leur cri qui désormais trouve au loin un écho aussi inattendu que merveilleux : un coucou appelle le retour des migrateurs. Les oies s’éloignent, je ne les entends plus. Sur la route, une automobile s’est arrêté, le conducteur est sorti pour voir passer le cortège.
J’en oublie que mes bottes s’enfonçaient dans la boue charentaise, un effort est nécessaire pour repartir. Le « V » des oies sauvages est celui de la victoire. Les pieds sur terre, et la tête dans le ciel…
Par Fred Sabourin
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Mardi 7 mars 2006
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09:01
Ivresse au port
Sur l’esplanade du port de Barcelone,
Son cri et sa voix résonnent.
J’ai tourné la tête, car je reconnaissais,
Les paroles de l’ivrogne qui gueulait en français.
Il parlait seul certes, mais malgré lui à la cantonade,
Et c’était un spectacle curieux remplissant l’esplanade.
La barbe hirsute, abondante et fort drue,
il se tenait debout, mais il avait trop bu.
Sa chanson recto tono parlait de guerres et d’assauts,
Pour un peu on voyait sortir de lui de sable d’un pays chaud.
Joignant ses lèvres, par moment il sifflait,
D’admiration pour ce qu’il racontait.
Je regardais ce singulier spectacle croquignol,
Et disais en moi même que même en français,
L’ivresse des marins du port est aussi espagnole.
(Espagne, L’Ametlla de Mar, 23 février 2006)
Pour fêter le retour de l'actu sur le blog, un cliché pour les yeux... C'est à Lisbonne, en attendant Barcelone...
Par Fred Sabourin
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Vendredi 10 février 2006
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12:02
et mon œil alors … ?
Ca ressemble un peu à l’histoire de « l’arroseur arrosé ». Dans le cas présent, ça serait plutôt le « photographe photographié ». La scène se passe à Belèm, tout près de Lisbonne. Dans le monastère St Jérôme, un bijoux saisissant de pureté aux proportions architecturales parfaites, des touristes déambulent. Saisi par la beauté du lieu, à couper le souffle, assis sur un banc de pierre du cloître, j’observe, avec mes deux yeux, toutes prunelles dehors, le spectacle édifiant et ubuesque que la technologie ultra-moderne offre à ceux qui veulent bien regarder.
Neuf touristes sur dix possèdent un appareil photos numérique. Parfois, au sein d’un même couple, chacun a le sien en main. Lorsque le visiteur entre dans le cloître, il porte instinctivement l’objet aux 5 millions de pixel devant son visage, stagne quelques secondes, prend le « cliché »… et… s’en va ailleurs ! Incroyable : l’homme moderne est atteint d’une sorte de cécité technologique et numérique : il ne sait pas regarder, admirer avec ses propres yeux ! Il faut qu’il photographie tout ce qu’il découvre… ! Il faut qu’il regarde à travers l’écran numérique les merveilles du monde ! La scène se répète dans l’église abbatiale, où, pris par le jeu de l’observation de mes contemporains, je recommence l’analyse. Idem à la tour de Belèm, face au Tage, face à la mer. Idem dans les ruelles pavées du vieux Lisbonne… Idem partout, toujours : une cohorte de cyclopes numériques, qui n’auront vu la beauté de ces lieux qu’à travers l’écran de leur appareil photos numérique…
Je suis heureux de découvrir ces lieux, simplement armé de mon carnet et d’un stylo. J’ai la chance de ne pas avoir d’appareil photos numérique, ce qui ne manquera pas d’étonner ceux qui en ont, et qui, rendu chez eux devant l’écran de leur ordinateur, verront, avec leurs yeux, un homme en arrière plan des photos prises, qui ne possédait pas le si précieux et indispensable objet technoïde, accessoire indispensable de « l’homo-touristicus-moderne »… J’aimerai partager avec eux mes interrogations : combien de fois, réellement, seront visionnées ces centaines et centaines de photos numériques prises en ces lieux ? L’abondance d’images sera-t-elle source d’émerveillement retourné chez soi ? A quelle angoisse vient répondre se besoin impérieux de « ne rien rater et tout emporter » ?
Quelle est cette « tribu » d’hommes et de femmes si pressés de prendre des photos… sans regarder avant le lieu dans lequel ils se trouvent ? L’évangile disait déjà : ils ont des yeux et ils ne voient pas… Ca n’a sans doute jamais été aussi vrai !
Cette chronique achevée, je fermerai les yeux, à la recherche imaginaire et sensorielle du monastère « Dos Jeronimos » de Belèm… J’y retrouverai cette sensation superbe et magique, sensuelle et visuelle de ce cloître aux dimensions parfaites. J’entendrai la voix des moines me chanter : Ouvre mes yeux, Seigneur…
Par Fred Sabourin
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