Mardi 16 décembre 2008
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Aujourd’hui, en voiture, le champ des libertés s’est considérablement réduit. Vous ne pouvez plus, par exemple :
rouler sans ceinture, téléphoner, manger un sandwich, dépasser la ligne jaune (elle est blanche), essayer de corrompre un gendarme (risque de garde à vue pour outrage), sortir sans gilet (jaune ou
orange c’est selon les goûts), dépasser la vitesse autorisée, compter les Deux-chevaux vertes (il n’en existe quasiment plus), lire une carte en conduisant, lire tout court, rentrer chez soi après
un dîner arrosé, insulter le con de … (remplacer par le numéro du département voisin) à cause de la « courtoisie au volant », etc.
Bientôt, pour des raisons de sécurité, vous ne pourrez plus :
mettre votre doigt dans le nez (on ne tient plus le volant que d’une main), farfouiller dans la boîte à gant pour trouver un CD, boire un coup de flotte, régler votre rétro (cf grattage de nez, on
ne tient plus le volant que d’une main), fumer une clope (et chercher au milieu des CD dans le vide-poches le briquet), téléphoner avec un kit « main libre » (mains qui tiennent du coup
le volant !) etc.
Vous pouvez en revanche : vous faire flasher et recevoir des photos.
A priori vous pouvez encore : prendre des photos vous même, sur une belle route d’hiver enneigée, au soleil couchant.
Je le concède, ce n’est sans doute pas la meilleur façon de conduire.
Mais c’est trop beau.
F…c the police !
Par Fred Sabourin
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Samedi 15 novembre 2008
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09:00
« on y danse on y danse, sous le pont d’Avignon, on y
danse tous en rond… »
Non, pas de faute de frappe, selon toute vraisemblance c’est en effet la
version originel et originale de cette ritournelle d’enfance, voire au-delà pour certains qui se sont évertué à pousser la chansonnette à cloche pied dimanche dernier sur le sus nommé pont cassé
en deux.
Elle date du XVè siècle, cette petite chanson que vous aurez donc dans la tête sitôt la page de ce blog refermée. Bâtit au Moyen Age sous l’influence d’un petit berger ardéchois (et toc !)
« le pâtre Bénézet » qui lui donna son premier nom officiel. Seul pont de pierre entre Lyon et la Méditerranée à l’époque, il fut maintes fois emporté par les crues du Rhône, fleuve
tumultueux et capricieux désormais dompté par vingt-deux barrages. Il fit néanmoins la fortune et la puissance de la cité des Papes, sous la suzeraineté lointaine des comtes de Toulouse.
L’origine exacte de la ritournelle est peu certaine. Peut-être date-t-elle du XIXè siècle, lorsque les guinguettes faisaient le plein chaque dimanche, d’où « sous le pont » et pas
« sur » (difficile de danser vu son étroitesse). Adolphe Adam l'intègre dans son opérette à la fin du siècle, assurant à la comptine un succès mondial.
Alors nous sommes allés voir sur place. Sur, sous et au bout du pont, c’est toujours le même refrain finalement : il n’y a que le premier pas qui coûte…
Par Fred Sabourin
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Lundi 15 septembre 2008
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08:00
Le plus jeune dit à son père : « achète-moi un polo rayé ». Le second, jumeau du premier, en demanda un aussi. Puis l’aîné poursuivi la mode, avec capuche (genre
racaille de la banlieue ouest de Paris).
Vint le tour des frocs. L’été, il se font courts – même en Bretagne – à carreaux ou à fleurs, peu importe, il faut que la nippe plaise, et laisse apparaître le galbe du mollet, et les espadrilles
portées en savates. Ce qui, chez les Basques, est une faute de goût inconcevable : l’espadrille doit être enfilée entière, sinon rien. A bien y regarder, ils ont une bonne trogne de Breton.
Du coup, on pardonne l’hérésie basque…
Le père, quant à lui, trône fièrement dans son costume de plage bc-bg des vacances, mocassins souples en plus. C’est l’homme, le géniteur, le chef de famille au brushing impeccable. Dans sa
poche, il fait tourner fièrement la clé du monospace.
Tout ce beau monde était tellement absorbé par un spectacle niais donné près de la terrasse d’un embarcadère, qu’il aurait pu rater le bateau.
Une chose est certaine : le facteur n’a rien à voir là dedans.
Par Fred Sabourin
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Lundi 25 août 2008
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21:33
Phare des Poulains. Belle-Ile en
mer.
C’est un peu comme retrouver un visage aperçu trop brièvement au cours d’une vie. On se souvenait de la voix, mais les détails s’étaient effacés, seuls demeuraient les mots essentiels.
Mieux : l’idée. « C’était dans un autre livre, il y avait des photos, je ne sais plus… Ca parlait de Doisneau et Cendrars, une rencontre entre ces deux personnalités, il y avait de
belles photos en noir et blanc et des extraits de l’écrivain… »
Rouge de confusion devant le libraire, la scène a été répétée puis finalement on s’est tu. Gardé pour soi la honte de ne pas avoir écrit sur le moment la citation perdue.
Presque oublié, le voilà qui surgit tel un rocher inattendu, une saillie littéraire revenue du diable vauvert. Page 105. Cette fois-ci c’est certain : même le numéro de la page restera dans
le souvenir. Pourtant, il s’en est fallu de peu. Pas de rendez-vous fixé avec ce livre, juste la découverte d’une librairie – pardon : un « lieu littéraire » - aux dires de la libraire elle-même, fière d’en rajouter devant ce qu’elle a sans doute pris pour un bo-bo. Erreur. Je tenais L’Homme foudroyé
de Blaise Cendrars en édition poche daté 1965, pour une ridicule pincée d’euros. Les livres de poche des années soixante sentent bon le vieux livre, la tranche est rouge (souvent), et il n’y a
pas de quatrième de couverture, stratégie commerciale pour faire acheter (ou rejeter) un livre. Le nom de l’auteur et le titre doit suffire.
Puis vint la lecture, avide. Une histoire de légionnaires d’abord, puis Marseille, les calanques, un lieu pour écrire. Cendrars n’en couchera que trois lignes, dit-il. Et voici
pourquoi :
« Un écrivain ne doit jamais s’installer devant un panorama, aussi grandiose soit-il. J’avais oublié cette règle. Comme Saint Jérôme, un écrivain doit travailler dans sa cellule. Tourner
le dos. On a une page blanche à noircir. Ecrire est une vue de l’esprit. C’est un travail ingrat qui mène à la solitude. On apprend cela à ses dépens et aujourd’hui je le remarque. Aujourd’hui je n’ai que faire d’un paysage, j’en ai trop vu ! « Le monde est ma représentation ». L’humanité
vit dans la fiction. C’est pourquoi un conquérant veut toujours transformer le monde à son image ».
Voici donc, comme le temps, l’extrait retrouvé. Il ne sera désormais plus perdu. Et il accompagnera, digne, les paysages auxquels il serait pourtant dommage de tourner le dos.
Avant d’écrire, cela s’entend.
Par Fred Sabourin
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Dimanche 10 août 2008
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/2008
14:00
Trente-cinq jours sans voir la terre
Pull rayé, mal rasé
On vient de débarquer (cargo de suie)
Trente-cinq jours de galère
Et deux nuits pour se vider
(la nuit, te suis, change de port, cargo de nuit)
J'avance sur ce quai humide
La sueur brûle comme l'acide
L'enfer va commencer (cargo de nuit)
Bière chaude et narguilé
Chez Mario, tout oublier (la nuit te nuit, change de port)
Mais cette machine dans ma tête
Machine sourde et tempête
Mais cette machine dans ma tête
Leitmotiv, nuit secrète
Tatoue mon âme à mon dégoût
(Cargo de nuit)
Lanterne rouge : je guette l'entrée
L'alcool est mon allié
L'amour, il faut payer (cargo d'ennui)
Virée grasse, elle m'entraîne
Vers l'angoisse et la rengaine
(la nuit, d'ennui, change de port)
Mais cette machine dans ma tête
Machine sourde et tempête
Mais cette machine dans ma tête
Leitmotiv, nuit secrète
Tatoue mon âme à mon dégoût
J'ai voulu tout chaviré
Mon espoir s'est échoué
J'en ai marre de ramer
La détresse polluée
L'océan de mes pensées
Et cette machine dans ma tête
Machine sourde et tempête
Et cette machine dans ma tête
Leitmotiv, nuit secrète
Tatoue mon âme à mon dégoût
(cargo de nuit, la nuit, cargo de nuit...)
Axel Bauer
Par Fred Sabourin
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