quelle époque !

Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /2009 10:25


C’est l’histoire d’un mec qui ne bosse pas,  en contrat à durée indéterminée. Il en profite donc pour parfaire sa forme physique, en « joggant » le matin tôt, plaisir qu’il avait perdu du fait de ses anciens horaires très matinaux sur une station de radio à l’audience faible mais proche des cieux. Courir le matin tôt, c’est la certitude de croiser ceux qui vont au boulot, sentir cette excitation frénétique du réveil qui a sonné il y a peu, des douches chaudes et cafés tièdes, les effluves de parfum offrant une traçabilité à des femmes parfaitement vêtues et des hommes clonés sur le modèle costume-cravate-serviette en cuir, des livreurs en livrée sans manche, suant déjà au cul du camion, des artisans perceuse en main, des écoliers trottinant vers l’usine. 
C’est un de ceux-là justement, qui donna à cette journée une réplique aussi anodine que touchante. Pendant que sa mère sortait des trucs et des machins de la voiture, le gosse, à peine cinq ans, un petit cartable sur le dos et emmitouflé dans une épaisse doudoune, s’exclama au passage du sportif : « oh ! regarde maman ! un coureur ! tu crois qu’il va gagner la course ? ». Lequel lui fit deux signes du « v » de la victoire avec les doigts, histoire d’ajouter le geste à la parole. 
Sacré gamin va ! Il ne le sait pas, mais cet encouragement à gagner une course que le coureur de fond est seul à engager au petit matin, est perçu comme un signe annonciateur d’une journée qui ne sera pas complètement inutile. 
 
Qui a dit, déjà, il y a dix ans, « la victoire est en nous » 




Par Fred Sabourin - Publié dans : quelle époque !
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Vendredi 30 octobre 2009 5 30 /10 /2009 19:38



J’aime bien la Toussaint. Ce sont les jours où les morts ont l’air vivants. On a beau parler des saints, ceux auxquels on pense sont morts depuis longtemps parfois, et il arrive qu’ils soient nombreux. Si on pense à eux, alors qu’ils sombrent dans l’oubli trois-cent soixante quatre jours durant, c’est la faute aux chrysanthèmes. Ces fleurs qu’on dit mortuaires font sortir les morts des tombeaux. Chaque année, en particulier depuis qu’ils ont vaincu les citrouilles ridicules d’halloween, les chrysanthèmes refont surface, comme les morts – nos morts – dans notre champ visuel. On en trouve partout, impossible d’y échapper.
Etonnant rituel d’ailleurs, à l’heure où la mort a quitté et notre champ de vision usuel grâce aux progrès techniques, médicaux et sociaux, et notre langage habituel (qui ose encore évoquer la mort, comme ça, au détour d’une conversation ?), le fleurissement des tombes, avec l’extraordinaire dérégulation des croyances de l’au-delà semble faire persister dans nos vies un besoin de se retrouver quelque part, avant et après la mort. On dira ce qu’on voudra, mais la pierre tombale, à un endroit donné, est le premier lieu de mémoire pré et post mortem, le point d’arrivée d’une vie et le point de départ d’une espérance.
Le chrysanthème, par ce qu’il représente, par son omniprésence dans nos villes, villages, cimetières et pensées, marque l’irréductible besoin, pour nos sociétés modernes, de se raccrocher à l’interrogation sur le sens de l’existence. Et d’entrevoir, peut-être, grâce à cette drôle de fleur, un horizon au-delà d’une triste fin.
Alors vive ces jours sombres où l’automne s’enfonce dans nos vies en réduisant la lumière, qui grâce aux chrysanthèmes gardent un peu de couleurs en nous rappelant que les morts de jadis seront des vivants jusqu’à demain.







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Mardi 7 avril 2009 2 07 /04 /2009 15:50

La phrase du jour, nous la devons à ce jeune pré adolescent entendu hier soir sur la parvis de la gare Part Dieu de Lyon, entre sa petite sœur et un homme qui pourrait être son jeune grand-père venu les chercher à la sortie du train : « alors, tu as vu les Champs Elysées ? » demande le jeune senior. « Oui ! J’y ai vu la concession Peugeot, et aussi Mercedes et Citroën ! » répond fièrement le gone. « Ah ben alors ! » ajoute, songeur, l’adulte qui peut-être bossait dans l’automobile avant de s’en faire virer.
Quelle époque épique, aurait ajoutée une journaliste de radio il y a quelques années, à moins que Jacques Martin, se tournant vers le public du théâtre de l’Empire dans « L’Ecole des Fan » entonne son « les enfants sont formidables ! ». Ceci dit, nous ne pouvons raisonnablement en vouloir à cet enfant d’être passé à côté de l’essentiel, la plus belle avenue du monde étant transformée en gigantesque foire à l’accessoire…
Il faut avoir le triomphe modeste, les Arcs ne font plus rêver, pas plus que les obélisques égyptiens. Le soldat inconnu se retourne dans sa tombe, mais ce n’est ni la première ni la dernière fois.
« N’importe qui et ce fut toi, et je t’ai dit n’importe quoi, il suffisait de te parler pour t’apprivoiser… »





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Samedi 28 mars 2009 6 28 /03 /2009 12:30

Le métier de journaliste radio apporte aussi son lot de mots ou expressions à la con, dont voici un petit florilège non exhaustif. J’invite d’ailleurs mes confrères (en un seul mot, c’est comme ça qu’on dit dans le jargon) à laisser leurs commentaires si d’aventure ils en avaient d’autres dans le palais.

Je vous prend tout de suite en cabine : comprendre : « je transfert l’appel dans la cabine d’enregistrement pour l’interview ». Très sexuel pour ceux et celles qui ont l’esprit mal placé, à savoir une majorité d’entre nous. Pour les nones et les culs gelés, le sens premier est le bon. Variante (toute aussi drôle) : « je vous bascule sur la table de mixage ». Sans doute une variante sado-masochiste d’ailleurs, vu la présence – nombreuse – de boutons et d’objets piquants sur la dite table de mixage. Y en a qu’ont essayé, ils ont eu des problèmes… (enfin je pense).

Nous retrouvons… l’émission, l’invité(e), etc. Verbe à la con très utilisé en radio, et en télé. On a beau se mordre les joues pour ne pas qu’il vienne, il réapparaît toujours dès que le journaliste baisse la garde. En réalité, on ne retrouve rien en radio, pas plus qu’en télé, tout bonnement parce que l’auditeur n’a… rien perdu ! Il vaut mieux dire : « nous avons rendez-vous avec ; nous écoutons ; nous rejoint sur ce plateau ; nous nous dirigeons vers » etc.

Cap sur… Synonyme de « nous retrouvons », idée géniale au départ, mais trop utilisée depuis. La métaphore maritime peut s’employer en radio, à condition de ne pas en abuser, au risque de passer pour un boy scout avec sa boussole, ou un adepte des courses d’orientation. Vu récemment : une affiche pour un grand magasin de bricolage au nom d’enchanteur qui disait : « cap sur la salle de bain ». Sans doute pour les gens qui ont de très grandes maisons, et s’y perdent.

Vous êtes sur (RCF, par exemple…) : expression à la con qui fonctionne à tous les coups. En réalité on est « sur » son lit, « sur un coup », « sur terre », « sur son vélo », mais pas « sur la radio ». A moins d’aimer s’asseoir dans des positions inconfortables, par exemple si on est adepte de certains jeux sexuels cités plus haut.
Mieux vaut dire : « vous écoutez » (la radio) ; « vous regardez » (la télé), « vous avez choisi » (d’être avec nous).

Merci de nous rejoindre… Formule à la con d’introduction d’émission, passe partout et non réfléchie. Imaginez que les auditeurs décident de rappliquer dans le studio, on manquera rapidement de place. En réalité, c’est l’auditeur qui accueille l’émission chez lui, dans sa voiture, dans son baladeur etc. Et puis autant il y a des auditrices qu’on aimerait voir, autant d’autres…

(à suivre…)

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Mardi 24 février 2009 2 24 /02 /2009 22:31

Insidieusement, nous nous sommes laissés envahir par des mots étranges, expressions bizarres qui collent à notre vie et nos échanges, de sorte qu’ils font partie intégrante de la vie moderne. Petit florilège de quelques uns d’entre eux. Liste non exhaustive évidemment.

Enorme : se dit d’un événement, action, fête, plat, résultat sportif, ou toute autre élément de la vie quotidienne relevant d’un caractère exceptionnel. Sorte d’obésité de langage.

Manger la consigne : mot valise. Consiste à manger des armoires métalliques contenant les bagages de voyageurs en transit dans une grande ville, après avoir passer le plat sous un rayon X. Indigeste les jours de départs en vacances.

Faut arrêter : signifie l’agacement généralisé après constatation d’un trop grand nombre d’abus, de langage, d’action, d’idioties en tous genres. Peut s’employer dans le cas d’un trafic automobile important, ou d'une situation ubuesque et ridicule. Généralement suivi d’aucun effet sur ce qui est censé s’arrêter…

Ca tabasse sa mère : contrairement à ce que la littéralité de l’expression peut signifier, il ne s’agit en aucun cas de porter des coups à le mère du récipiendaire. S’utilise en cuisine, pour un plat délicieux dont on se ressert au moins trois fois. Variante : « à tuer sa mère ». Idem, point de parricide si ce n’est d’avoir envie de finir sa vie en prison après avoir plaidé coupable sans circonstances atténuantes, à cause d’un truc délicieux.

Ca envoie du bois : ne consiste pas à envoyer par la poste des stères de bois de chauffage à un vieil oncle dans le Cantal pour se chauffer l’hiver, comme le sens premier le laisserait entendre. Se dit d’un morceau de musique qui déménage, à savoir qui donne envie de bouger ses fesses, à défauts des pieds. En radio peut signifier un instrumental qui déchire.

Un truc de malade : là encore, expression à la con qui pourrait signifier pansement, microbe, perfusion, ou toute autre chose émanent d’une chambre d’hôpital. Non, cette expression à la con pourrait se rapprocher du énorme énoncé précédemment, mais nous sommes là en présence de quelque chose d’immatériel, même si l’expression peut s’utiliser pour des objets. Définition à la con pour un mot à la con : vous voyez, ça fonctionne !

Un truc de ouf : variante juvénile de la précédente. Attention cependant dans le maniement du verlan au delà de trente ans : le mot à la con se transforme en vieux con qui veut faire jeune (d’ailleurs il dit d’jeun’s). Et devient ridicule.

à suivre…


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