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                                                             ... Fred Sabourin

           

Bloc-notes, photos, articles, chroniques, éditoriaux, poèmes, carnets de voyages, essais...
                             (depuis le 9 février 2006)

 

 

"Fais de l'obstacle la matière même de ton action"

(Marc Aurèle)

     

Jeudi 22 mai 2008



La salle des pas perdus de la gare Saint-Lazare est en travaux. Pas perdu pour tout le monde, en voyant les murs soudainement mis à nu, en attendant le rafraîchissement de rigueur, et une galerie commerciale avec des boutiques de fringues, dévédés et èmepé trois, produits de luxe et parfumeries, fleurs bon marché et bouffes en tous genres (y compris bio). C’est la mode, ces salles des pas perdues modernes, clinquantes, identiques dans toutes les gares, toutes les villes, standardisation visuelle, et mimétisme petit bourgeois fauché ou nouveau riche au luxe ostentatoire, qui doit dépenser son pouvoir d’achat, car tel est le bonheur de la vie.

En attendant, on a la possibilité, tel un archéologue, de voir « ce qu’il y avait avant » la précédente déco, standardisée elle aussi mais moins mercantile. Une gare ne servait, jusqu’ici, qu’à faire attendre des gens sur des quais, courir des retardataires dans des salles de pas perdus, démarrer des histoires d’amour, en terminer d’autres, acheter un sandouiche mou datant d’hier et un journal frais du jour. Aujourd’hui, dans une gare, tu peux acheter (liste non exhaustive) : une baguette de pain chez monsieur Paul à 1,20€, de l’eau à 5€ le litre, un petit « top » de chez Zara ou du parfum Chanel. Eventuellement un billet de train. Pratique, non ?




Mais voici une affiche, dont l’outrage des ans, et l’oubli surtout, vante les charmes de la Bretagne "pittoresque", Camaret exactement (le reste est illisible). Ca ne manque pas de charme en effet : la gare Saint-Lazare envoie vers la Normandie, la Haute et la Basse, point vers la Bretagne… Jadis, déjà, la concurrence faisait rage dans le monde moderne de l’époque – devenu par la force des choses post-moderne – et il fallait attirer le chaland jusque dans les gares voisines et néanmoins ennemies. Cette affiche – mais pour combien de temps encore ? – est un vestige du temps qui passe. Délicieusement désuète, elle signe la mort d’une gare, et la naissance d’une autre, sans grâce ni personnalité. Seule résistera, peut-être, sa physionomie extérieure, elle aussi en danger d’un promoteur et d’un architecte de cour aux yeux qui brillent et à l’argent frais.

Brel chantait, sur un air d’accordéon délirant : t’as voulu voir Paris et on a vu Paris (…) t’as voulu voir Hortense elle était dans l’Cantal ; Je voulais voir Byzance et on a vu Pigalle, à la gare Saint-Lazare j’ai vu les fleurs du mal, par hasard.
Je m’casse, mon train arrive : un vieux Corail poussif à l’ancienne est annoncé voie 27. Il ne va pas en Bretagne, mais en terres normandes. Pas mal non plus. Ni bouffe, ni dévédé, ni produits inutiles dans ma musette : juste un livre. Acheté d’occaze aux puces. Et toc !
La gare se meurt mais ne se rend pas.

par Fred Sabourin publié dans : voyage, voyage...
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Samedi 17 mai 2008





Des vedettes, des paillettes, une Croisette, des photos, des tapis rouges, une plage, des starlettes, des cris, des rires et des larmes. Des photographes, des smoking, des robes échancrées, des hauts talons, des palmes (l’or leur va si bien), des hôtels, des bateaux, des vedettes, et surtout des stars. Des films, des longs, des moyens, des courts, des ratés, des bien faits, des inconnus, des oubliés, des acteurs, des réalisateurs, des vedettes, des femmes, des enfants, des fauteuils, un rideau, un écran : blanc.
Des marches : à monter, jamais à descendre, le noir qui se fait, la magie d’un faisceau de lumière qui scie en deux l’épais rideau de nuit, et le rêve vient au jour.
Des vedettes, des paillettes, une Croisette, et des stars, surtout des stars. Le cinéma est à Cannes.




par Fred Sabourin publié dans : chronique cinéma
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Jeudi 15 mai 2008
                                                      Si j’étais peintre



     Jadis, l’homme posait son chevalet et se coiffait d’un chapeau, canotier ou un quelconque galure lui donnant un air de circonstance. Cela prenait du temps, l’installation de la table de l’artiste. De longues heures d’observation ne suffisaient pas, il fallait aimer l’endroit, imaginer, caresser doucement le paysage avec le fil du pinceau, imaginaire lui aussi.


Goûter l’harmonie, comme l’aurait fait un musicien accordant son instrument. De vent, de cordes, de cuivre, de bois chaud dont la rondeur des notes réchauffait le cœur.
Etre là, rester sans attendre autre chose qu’émerge de la terre nourricière un instant choisi, volé au sens propre du terme, à peine achevé qu’il faille le fixer sur une toile.
Au fond, le bruit des grillons qui annoncent déjà l’été. Un murmure d’eau vive – l’Ouvèze est là, toute proche – qui appelle à entrer dans cette onde pure, matrice où tout se régénère.

Une nouvelle fois, comme autrefois, l’homme, caressant le bord de son chapeau, réfléchit et changea le chevalet de place. Il n’en croyait pas ses yeux. La Toscane semblait si proche – lui qui ne l’avait que furtivement traversée – et pourtant, ce n’était pas encore cela. Les prémices et l’esprit d’un lieu s’offraient simplement là.

« Si j’étais peintre », pensa l’homme en appuyant sur le déclencheur…



 
... Toscane ? non...
Ardèche.

par Fred Sabourin publié dans : émerveillement
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Samedi 10 mai 2008
                                                         Le temps qui reste




Combien de temps...
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures, combien ?
Quand j'y pense, mon coeur bat si fort...
Mon pays c'est la vie.
Combien de temps...
Combien ?

Je l'aime tant, le temps qui reste...
Je veux rire, courir, pleurer, parler,
Et voir, et croire
Et boire, danser,
Crier, manger, nager, bondir, désobéir
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Voler, chanter, parti, repartir
Souffrir, aimer
Je l'aime tant le temps qui reste

Je ne sais plus où je suis né, ni quand
Je sais qu'il n'y a pas longtemps...
Et que mon pays c'est la vie
Je sais aussi que mon père disait :
Le temps c'est comme ton pain...
Gardes-en pour demain...

J'ai encore du pain
Encore du temps, mais combien ?
Je veux jouer encore...
Je veux rire des montagnes de rires,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin
De Bordeaux et d'Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Je veux chanter
Je veux parler jusqu'à la fin de ma voix...
Je l'aime tant le temps qui reste...

Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je veux des histoires, des voyages...
J'ai tant de gens à voir, tant d'images..
Des enfants, des femmes, des grands hommes,
Des petits hommes, des marrants, des tristes,
Des très intelligents et des cons,
C'est drôle, les cons ça repose,
C'est comme le feuillage au milieu des roses...

Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je m'en fous mon amour...
Quand l'orchestre s'arrêtera, je danserai encore...
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul...
Quand le temps s'arrêtera..
Je t'aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment...
Mais je t'aimerai encore...
D'accord ?

Jean-Lou Dabadie ; Serge Reggiani


par Fred Sabourin publié dans : poésie
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Vendredi 9 mai 2008


Deux jours à tuer - Albert Dupontel


     Il existe des principes et des postulats qui ne souffrent généralement d’aucune contestation. Loin de moi l’idée de faire à la Prévert un inventaire. Il en est un qui dépasse à priori beaucoup d’autres : les fils sont fait pour survivre à leurs pères. C’est du moins ce que la loi mathématique de la vie voudrait.
Antoine, jeune quadra comblé, publicitaire fortuné, belle voiture, jolie femme, deux beaux enfants, maison où rien ne manque dans les Yvelines, saborde un jour une réunion où il s’agit de vanter les vertus d’un yaourt pour un important client. Pour toute explication, il annonce qu’il va partir et revend ses parts. Rentré chez lui, une scène l’oppose à sa femme : une « bonne copine » l’a vu dans un bistrot main dans la main avec une autre femme. Tout s’enchaîne, Antoine saborde l’anniversaire préparé par ses enfants, puis celui préparé par sa femme (une surprise avec ses amis qui finit en pugila). Antoine saborde le navire, passe tout par dessus bord, prend sa bagnole, et embarque à Cherbourg pour l’Irlande… où il retrouve son père, reclus depuis trente ans avec la pêche à la mouche pour seule compagnie.
Antoine est malade. Antoine va mourir. Mais il n’avait pas le courage de l’annoncer à sa famille et à ses proches.

Porté par les seules épaules de Albert Dupontel, avec quelques apparitions lumineuses de Marie-Josée Croze, Deux jours à tuer peut agacer par ses allures très « petite bourgeoise française » : en démolissant le modèle en question avec les mêmes codes qui d’ordinaire le construisent, Becker scie la branche sur laquelle il est assis. D’autres auraient sans doute été plus piquants et incisifs, et on pense notamment à Chabrol pour ne citer que lui. Néanmoins, Jean Becker, qui nous avait gratifié ces dernières années de films nostalgiques d’un âge d’or disparu sans avoir vraiment existé, avec Les Enfants du marais et Dialogue avec mon jardinier, prouve là qu’il sait aussi faire du grave sans trop de pathos. Il faut voir – et entendre – Dupontel déclamer de la prose taillée pour lui, mais néanmoins véridique en cela qu’elle dénonce le manque d’écoute et de dialogue vrai entre les gens. La vraie écoute, celle qui découle ensuite sur une vraie compassion.

Le générique de fin vaut à lui seul qu’on mette une heure trente (à tuer ?) pour ce film. Une chanson de Jean-Lou Dabadi interprétée par Serge Reggiani à la toute fin de sa vie (en 2002 exactement), « le temps qui reste », illustre à merveille le propos, et, franchement, tire une émotion non feinte chez le spectateur, en tout cas chez celui qui écrit cette critique.
Deux jours à tuer, de Jean Becker. Normalement pour vivre en fils il faut tuer le père, mais si il vient à partir avant, alors…
« Je m'en fous mon amour...
Quand l'orchestre s'arrêtera, je danserai encore...
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul...
Quand le temps s'arrêtera..
Je t'aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment...
Mais je t'aimerai encore...
D'accord ? »

Deux jours à tuer - Albert Dupontel et Marie-Josée Croze
par Fred Sabourin publié dans : chronique cinéma
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