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                                                             ... Fred Sabourin

           

Bloc-notes, photos, articles, chroniques, éditoriaux, poèmes, carnets de voyages, essais...
                             (depuis le 9 février 2006)

 

 

"Fais de l'obstacle la matière même de ton action"

(Marc Aurèle)

     

Vendredi 18 janvier 2008

Sept lycéennes, deux portables, un paquet de clopes, un banc public : combien de possibilités ?


            L’avantage d’habiter dans un quartier scolaire (je ne dis pas « étudiant », ici, les études se font forcément ailleurs, loin, là-bas), c’est qu’il offre la possibilité d’analyses sociologiques et comportementalistes sans trop se déplacer. Mon appartement offre deux façades : l’une au sud, avec une cour d’école maternelle ; l’autre au nord, sur une place au carrefour d’une école primaire, un collège et un lycée.
C’est ce dernier qui apporte, je crois, le meilleur de l’observation à peu de frais des comportements ados d’aujourd’hui. Ce qui pourrait apparaître comme une banalité ne l’est pas, car malgré « ce qu’on sait déjà », l’analyse sociologique amène parfois à réviser son jugement. Comme celui d’imaginer que « tout les adolescents ont des portables » (idée répandue), « tous les adolescents portent des baskets » (non, il y a aussi les ballerines), ou encore « tous les adolescents sont obèses, et les filles anorexiques ».
Les sept mercenaires, lycéennes ardéchoises, qui s’installent ce jour-là au pied de la statut « des mobiles » (in mémoriam de jeunes gens à peine plus âgés qu’elles et qui ont gâché autrefois leur belle jeunesse sur les champs de bataille, et ne portent plus de baskets car un obus leur a parfois fauché les pieds), profitent visiblement de la clémence de la météo revenue. Ca ne loupe pas : deux d’entre elles triturent nerveusement leurs portables, deux autres semblent se « faire chier grave » (métaphore adolescente passée dans le langage usuel), une troisième sort un paquet de clopes : ça devrait mettre les deux dernières d’accord. Et puisqu’on a encore le droit de s’en griller une dehors, profitons-en, mais pour combien de temps ?  
Jean et basket, portables et sms, clopes et copines, persiflages et ennui, matage des garçons occupés à faire la roue tels des paons non loin de là : cette folle jeunesse passe le temps en attendant la fin des cours.
Et mes légumes vont cramer dans ma poêle si je continue à me distraire de la sorte !



 

 

 

 

par Fred Sabourin publié dans : actu
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Mardi 15 janvier 2008

                                                            

                                                l’île Hélène

   Assis sur un banc, devant l’océan, devant l’océan égal à lui même.
Un homme pensif, se masse les tifs. Interrogatif : à quoi pense-t-il ?
A quoi pense-t-il, livré à lui même ? Il pense à son île, son île : Hélène. Est-ce que l’île l’aime ? Assis sur un banc, devant l’océan, l’océan jamais tout à fait le même. Dans le bruit lascif, autour des récifs, que la vague enchaîne, à quoi rêve-t-il, l’éternel poème ? Il rêve  à une île dont le littoral a le pur profil de l’amour total.
Assis sur un banc, devant l’océan, devant globalement la terre toute entière. Qui jamais n’enterre ses haches de guerre, ou si peu, si guère, que c’est faire semblant. Il pense que le vent fraîchit sur sa joue. Il pense que l’amour sait vous mettre en joue : ban, ban, ban ! Il pense surtout devant l’océan, belle esclave bleue qui remue ses chaînes, il pense à son île, à son île Hélène. Est-ce que l’île l’aime ? Pense-t-elle à son « il » ?

Claude Nougaro.


(ci-dessus : petit cimetière marin jouxtant l'église St Pierre de Varengeville. Ci-dessous : le voilier d'Arsène Lupin cherchant le trésor de l'aiguille creuse ?)

 

 

 

 

 

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Mardi 8 janvier 2008

                                             Entre midi et deux : re-création

Ah celle là elle est trop belle, je vous la raconte. Ne passons pas à côté des choses simples : j’habite à côté d’une école maternelle. La cour est en contrebas de mon petit jardin qui ne sent pas le métropolitain. Entre midi et deux, comme on dit, je rentre déjeuner chez moi. Aujourd’hui, il y avait du soleil, ça faisait longtemps qu’on ne l’avait pas vu celui-là ! Le thermomètre indiquait 22° sous les rayons du beau blond. 22°… le rêve.


Au moment de repartir à la rédaction, je commence à refermer les fenêtres, puisque le côté sud offre la possibilité de le faire rentrer dans la maison. Dans la cour, la cloche sonne. Une clochette, une vraie, qui fait « dling dling », et non pas « bling bling » comme la montre du Président. Les enfants se rassemblent au pied d’un escalier. Certains se bousculent. D’autres s’étreignent dans les bras. Ils sont agités. La maîtresse a alors une idée : une partie de cache-cache. Explosion de joie chez les enfants ! Commence alors un des plus vieux jeu du monde : compter jusqu’à vingt, la tête contre un arbre. Se retourner. Chercher. Trouver. Crier. Au passage, j’apprends qu’un des garçons se nomme Enguerrand : il s’agit bien d’une école privée catholique…


Je suis resté là, derrière ma fenêtre encore ouverte, à regarder au soleil cette partie de cache-cache élémentaire. Naïve. Simplissime. Un rayon de soleil dans l’actualité de ces jours froids : quotas d’immigration, marins pêcheurs disparus en mer, inflation, accrochages entre nations, pouvoir d’achat…


Entre midi et deux, dans cette cour d’école, c’était re-création. Un des rares bien qui ne s’achète pas.



Photo David Lerouge (http://simerah.spaces.live.com/). A Trouville, un dimanche en avril, sous le soleil exactement.

 

 

 

par Fred Sabourin publié dans : poésie
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Mardi 8 janvier 2008

                                                   A la gare de Valence

A la gare de Valence, mercredi 2 janvier pour son TGV,
Ils sont arrivés en avance.
Machinalement, sans rien dire, il a déposé sa voiture dans le parking souterrain.
Et elle a pris sa main.
A la gare de Valence, après quelques pas de danse.

Ils n’ont presque pas parlé, en attendant son TGV. Se sont juste enlacés, dans leurs bras serrés.
A la gare de Valence, après quelques pas de danse.

Autour d’eux des touristes, qu’elle regarde les yeux tristes.
Grosses valises, des paquets. Cette fois, c’est sûr, c’est janvier.
Le haut parleur a beau parler, l’heure n’a pas encore sonnée.
Pourtant, venu de loin, et semblant fataliste,
Son TGV a pointé son nez.

A la gare de Valence, après quelques pas de danse
Derrière la vitre fumée, il ne l’a pas vue pleurer.
A la gare de Valence, en remontant le quai,
Sans faire de pas de danse.
Dans sa main, il a serré ses clés.
Elle non plus, ne l’a pas vu pleurer.

Mercredi 2 janvier, pour prendre son TGV
Ils étaient arrivés en avance,
A la gare de Valence…



par Fred Sabourin publié dans : poésie
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Dimanche 6 janvier 2008

                                                  La nuit est un voyou


La nuit est un voyou qui vous tombe sur le dos sans prévenir.
A bras le corps, à bras le cou, à force d’étreindre le jour,
La nuit a raison tout court.
Dans sa course folle, le jour semble lutter,
Le combat dure huit ou neuf heures.
Puis s’achève dans le pré en pleurs,
De pluies arrosées les herbes folles elles mêmes vont se coucher.
Les vierges sages, elles, semblent ne pas être prises au dépourvu.
Elles rentrent chez elles et allument leurs nids de rideaux sombres soutenus.

De son blouson noir, la nuit se vêt, et son couteau, dans un dernier éclat du jour
Pourfend de sa griffe assassine les beaux jours de l’amour.
La nuit est un voyou. Gare à vous, gare à nous, gare à toi.
Garde toi d’oublier que demain matin,
Le visage encore endormi embrassant l’oreiller,
A travers les volets, à l’heure où la vie hésite entre les loups et les chiens,
La nuit enfin incarcérée laissera le jour se lever.



 

par Fred Sabourin publié dans : poésie
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