Mercredi 1 novembre 2006 3 01 /11 /Nov /2006 00:00

                                                           Frédéric


Oh, quand tu t’endors
Est-ce que tu penses à moi
Qui suis entre les bras d’un homme libre
Dans un lit à nous
Et quand tu t’éveilles
Est-ce que tu penses à moi
Qui vis sans me soucier des portes et des fenêtres

Aussi loin que tu puisses être
Tu restes avec moi comme un frère enfermé
un ami égaré
Frédéric

Oh, quand tu espères
Est-ce que tu penses à moi qui espère avec toi
Debout dehors de l’autre côté
Et quand tu respires à fond
Dans la faune des hommes de ta geôle
Garde les yeux fermés

Aussi loin que tu puisses être
Tu restes avec moi comme un frère enfermé
Un ami égaré
Frédéric
Entends ma voix qui traverse tes barreaux

Les gestes les plus simples
Deviennent étrangers
Les plaisirs les baisers
Tu les as oubliés
Tout te manque
Frédéric
Entends ma voix qui détestent tes barreaux

Paroles et musique : Jeanne Cherhal (Editions Tibia) www.jeanne-cherhal.com

(merci Jeanne.....................)

Photos : Fred Sabourin.

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : émerveillement
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Samedi 28 octobre 2006 6 28 /10 /Oct /2006 00:00

                                   Méditation automnale


L’automne offre des couleurs aux promeneurs du dimanche, pour leurs yeux délavés ou simplement fatigués par les longs voyages.
En attendant le vrai départ... Sur le quai d’un fleuve qui mérite son nom, car, ne portant plus de canons il descend simplement vers la mer, qui l’appelle à être ailleurs, au plus vite. Comme les derniers rayons du jour à travers les feuilles d’un marronnier, la saison de l’automne aime les soirs qui tombent. En attendant de se réveiller à l’Orient d’une vie nouvelle.

 


 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : édito
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Dimanche 22 octobre 2006 7 22 /10 /Oct /2006 00:00

                        Un matin ordinaire dans un train de banlieue de Bombay

Jeudi 7 septembre, 6h20, Andheri Station :
J’achète mon ticket. L’audace commence à venir : je prends la « deuxième classe ». 8 roupies pour 22 km. Soit environ 14 centimes d’euros. A côté du guichet, les gens dorment à même le sol, vaguement enroulés dans des guenilles. Une famille (père, mère et un enfant). Sur le quai, au niveau du repère « première classe », deux vieux, homme et femme. Sur un très gros sac blanc dont j’ignore le contenu : un jeune homme. Sur une banquette de seconde classe : une femme.
Un autre sentiment étrange et nouveau vient à moi : il est très tôt le matin, je me rends à la gare CST de Bombay prendre un train pour Bangalore, et je n’arriverai pas le soir même. Seulement le lendemain matin, après plus de 24 heures pour parcourir les 1000 km.
C’est parti, le train de banlieue démarre… Je regarde par la fenêtre ce qui se passe dehors. Ce n’est pas difficile : il n’y a pas de vitre… Juste des petits barreaux.
6h30, Santa Cruz : un homme est accroupi près d’une tombe, c’est un petit cimetière (gare de Sweri). La veille je me demandais ce qu’ils faisaient de leurs morts. Ils ne partent pas tous en fumée visiblement. Le long de la voie, des bidonvilles. Des hommes accroupis font leurs besoins devant tout le monde. A côté d’eux, un petit seau d’eau pour la « douche indienne ». D’autres se brossent les dents (en même temps !). Certains vont à pied le long des voies. Nouvelle gare, encore des hommes accroupis le long de la voie. Ils regardent passer le train, ne semblent pas gênés.
6h50, Coton Green : des enfants montent et vont à l’école. Uniformes impeccables, cheveux attachés pour les filles, cravates pour les garçons, même les plus jeunes ! La lumière ce matin est très belle, c’est le premier matin depuis mon arrivée sans les trombes d’eau de la mousson. C’est surréaliste : ces gosses sortent du bidonville juste à côté, et ils portent des chemises mieux lavées et repassées que la mienne.


En face de moi : un jeune couple s’assoit. Je me demande quel âge ils ont. Vingt ans tout au plus, difficile à dire, souvent les Indiens n’ont pas un âge très facile à deviner. Elle porte un sari bon marché mais impeccablement propre et noué avec classe. Lui est vêtu d’un tee-shirt orange à manches longues. Il y a même la marque du pli de repassage ! Ils jouent avec leurs mains, entrelacent leurs doigts, en me regardant écrire sur mon carnet. Ils rient un peu. Est-ce de moi ? De mon stylo vert ? (pas fait exprès cette couleur, mais mon stylo plume a trop souffert de la chaleur et de l’humidité ces derniers jours !) Du carnet ? Parce que je suis chauve ? (il y a très peu de chauve en Inde, pour ainsi dire aucun, ça excite donc la curiosité !). La jeune fille a de très beaux yeux noirs et un visage rond, régulier. Lui a une petite barbiche et un petit bonnet de musulman. Je les trouve beau, j’essaie de les regarder le plus discrètement possible. Ils ont l’air de s’aimer et semblent perdu dans ce wagon bondé qui brinqueballe dans un fracas métallique. Les sentiments qu’ils partagent avec leurs mains tranchent avec le décor. J’ai envie de leur parler, mais aucun son ne vient, et j’ai peur qu’ils ne me comprennent pas, autant que le contraire d’ailleurs. L’anglais ici est difficile, à cause de l’accent, le leur et le mien, et je manque d’habitudes. Ils descendent avant CST. Je pense que ce sont des étudiants, ils portent un grand cahier sous le bras.


Des gamins montent encore, voici des filles en uniformes vichy bleus !! On dirait presque une sortie de messe à Versailles…
Avant de traverser une rivière dont l’odeur de pourri m’assaille depuis 300 mètres : un autre bidonville. Juste à côté du quai (Bandra Station). Une petite fille est accroupie sur une planche qui traverse un tas d’ordures. Elle doit avoir 5 ans tout au plus. Elle regarde les autres enfants qui vont à l’école. Pourquoi n’y va-t-elle pas ? Elle est presque nue. Tout va très vite, le train redémarre déjà. J’ai dans l’œil, aujourd’hui encore, l’image de cette gosse qui commence sa journée à 6h30 du matin sur un tas d’ordure dans un bidonville d’un quartier de Bombay. Je pense aux jeunes de France qui se réveillent à peine, et qui râleront pour aller au collège 5 minutes après. Je n’ai pas envie de leur donner des claques, juste de les emmener ici, pour voir, et sentir… Car le train passe maintenant sur la rivière dont j’ignore le nom. Mais vu la couleur de ses eaux, et l’état de crasse, elle ne doit pas en avoir. Impossible de décrire l’odeur : je n’ai jamais senti ça avant en Europe. Un mélange de cadavre et d’œuf pourris, de merde animale et humaine, d’humidité moisie. Quelque chose de très âcre. Horrible.
Une femme sans jambes traverse le wagon, elle se traîne sur un petit chariot qu’elle fait avancer avec des poids… Je n’en crois pas mes yeux. Je ne vis pas un film, mais dans la réalité.
7h05 : j’arrive à CST Station, largement en avance. Ca grouille de partout. Des odeurs de café et de thé au lait. De pains chauds, de curry, d’épices : les « samosas » sortent des friteuses. Dans l’aire d’attente, des familles dorment. Deux enfants, très jeunes, à même le dallage, sans pantalons ni culottes. Les femmes, que j’imagine aisément être leurs mères, ont de lourds ballots à côté d’elles. Elles attendant elles aussi un train.
Avec quels mots décrire cela ? Ceux que je couche sur le papier de ce carnet que je tiens en main depuis 6 heures du matin me semblent bien faibles. Je n’ai pas le courage de sortir mon appareil photo. La honte et la peur se mêlent en moi. J’ai envie de pleurer et en même temps de me laisser envahir par un sentiment de béatitude. Je crois apercevoir l’humain au plus profond de son humanité. Je touche le fond et le ciel en même temps. J’en étais là quand le train a quitté Bombay. J’allais en voir d’autres, mais je ne le savais pas encore.

Par Fred Sabourin - Publié dans : étonnement
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Vendredi 20 octobre 2006 5 20 /10 /Oct /2006 00:00

                                    Miroir, miroir…

                Pendant trois bonnes minutes j’ai observé cet enfant qui n’a jamais su que j’étais là. A quelques mètres, un temple Ganesh improvisé autour du gourou qui débitait la sagesse locale devant une assistance distraite, car curieuse de voir « un blanc » traîner ses sandales dans le quartier.
Et ce jeune, arc bouté sur l’impressionnante moto, afin de contempler son image dans le rétroviseur. Il se peignait les cils ! Coquetterie enfantine dans un costume du dimanche. Le contraste était fort entre la cylindrée mécanique et la fragilité d’un enfant soucieux de son image. Point commun avec les enfants de l’Europe, la jeunesse universelle aime à admirer son reflet, même au centre de l’Inde, dans un des quartiers le plus pauvre de Bangalore. Qui de nous deux était le plus narcissique ? Celui qui ne se sait pas observé et qui consciencieusement s’épile face au rétro ? Ou celui qui par chance possède un appareil photo pour immortaliser la scène ?
Je stoppais net mes divagations imaginaires : derrière moi trois petites filles riaient de nous. Sans un mot nous venions de partager la même joie spontanée.

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : voyage, voyage...
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Lundi 16 octobre 2006 1 16 /10 /Oct /2006 00:00

                                         Une Pachtoune

             

                La première fois, j’avais cru rêver. Ca c’était passé très vite, à un carrefour très animé près d’un grand centre commercial de Bombay nord. Le rickshaw tentait de faire demi tour. Elle attendait pour traverser. Son regard, transparent, m’avait cloué sur place. Le temps de sortir l’appareil photo du sac, elle avait disparue, et nous avions repris le fil de la circulation.
La deuxième fois, je ne rêvais plus : elle était assise dans la rue, près de Marine Drive, quartier huppé du sud de Bombay. Encore une fois, c’est son regard qui m’a percé. Je me rappelais la couverture du « National Geographic » il y a une vingtaine d’années, le regard de cette fille afghane, bleu acier comme on en voit rarement. Je rêvais en secret de tomber sur un regard comme celui-ci un jour de ma vie. Je me demandais simplement si elle accepterait la photo. Elle ne disait rien, du moins elle ne disait rien avec des mots. Seuls ses yeux parlaient. Les yeux d’un félin, verts et gris, minéraux. Des yeux perçants. Et en même temps d’une incroyable douceur. C’était vrai : on peut lire à travers les yeux des personnes rencontrées. L’oubli est alors impossible.
Dans les yeux de cette femme pachtoune, je voyais son âme.
Quant aux miens, on aurait pu y voir battre le cœur, qui mesurait sa chance. J’ai pris la photo, et d’ailleurs elle est légèrement floue. J’avais peur de voler le secret qui la rendait si étrangère à la scène.

(Pachtouns : tribus du nord-est du Pakistan et du sud de l’Afghanistan)

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : émerveillement
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