Jeudi 20 août 2009 4 20 /08 /2009 13:29
Grotte de Casteret (2800m), massif Gavarnie - Mont Perdu


Le corps encore ensommeillé et endolori des affres du sac à dos hissé la veille peine à se mettre en route. Pour l’instant il ne s’agit que de sortir du duvet froissé, cocon protecteur sous la toile de tente posée là, façon bivouac, sans nulle autre assistance que l’appréciation du lieu et le coup d’œil inquiet à l’horizon de la météo nocturne. Quand enfin l’horizontal rejoint la position verticale, pour cette alliance journalière qui doit nous conduire ailleurs, toujours plus loin et – si possible – plus haut, alors l’œil se met lui aussi à reprendre vie. Et l’esprit !


Vignemale sortant des nuages, depuis le Balaïtous (3144m)

Des ombres et de la lumière jaillissent alors, ou parfois se montrent plus discrètes et inattendues comme au sortir de cette grotte de Casteret derrière la brèche de Roland, dans ce décor fantasmagorique et de science-fiction du côté espagnol. Il nous vient alors d’autres images, lunaires celles-ci. Et ce n’est pas le trépied du Balaïtous qui nous contredira, camarade.


Balaïtous (3144m)

Le soleil a rendez-vous avec la lune, et surtout avec les montagnes et les nuages, haleine d’Hercule sur l’olympe frontalière – nous ne quitterons jamais cette ligne du partage des terres – tantôt épaisse comme l’humide fraîcheur et moiteur qu’elle apporte ; tantôt légère comme une « mousse de rayons » (salut Arthur ! ). Sortir de l’ombre pour entrer dans la lumière, et y rentrer de nouveau. A l’image de l’aube fraîche à quelques mètres maintenant des premières roches de l’Ossau, dans ce fameux virage du col de Suzon, avant d’attaquer l’ultime pente qui fait basculer vers un autre univers…


Col de Suzon (2145m)

Nous ne savons plus si le jour recommence ou si le jour finit, si le crépuscule approche ou si l’aurore va déchirer le ciel, peindre et caresser la roche de sa chaleur nourricière, comme pour un acte charnel d’une matrice régénérante.


Lac d'Aule (2042m)

Nous ne savons plus quelle heure il est, ni quel jour nous sommes. Nous avons l’unique certitude d’être vivant et d’être là, tout juste toléré, comme des mendiants de passages, l’enfer succédant toujours au paradis sur ces pentes (in)hospitalières.

Glacier d'Ossoue, massif du Vignemale (3298m)


Massif Gavarnie - Mont Perdu depuis le refuge de Baysselance


depuis l'abri Michaud, dernière halte avant le Balaïtous


Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /2009 21:17



La fournaise je te dis, la fournaise ! Putaing cong faisait si chaud que de les voir avec des guêtres en laine et des vestes en drap de laine rouges te filait un jus le long de l’échine. Ils sortirent de la messe, au son de la Boun maï et des flûtes à trois trous. Et ils ont dansé sur la place du village, jeunes et vieux se réjouissaient ensemble et sautillaient au son des musiques traditionnelles ossalloises. Cela a bien duré une heure, et le soleil cognait fort sur les bérets marrons, couleur des jours de fête. Nous attendions sous un platane en se demandant comment ils pouvaient tenir.

Enfin, l’apéro semblait vouloir commencer, et le vin blanc de Gascogne, avant qu’il ne chauffe au soleil, tomba dans les verres. Tout le monde se rassembla sous l’ancienne halle. Tout le monde, ce n’est pas tout à fait exact : d’abord les hommes, ensuite les femmes. Ils se sont regroupés en petits cercles et après la première gorgée de blanc sur leurs gosiers secs, ils ont ouvert la bouche d’où sorti le son timbré et guttural des chants béarnais et ossalois. Je mentirais si je disais que la terre se mit à trembler, mais les murs et la voûte des halles oui. Polyphonie du pays, bouches ouvertes, gorges déployées, veines saillantes aux tempes et au cou, les yeux fixés sur le camarade d’en face. Vibrato, vibration, plus on s’approche du cœur de chant plus le cœur de l’homme se met à frissonner. Ni de chaud ni de froid. De chair, d’os et de sang ; de chants et de larmes ; de terres et de cailloux roulants dans les torrents et le gave ; de soleil et de tonnerre ; de laine et de sueur.



Les oreilles au diapason des polyphonies, les yeux encore fixés sur la montagne, là bas, en haut. Là où les bergers veillent, et s’endorment, écrivant en rêve les paroles des chants traditionnels, cœur ancestral des vertes vallées. « Depuis des temps immémoriaux, se canto… ».






Par Fred Sabourin
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Vendredi 31 juillet 2009 5 31 /07 /2009 17:00




Cette fois, ça y est, l'été darde ses rayons d'argent et cogne dur sur une nature ouverte et néanmoins verdoyante...
Souvenez-vous,
ici et comme ce pan de montagne aux allures anodines change de texture ! D'ailleurs, nous allons vérifier quelques jours si l'herbe est bien coupée, les cailloux bien rangés, les sommets bien ordonnés. Quelques nuits avec comme seul toit le ciel pur, se moucher dans les étoiles, goûter la fraîcheur des lacs et torrents tumultueux ou plus calmes, et tout ce que la nature nous réservera de bon, beau et surprenant à la fois... 

A bientôt.   

 

 


Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /2009 18:56


Rose de confusion





Penser à demander s'il existe

Par Fred Sabourin - Publié dans : concept
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Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /2009 17:33


A quelques pas de marche de la cabane du Lac d’Er, après la rencontre du berger, il faut passer un petit col sans nom et sans chemin précis, puis obliquer sur sa droite au nord-ouest pour le Pic d’Aule (2392m). Avant cela, la grande gueule noire de « Jean-Pierre », nom familier de l’Ossau, se découvre à nous, forçant à retirer le béret en signe de respect. Un curieux mage a saupoudré ses flancs de sucre glace, signe qu’il y a quelques heures, au même endroit, l’enfer précédait le paradis.






Du Pic d’Aule, après quelques substances réparatrices, il faut descendre vers le lac du même nom, par le col des Héous, toujours sans chemin précis. C’est une boucle peu empruntée en tout cas l’été, l’hiver les skieurs connaissent probablement mieux ce chemin.

C’est à partir de là que nous les avons vus. D’abord un par un, puis deux par deux, ils semblaient avoir rendez-vous derrière une barre rocheuse vers laquelle nous nous approchions aussi. Leurs ombres marquaient les pentes de noir, défilant au rythme des courants ascendants qui les portent. Un voile de deuil soudain et aussitôt envolé. Parfois, lorsqu’ils passaient près de nous, dans le silence de l’après midi naissant dans la chaleur montante, on percevait le sifflement léger de leurs ailes. Pour que les vautours rappliquent en si grand nombre, ce n’est pas pour participer à un meeting aérien, mais plus sûrement pour becter quelque charogne tombée là peu de temps auparavant. Sans en être certains, nous avions un doute, et ce fut le plus sûr moyen de nous faire dévier de notre ballade initiale, pour « aller voir ».









L’approche doit se faire sur le mode « ruse ». Même affamé et flairant un bon coup, le vautour fauve reste craintif et ne se laisse pas approcher comme une demoiselle naïve. Sans téléobjectif ni appareil photo performant, il nous faut gagner du terrain sans trop se faire voir, ni entendre. Pas si simple, nous sommes à découvert la plupart du temps ! En redescendant un brin, nous les prenons par le dessous d’une petite falaise protégée par un rebond de prairie, permettant à un camarade d’approcher au plus près sans se faire voir. Alors commence un étrange ballet dans le ciel bleu de gloire : une centaine de vautours planent au dessus de nous avant d’aller se poser, pour certains, près d’un endroit précis qui représente un creux dans lequel nous imaginons la présence de la charogne. La tête de l’un d’entre eux est rouge de sang : la bête n’est pas vieille, tout au plus quelques jours. Certains se battent dans d’étranges joutes pour la survie et les meilleurs morceaux.







Nous finissons d’approcher, haletants, déclenchant les derniers envols, jusqu’à découvrir la carcasse d’un cheval mort au fond d’un petit ravin. L’odeur est tenable : il n’est pas mort depuis longtemps. Mais les charognards ont pratiquement terminé le déjeuner.



Les gypaètes  finiront les os et la peau se desséchera bien vite. Le spectacle est saisissant : à peine sommes-nous descendus de quelques mètres que les fauves se posent à nouveau près des restes. L’heure du dîner approche.





Le nôtre est encore loin, et là bas, à l’horizon, « Jean-Pierre » guette avec distance le spectacle habituel d’une nature plus que vive. Le soleil fait fondre le sucre glace, léchant ses flancs escarpés et cisaillés. Le lac d’Aule nous accueille dans son onde tranquille.

Nous reparlerons longtemps de ce ballet noir et fauve des vautours affamés.

Un après-midi parmi d’autres dans les Pyrénées…


Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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