quelle époque !

Mercredi 21 septembre 2011 3 21 /09 /Sep /2011 08:58

 

 

 

Dimanche soir, j’ai préféré Camille Claudel, film de Bruno Nuytten, à la confession publique de DSK chez Claire Chazal. Aucun regret d’avoir sans doute fait partie des 2% d’audience de la chaîne franco-allemande que tout le monde déclare regarder mais dont les chiffres d’audimats avoisinent ceux d’Arlette Laguiller à une présidentielle. Dans les deux cas, c’était une soirée où on flirtait avec la folie.
Celle de DSK, le séducteur le plus rapide et le plus persuasif de la planète, qui réussit à emballer - sans forcer ni violer - une femme de chambre jamais vue auparavant, en neuf minutes chrono. Séduction à la française, en leçon (très) accélérée. Attention, ne vous y méprenez pas : ce n’était ni tarifé, ni forcé, ni agressif, jure l’intéressé. Le tout, rappelons-le à l’envie, en trois fois ce qu’il faut de temps pour faire cuire un œuf à la coque. Pas mal. Au bénéfice du doute, violé lui aussi, il avait pris sa douche avant. Il a gagné du temps sur l’après. Bref, passons la camisole et allons voir ailleurs si on y est. Il n’y a que les treize millions de gogos téléspectateurs pour s’y laisser prendre. Et Martin Bouygues, ami du puissant de la République irréprochable, pour se frotter les mains.

Justement sur Arte, on se frottait les mains aussi, sur de la glaise ou du marbre sculpté. L’histoire de Camille Claudel, élève puis maîtresse, puis muse d’Auguste Rodin, avant d’être délaissée par ce dernier et finir sa vie dans la misère, l’abandon, l’internement. D’abord ignorée, puis admirée, elle fut salement lâchée par le maître, incapable de choisir entre sa femme – d’une jalousie assez démonstratrice – et celle dont le talent surpassait le sien finalement. Ce dernier feignait de ne pas s’en apercevoir, quand tout le monde le murmurait derrière les rideaux. D’elle, on peut désormais admirer une cinquantaine de sculptures au musée Rodin.
De 1889 à 1913, elle a vécu quai de Bourbon sur l’Ile Saint-Louis, un endroit aujourd’hui inaccessible aux pauvres, ayant quitté Rodin dont elle n’en finissait pas d’être considérée comme son élève. Néanmoins, elle fit bien, ces années seront les plus prolifiques de son art, mais elle ne reçu aucune commande. Vivant misérablement, elle sera internée dix jours après la mort de son père – nouvelle qu’elle n’apprendra qu’après – à Ville-Evrard, puis à Montfavet dans le Vaucluse suite à la réquisition des hôpitaux lors du commencement de première guerre mondiale. Seul Paul, son célèbre frère touché par la grâce en se frottant lui aussi à la pierre (d’un pilier de Notre Dame de Paris), viendra lui rendre visite une douzaine de fois avant sa mort en octobre 1943.

Je sais, le parallèle entre ces deux destins est osé, pratiquement impossible. Mais la coïncidence des programmes télé – laquelle je ne regarde quasiment jamais – entre la folie furieuse et sexuelle qui tournait autour de l’épiphanie télévisuelle d’un ex-futur candidat potentiel qui a donc raté son « rendez-vous avec les Français » (mais pas tous en tout cas pas moi…), n’avait d’égal que la folie déployée par l’énorme composition d’actrice que donne Isabelle Adjani en Camille Claudel. L’avantage de ce jeu d’acteur, c’est qu’il demeure profondément vrai tout en demeurant un jeu. Adjani touche du doigt la grâce d’une actrice, et s’en empare à pleine main, comme cela arrive quelques fois dans une carrière.
Alors que le repenti de Té Effe Un, lui, joue sans jouer une comédie dramatique à laquelle il essaie, vainement, de nous faire croire en ripolinant son show de fausse sincérité et de mimiques tragi-comiques. En cela aussi, à son corps défendant, il nous viole.


 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : quelle époque !
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Jeudi 15 septembre 2011 4 15 /09 /Sep /2011 21:53

 

 

 

SAB 9829 R

                                                       - Le père noël est une ordure -

 

 

L'hiver s'annonce long et rude...

 

 

(c) Fred Sabourin. 09/2011

 

 

 

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Jeudi 12 mai 2011 4 12 /05 /Mai /2011 10:55

 

 

 

SAB 7607 rec                                                        - Cinq, quatre, trois, deux, un... -

 


« Déjà la pierre pense, où votre nom s’inscrit, déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places, déjà le souvenir de vos amours s’effacent, déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri. » Louis Aragon, dans Le roman inachevé, faisait-il déjà, sans le savoir, œuvre de commémoration ? Commémorer, littéralement avec la mémoire, être avec, se souvenir. Aragon commémore, dans ce recueil de 1956, le souvenir des poilus tombés au front de la première guerre mondiale.
Un grand bon dans le temps. Et une maladie : la commémorationite. Vous aviez raté le 10 mai 1981 ? Vous avez dû adorer le 10 mai 2011. Adorer, célébrer, dans une veine nostalgique, de culte, de quasi idolâtrie, une béatification. On parla même de pèlerinage rue de Solferino ! Ceux qui cherchent le souffle de l’espoir pour l’année à venir ont beau s’en défendre : ils se tournent vers Lui, le seul socialiste à avoir accédé à la présidence de la Ve République. Cette « tontonmania » a pourtant quelque chose d’attendrissant, à l’heure du repli sur soi et la cellule familiale, semblant seule pouvoir résister à la crise. Chacun se souvient - sauf pour les moins de trente ans – se qu’il faisait le 10 mai 1981, comme on se souvient ce qu’on faisait le jour de la mort de Claude François ou le 11 septembre 2001. Témoignages à profusion, souvenirs d’une soirée électorale vécue en famille puis dans la rue dans une farandole hexagonale au son de l’accordéon. Gueule de bois du 11 mai. Le rêve devenu réalité pour les uns. Le cauchemar pour les autres. La nostalgie pour tous.
Mais que retenir de ces trente ans qui puisse servir de socle pour l’espoir de demain ? Nous ne parlons pas d’un demain lointain, dans un futur de science fiction, mais du demain de demain. Dans un an, par exemple. Comment cette profusion-confusion d’évènements peut-elle servir de base à la recréation d’un nouvel élan, nouvel espoir, un nouveau courage politique, exemplaire, pour donner envie aux Français de se rendre aux urnes ? Si la commémoration du 10 mai 1981 n’est qu’une strophe de plus pour le souvenir des jours heureux, alors elle ne sert à rien, ou pas grand-chose. En parcourant les nombreux témoignages de ceux qui aujourd’hui commémorent, trente ans après, un élément semble émerger : pour beaucoup, le 10 mai 1981 représente le dernier moment où les Français ont cru qu’une élection pourrait changer quelque chose. Et ils n’eurent pas complètement tort. Le président élu ce jour là se faisait le chantre du changement, en cent dix propositions. En trente ans, la France a en effet beaucoup changée. Mais la crise – dont l’acte de naissance ne date pas des subprimes en 2008 – était déjà là en 1981. Elle ne cessera de croître, et avec elle vont rapidement décroître les immenses espoirs générés par ce fol mois de mai 1981, et l’été qui s’en suivra.


« On est toujours du pays de son enfance, et mon enfance, c’est la Charente, » disait le président du 10 mai 1981. Les commémorations trente ans après ont-elles le goût du retour à l’enfance, celle de l’union qui le porta au pouvoir mais aussi la nôtre à tous, cette part d’âge d’or et de rêve qui jamais ne s’éteint vraiment en chaque homme ? Les roses du 10 mai 2011 semblaient avoir le goût et l’odeur des madeleines de Marcel Proust, dans une France sépia qui peine à envisager le futur et encore plus à vivre le présent. Ce président célébré par ses anciens fidèles avait le sens de l’histoire, laquelle est d’ailleurs tout sauf une fixation ou suspension du temps. Reste à savoir ce que deviendra cette histoire, dans les mois qui viennent ? Sujet épineux, entre les roses et les madeleines du souvenir…

PS : le 11 mai 1981, Bob Marley, l’homme du reggae planétaire mourrait. Qui pour commémorer ?

 



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Vendredi 15 avril 2011 5 15 /04 /Avr /2011 12:11

 

 

Ça se passe de commentaires. Et ça se passe à la boulangerie. Trois personnes devant l’homme qui a besoin de pain. Une vendeuse, et en l’occurrence pas n’importe quelle vendeuse : la patronne de la boulangerie. Les clients avancent, puis partent une fois servis.
Vient le tour de la dame devant l’homme, vêtue d’un jean moulant des fesses molles et basses, semblant donner la direction de chaussures genre demi-santiags à bouts pointus, et rayées marine et gris. « Ça donne un genre, » comme dirait ta mère. A ce moment-là, la patronne-vendeuse-boulangère s’exclame suffisamment fort pour que l’homme qui est derrière entende : « Bonjour, Madame Machin ! » (le nom d’un élu local très connu et très en vue). L’homme ne savait pas que c’était Madame Machin, l’épouse de l’adjoint au maire et président de l’agglo. Madame Machin, dont il ne voit pas le visage puisqu’il est derrière son dos, semble néanmoins flattée par cette marque de reconnaissance sociale des petites villes bourgeoises de province. Elle demande une ficelle provençale, une baguette à l’ancienne et un autre truc. Elle paie et s’en va, saupoudrée de « Merci Madame Machin, au revoir. »
Arrive le tour de l’homme qui était derrière. Illustre inconnu – juste client régulier de la boulangerie qui a pignon sur rue – il a droit à un : « Et pour vous, ce sera ? »
Ben… un pain, avant de te le mettre dans la figure.


* Jacques Brel, Les remparts de Varsovie.

 


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Vendredi 11 mars 2011 5 11 /03 /Mars /2011 16:48

 

 

IMGP1238 R

 

 

Épuisay, village de 715 habitants, possède trois gratte-ciel : un château d’eau, une église et une éolienne ancienne génération, comme on en voit souvent dans les western. Épuisay loge aussi quelques moutons. Épuisay a, comme toutes les communes du coin, un silo à grains, un marchand de fromages de chèvre ambulant, une boulangerie, et deux bistrots. Chez Nelly fait figure de plaque tournante. Le seuil franchi, le bar trône au milieu de la carrée. On peut en faire le tour. Y sont scotchées et punaisées les cartes postales des habitués qui, même en vacances, n’oublient pas Nelly. Une bise de Bretagne. Un petit bonjour de Provence. Chez Nelly, on ne fait pas de chichi. On mange à côté d’autres convives, qu’on ne connaît pas forcément. C’est le cas de ma voisine d’en face, physique de camionneuse, pull over à col zippé et doudoune sans manche. Chez Nelly, on ne vous demande pas « ce que vous voulez manger ». La serveuse vous dit : « Le buffet des entrées est à l’entrée (justement), je reviendrai vous voir pour la suite. » Un œuf dur mayonnaise, une tranche de pâté en croûte et quelques carottes râpées plus tard, la serveuse (Nelly ?) tient sa promesse : sauté d’agneau ; langue de bœuf ; porc au curry ; daurade. On est vendredi de carême, va pour la daurade, brocolis – semoule. Chez Nelly, pas de carafes : la bouteille d’eau est sur la table. Le vin itou. C’est un restaurant européen : le vin est un mélange de ses différents pays (c’est écrit dessus). Chez Nelly, visiblement, on est chez soi. Deux routiers dont un sans cheveu discutent de « tracteurs trois essieux, comme les Anglais. » Sept mercenaires de l’ex DDE vêtus de bleus et d’orange entrent pour bâfrer. D’autres routiers sympas engloutissent des harengs-pommes à l’huile, et une salade piémontaise avant de faire un sort à la langue de bœuf. Trois mangeurs sur quatre portent un pantalon bleu de chauffe et des chaussures de sécurité. Trois jeunes commandent un apéro : Ricard, Martini et demi pression. Chez Nelly, tout est compris : le mangé, le boire, le fromage, le dessert, le café et l’addition. Le tout pour onze euros et quarante centimes. « On ne rend pas la monnaie sur les tickets resto, mais je vais vous le faire quand même. Quand on n’a pas le droit, on prend le gauche, » me dit le patron. Je savais bien qu’on parlait politique ici aussi…

Chez Nelly, à Épuisay, on ne sort pas avec la faim. Avant de franchir la porte, un panneau en liège où sont punaisés des avis divers vous invitant à des trucs où les gens d’ici vont. Une paëlla associative de la chorale rurale (on imagine déjà le chant avec les grains de riz coincés entre les dents…), des portes ouvertes chez le garagiste d’un village voisin. Un article jauni de la presse locale à propos de l’antédiluvienne éolienne. « Et merci monsieur et bonne journée ! » salut le patron à la sortie. Ici, même si on ne connait personne, on est quand même quelqu’un.
Comment nomme-t-on les habitants d’Epuisay, dans le Perche Vendômois ? Certainement pas les fatigués.

Un peu après, avec le maire d’Ouzouer-le-Doyen, 275 habitants, on fait le tour d’une façade de la mairie-école-salle-de-réunion-cantine-scolaire. Le Conseil général, dans sa grande largesse et surtout avec les impôts des administrés, a doté les mairies de moins de 1000 habitants de quoi améliorer l’ordinaire. Le grenelle de l’environnement passant aussi par là, les fenêtres et portes ont toutes été changées. Le maire d’Ouzouer est un drôle de personnage. Chemise et pantalon noir, trois quart en cuir idem, chapeau auvergnat noir, façon Mitterrand. Il entre dans le secrétariat de la mairie où sont pèle mêle : une secrétaire de mairie, une Marianne à gros seins - aucun lien avec la secrétaire - et un petit président devant une bibliothèque de livres qu’il n’a pas lu. On dirait un cow-boy (le maire, pas le petit président, Ndlr). Après un café robusta rustique et quelques foudres contre les éoliennes des terres agricoles voisines, il invite à faire le tour du village, où un presbytère du XVIIIe siècle attend d’être rénové mais pas tout de suite car c’est très cher, une église refaite à neuf au carrelage de salle de bain, et, incroyable, une agence d’une banque agricole fort connue dans la ruralité, seul « commerce » du lieu. On salut l’édile, qui dans un dernier commentaire explique qu’il va monter une expo sur le cirque dans le village, et qu’hier, « pour le carnaval des enfants, je me suis déguisé. Mais pas en clown, hein ! »
Nous voilà rassuré.

 

IMGP1240 R

                                                   - sans titre -

 

 

IMGP1267 R

                                                         - tout confort -

 

 

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                                              - salle des fêtes -

 

 

IMGP1277 R

 

 

 

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                                                  - this is the end -

 

 

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : quelle époque !
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