poésie

Dimanche 1 juin 2008 7 01 /06 /2008 19:00



Bien sûr ce n’est pas la Seine
Ce n’est pas le bois de Vincennes
Mais c’est bien joli tout de même
Göttingen, Göttingen.
Pas de quais et pas de rengaine
Qui se lamentent et qui se traînent
Mais l’amour y fleurit quand même
A Göttingen, à Göttingen.
Ils savent mieux que nous je pense
L’histoire de nos rois de France
Herman, Peter, Elga et Hans
A Göttingen
Et que personne ne s’offense
Si les contes de notre enfance
« Il était une fois » commencent
A Göttingen, à Göttingen.

Bien sûr nous nous avons la Seine
Et puis notre bois de Vincennes
Mais Dieu que les roses sont belles
A Göttingen, à Göttingen
Nous, nous avons nos matins blêmes
Et l’aube grise de Verlaine
Eux, c’est la mélancolie même
A Göttingen, à Göttingen.
Quand ils ne savent rien nous dire
Ils restent là à nous sourire
Mais nous les comprenons quand même
Les enfants blonds de Göttingen
Et tant pis pour ceux qui s’étonnent
Et que les autres me pardonnent
Mais les enfants ce sont les mêmes
A Paris ou à Göttingen
Faites que jamais ne revienne
Le temps du sang et de la haine
Car il y a des gens que j’aime
A Göttingen, à Göttingen.

Et lorsque sonnerait l’alarme
S’il fallait reprendre les armes
Mon cœur verserait une larme
Pour Göttingen, pour Göttingen.

Barbara


Par Fred Sabourin - Publié dans : poésie
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Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /2008 17:00
                                                         Le temps qui reste




Combien de temps...
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures, combien ?
Quand j'y pense, mon coeur bat si fort...
Mon pays c'est la vie.
Combien de temps...
Combien ?

Je l'aime tant, le temps qui reste...
Je veux rire, courir, pleurer, parler,
Et voir, et croire
Et boire, danser,
Crier, manger, nager, bondir, désobéir
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Voler, chanter, parti, repartir
Souffrir, aimer
Je l'aime tant le temps qui reste

Je ne sais plus où je suis né, ni quand
Je sais qu'il n'y a pas longtemps...
Et que mon pays c'est la vie
Je sais aussi que mon père disait :
Le temps c'est comme ton pain...
Gardes-en pour demain...

J'ai encore du pain
Encore du temps, mais combien ?
Je veux jouer encore...
Je veux rire des montagnes de rires,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin
De Bordeaux et d'Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Je veux chanter
Je veux parler jusqu'à la fin de ma voix...
Je l'aime tant le temps qui reste...

Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je veux des histoires, des voyages...
J'ai tant de gens à voir, tant d'images..
Des enfants, des femmes, des grands hommes,
Des petits hommes, des marrants, des tristes,
Des très intelligents et des cons,
C'est drôle, les cons ça repose,
C'est comme le feuillage au milieu des roses...

Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je m'en fous mon amour...
Quand l'orchestre s'arrêtera, je danserai encore...
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul...
Quand le temps s'arrêtera..
Je t'aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment...
Mais je t'aimerai encore...
D'accord ?

Jean-Lou Dabadie ; Serge Reggiani


Par Fred Sabourin - Publié dans : poésie
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Mardi 22 avril 2008 2 22 /04 /2008 21:33

 


« Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.
Il faut pouvoir penser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres graves et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyages qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles, - et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.



Il faut se souvenir de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient.
Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit pas d’avoir des souvenirs.
Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience qu’il reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela.



Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom, et qu’ils ne se distinguent plus de nous, c’est alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers ».

Rainer Maria Rilke.

 

 

 "Le Peu Saint-Jean", Coursac, Charente.

Par Fred Sabourin - Publié dans : poésie
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Mercredi 16 avril 2008 3 16 /04 /2008 21:08

                      le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt




« Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées… »


(Victor Hugo, Les Contemplations, Livre quatrième, XIV)






« Tes yeux sont si profonds qu’en m’y penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire

A l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L’été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés

Les verts chassent en vain les chagrins de l’azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure
(…)



Il advint qu’un beau soir l’univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au dessus de la mer
Les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa »

(Louis Aragon ; Ce que dit Elsa)


 Photo Marc Lucas




à suivre…

Par Fred Sabourin - Publié dans : poésie
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Samedi 8 mars 2008 6 08 /03 /2008 12:01

Je suis allé me poser le cul sur une chaise, contre la vitre du bar… 
(Blaise Cendrars) 

      Chose promise, chose due : voici un petit florilège de quelques rimes & proses pour respirer un peu l’air des poètes, qui, comme le disait Baudelaire, sont « exilés sur le sol au milieu des hués ; leurs ailes de géant les empêchent de marcher ».

Que ton poème soit dans les lieux sans amour,
Où on trime, où on saigne, où on crève de froid.
Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds
Un café noir au point du jour
Un ami rencontré sur le chemin de croix

Aragon, Ce que dit Elsa

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                                         Complet blanc



Je me promène sur le pont dans mon complet blanc acheté à Dakar.
Aux pieds j’ai mes espadrilles achetées à Villa Garcia.
Je tiens à la main mon bonnet basque rapporté de Biarritz.
Mes poches sont pleines de Caporal Ordinaire.
De temps en temps je flaire mon étui en bois de Russie.
Je fais sonner des sous dans ma poche et une livre sterling en or.
J’ai mon gros mouchoir calabrais et des allumettes de cire, de ces grosses que l’on ne trouve qu’à Londres.
Je suis propre, lavé, frotté  plus que le pont.
Heureux comme un roi
Riche comme un milliardaire
Libre comme un homme. 

Blaise Cendrars, Feuilles de route, I : le Formose. 1924. 



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                                            L’albatros

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage
Le navire glissant sur des gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle gueule,
L’autre mime en boitant l’infirme qui volait !

Le poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Charles Baudelaire




Par Fred Sabourin - Publié dans : poésie
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