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                                                             ... Fred Sabourin

           

Bloc-notes, photos, articles, chroniques, éditoriaux, poèmes, carnets de voyages, essais...
                             (depuis le 9 février 2006)

 

 

"Fais de l'obstacle la matière même de ton action"

(Marc Aurèle)

     

Jeudi 6 novembre 2008

Novembre… Mois détesté par beaucoup. Nous ne pouvons pourtant pas le rayer du calendrier. Le jour baisse, les feuilles aussi, tant et si bien qu’elles choient sur le sol humide et détrempé du week-end. Elles meurent, en silence.
Notez bien que ces clichés ont été réalisés le 5 du mois et non le 1er (comme annoncé au début de ce projet ici et ), et en fin d’après midi, in extremis, avant que la lumière ne soit trop insuffisante pour être exploitable.
Rendez-vous le 1er décembre, promis.



par Fred Sabourin publié dans : concept
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Mercredi 5 novembre 2008




Le 44è Président des Etats-Unis d’Amérique est donc Barack Hussein Obama, né de père kényan et de mère américaine. La Maison Blanche se colore. L’espoir est immense. Les défis encore plus importants. « Oui, nous pouvons » va vite se transformer en « oui, nous devons ».

Ce matin, à 5h15, dans le métro D qui file sous les rues de la capitale des Gaules, la rame est très colorée. Comme tous les matins, noirs, arabes, antillais, portugais, arméniens, affalés sur les sièges kakis du métro orange crasseux. Vestes fluos ou bleues des uniformes d’entreprises de nettoyage. Pas de cols blancs, ou seulement à « Saxe Gambetta », mais c’est normal :  il y a une correspondance pour « Part Dieu », TGV pour Paris, cadres à roulettes et valises bourrées d’ordinateurs, direction  réunions reporting et managériales. Mais dans un coin, un Africain, grosse doudoune sur le dos, bonnet vissé sur le crâne. Petites lunettes de vue. Dans ses mains : une bible de poche, dans un marocain de cuir noir à fermeture éclair. Il est concentré, je l’observe le plus discrètement possible. Ses lèvres bougent légèrement, il « mâche » la parole de Dieu, silencieusement. Il pose la bible sur ses genoux. C’est le « Livre des Chroniques ».

Bellecourt, tout le monde se lève, correspondances. Savent-ils qu’Obama vient d’être élu Président des Etats-Unis ? La nouvelle est officielle depuis 5h du matin heure française, information CNN. Un noir (métisse) à la Maison Blanche. Les travailleurs du petit matin sont toujours les mêmes. Mais leur espoir vient des profondeurs de la terre.

Yes, wa can. Yes we need.
Just do it !

par Fred Sabourin publié dans : actu
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Vendredi 31 octobre 2008

                                                La Vie moderne

Ad Vitam

de Raymond Depardon. Film documentaire. France, 2008. 70 copies ; 90 mn. Distributeur : Ad Vitam.

Les semaines se suivent mais les sorties au cinéma ne se ressemblent pas. Après Jacques Mesrine, nous changeons radicalement de genre, avec ce troisième et dernier volet de « La Vie paysanne », après « L’Approche » et « le Quotidien » de ces paysans des terres rudes du Massif Central.
Raymond Depardon n’est pas seulement un observateur fin et avisé de ses contemporains. Il ne suffit pas de débouler au bout des routes, dans ces fermes reculées « à mille milles de toute terre habité », de planter la caméra et d’attendre que les gens se livrent. Au pays des « taiseux », il faut gagner la confiance, et respecter les silences.
Car ceux-ci sont aussi beaux que les dialogues. Les visages, entre deux phrases souvent ponctuées de borborygmes ou de réponses courtes (« oui ; non ; mouais »), parlent d’eux mêmes.
« Au commencement, il y a ces routes », dit le génial réalisateur de cette « Vie moderne ». Des routes qu’il faut parcourir avec patience, pour rencontrer l’homme, qui se fond peu à peu dans le décor. Ici, le paysage est un personnage à part entière.
Depardon retourne donc voir, avec son bon sens paysan, Marcel et Raymond Privat, deux frères de 88 et 83 ans, qui peinent à s’occuper de leurs vaches et brebis.
Leur neveu s’est marié avec une femme venue du Nord. La cohabitation est fraîche.
Paul Argaud, solitaire, taciturne, peu bavard, regarde distraitement les obsèques de l’Abbé Pierre à la télévision… en noir et blanc.
Marcel et Germaine, 80 et 70 ans, peinent à s’occuper de leurs deux vaches. Bientôt, ils s’en sépareront.
Et puis il y a « les jeunes », ceux qui veulent encore y croire, malgré tout. Michel et Amandine, qui tentèrent de démarrer un élevage de chèvres. Peine perdue, ils doivent renoncer.
Puis, comme sur la pointe des pieds, Raymond Depardon repart, sous la lumière d’automne, superbe. L’homme s’efface peu à peu dans le paysage, comme absorbé par lui. Que vont-ils devenir ces hommes, ces paysans, ces terres ? Abandonnés ? Confiées à des paysans – paysagistes subventionnés par les crédits européens ? Zones protégées pour « tourisme vert » ? Nul ne sait, à l’heure actuelle, la forme que prendront ces terres rudes.
Une seule chose est sûre : dans La Vie moderne, nous assistons bien à la fin d’un monde, et pas encore le début d’un autre.
Mais, loin d’être triste, on en ressort paisible, riche de rencontres qui marqueront à jamais le spectateur, pour la bonne raison que Raymond Depardon agit dans ce documentaire à la manière d’un impressionniste : il capte la lumière, la beauté, la rudesse et la puissance des caractères humains.
Tout le reste est silence…

Ad Vitam


Ad Vitam

par Fred Sabourin publié dans : chronique cinéma
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Mardi 28 octobre 2008


     Le gilet jaune est obligatoire dans les voitures depuis un mois. Le triangle rouge aussi. Depuis, ça ne vous aura pas échappé, les gilets jaunes fluo (ou oranges, ça marche aussi) ornent les sièges avant des automobiles des Français. Obligatoire rime donc avec ridicule, puisqu’il s’agit de les avoir à porter de main, pas sur le dos. A croire que cet objet – que les psychanalystes qualifieraient de transitionnel – manquait aux conducteurs, depuis la ringardisation, cruelle, de la moumoute sur le volant et les housses de siège en tigre de votre bonne vieille R12 des années 70. On ne compte plus, donc, ces Français devenus très respectueux de la règle, au point de décorer l’intérieur velours de leur 405 ou Clio, plus rarement les grosses berlines allemandes intérieur cuir… étrange, non ?
Ce que nous savions moins, c’est que le gilet jaune, officiellement porté pour être vu de nuit c’est-à-dire lorsqu’il ne fait plus jour, se portait aussi en plein après-midi, dans une rue résidentielle, pour changer une roue… Faut-il que la France s’emmerde en ce moment pour se vêtir d’un tel truc !
La question reste ouverte : peut-on rouler bourré ou au dessus de la limite de vitesse si on arbore un gilet jaune sur le siège passager ?



Heureusement, la moisson du we ne s’arrêta pas à ce ridicule événement, et ce sont quelques grands ados qui soignent leur obésité future sur un banc public de la place des Célestins à Lyon, un dimanche midi. Nous sommes loin des volailles – haricots verts de chez mémé. Regardez bien la photo, il s’y passe d’ailleurs beaucoup de choses, sur les ailes, y compris dans les arrières plans !
Du bio, du bon, du Mac Do !





Pendant ce temps-là, le chameau aboie, et la caravane passe…


par Fred Sabourin publié dans : quelle époque !
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Jeudi 23 octobre 2008

Pathé Distribution


         Etrange coïncidence :
l’ennemi public numéro un sur les écrans de France le jour où l’amie publique numéro une, Sœur Emmanuelle, entre dans l’éternité. Deux voyous, à leur manière. Se retrouveront-ils en paradis ? Rien n’est moins sûr. Car si l’une a cherché à faire le bien autour d’elle, l’autre a souvent commis le mal, dans une fuite en avant dont il savait la fin à l’avance. Peut-on comparer les deux ? Au sens propre non. Et pourtant, ils ont été, dans leur genre, des agitateurs publics. Ils portent en eux, comme chaque être humain, les racines du bien et du mal. Sœur Emmanuelle n’a jamais caché ses positions dans un franc parlé qu’elle laissait fuser avec cette voix perchée et ce rire malicieux. Ainsi, elle disait à qui voulait l’entendre ce qu’elle pensait sur : les pauvres, les riches, l’amour, les prêtres mariés, l’Eglise, la contraception, la mission, la bourgeoisie qui l’avait élevée. La phrase qu’elle supportait le moins, lorsqu’elle était enfant : « cela ne se fait pas ». Elle aura – presque – tout fait.
Mesrine n’a jamais caché que les obligations, l’Etat, la vie rangée, ne l’intéressaient pas. Il se demandait comment un Français moyen pouvait vivre avec 2500 francs par mois. Le fric, les filles, la grande vie, le crime et bien d’autres crapuleries : ils les assumaient, et connaissaient la fin d’une vie de mise en scène dont il fut bien souvent le propre producteur.
Etonnant entrechoc des évènements. Ils ont même en commun d’avoir enregistré un message posthume à diffuser après leur départ !

Ce mercredi, sur les écrans de France, le film de Jean-François Richet, avec Vincent Cassel dans une interprétation magistrale. Mesrine fut traqué par la police, puis par l’Etat tout entier lui-même. Si le Président Giscard avait pu s’y mettre aussi, il aurait dégainé.
Au même moment, à Notre-Dame de Paris, un parterre prestigieux assistait à une messe de requiem pour celle qui avait consacré sa vie à l’amour, aux autres, jusqu’aux tréfonds des plus miséreux. Sous les voûtes sacrées, des hommes d’Etat, des femmes d’Etat. Des cardinaux. Des religieuses. Le Président, en personne.
Quel signe doit-on y voir ? J’ai envie de répondre : Dieu seul le sait, ou l’ignore encore... Car si on ne peut guère avoir de doutes sur l’avenir éternel et paradisiaque de « la petite sœur de tous », tout un chacun peut se poser des questions sur l’endroit où repose réellement Jacques Mesrine.
Il paraît que la miséricorde de Dieu est plus forte que tout. Qu’en est-il pour les voyous ? La réponse est sans doute un peu sur l’écran, un peu dans un petit cimetière du Var… 





par Fred Sabourin publié dans : édito
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