émerveillement

Mercredi 4 juillet 2007 3 04 /07 /Juil /2007 00:00

                            ... et une paille dans le verre de menthe ...

(fable réaliste)

        Bistrot « l’Espiguette ». Le QG rouennais délaissé provisoirement pour cause d’expatriation dans la capitale des Gaules. Samedi après midi. Nuageux mais pas de pluie. Donc beau temps sur la Normandie.
Elle accompagne son père, jeune papa trentenaire en basket. Où est la mère ? Elle fait les soldes, ou elle est soldée par un divorce récent (qui sait ?). Il a pris une grenadine taille XXL. Une paille plantée entre les glaçons. Elle a une menthe à l’eau, des glaçons, qu’elle laisse tomber par terre, car « c’est trop froid », et une paille aussi. Cette petite fille a deux problèmes : ses pieds ne touchent pas par terre, ce qui lui donne l’occasion de poser la question à son père : « quand est-ce que je pourrais toucher par terre avec mes pieds ?». L’enfance n’étant pas une science exacte, la réponse du père est  évidente : « je ne sais pas, un jour, bientôt ». L’autre problème, c’est la taille du verre, et la paille : elle n’a qu’un coude, il en faudrait deux pour que la petite puisse boire sans tordre la dite paille. De ses petites mains, elle s’empare du flacon (un demi litre, faut-il le rappeler ?), et ajuste la distance paille – bouche – verre, non sans fierté. Plus rien n’existe autour d’elle que le « slurps » et « gloups » de la menthe à l’eau qui disparaît peu à peu. Ce que les ingénieurs et les pères ne peuvent résoudre, le génie enfantin des petits le réalise. C’est ça, le pragmatisme en marche : les pieds par terre (ou presque), et la tête dans ciel. La paille ? Dans la menthe...

Par Fred Sabourin - Publié dans : émerveillement
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Mercredi 13 juin 2007 3 13 /06 /Juin /2007 00:00

                                                           Eloge de la course


      Nous sommes d’accord : la France manquait de dynamisme. Depuis un mois, un petit Bonaparte affiche devant tout le monde sa passion pour le jogging (le "yogging"). Certains sont entraînés, malgré eux, dans le sillage. Les ventes de chaussures de courses vont être dopées par cette frénésie sportive de la vitesse.
Les enfants l’avaient déjà bien compris depuis longtemps, eux qui passent leur temps libre à courir, dans tous les sens. « Pour arriver premier au niveau des parents », ou « pour arriver premier au niveau du rocher, et monter dessus ». Et c’est gagné.
Mais pourquoi courent-ils déjà, alors qu’une fois adultes ils passeront leurs congés à essayer de freiner le temps qui passe ?
Les enfants sur les plages courent pour attraper la vie, tout simplement.


Par Fred Sabourin - Publié dans : émerveillement
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Vendredi 18 mai 2007 5 18 /05 /Mai /2007 14:34

                                                                le coup du lapin


    A la Poste de Rouen, rue Jeanne d’Arc, au décor délicieusement désuet (style pompidolien), deux guichets d’ouverts, seulement, et une file d’attente d’une dizaine de personnes. On attend plus, pour gagner un peu. Heureusement, un présentoir pourvu de papiers à lettre et de cahiers d’écriture fournit une occasion de s’évader un moment, grâce à une petite fille qui ne ménage pas ses talents de séductrice pour amadouer sa mère.
Elle a choisi, après moult réflexions, un cahier à couverture animalière. Un lapin. Franchement, elle hésitait avec les zèbres, ou les vaches. Mais c’est le lapin qui l’emporte. Elle sert le cahier dans ses bras, couverture vers l’extérieur, et se tourne vers sa mère, d’un regard qui supplie l’achat impulsif et tendre. La mère en question a les mains chargées d’enveloppes, du genre faire-part. Elle semble aussi chargée d’impatience, partagée par les victimes de la réduction du temps de travail, qui attendent aussi. La petite fille négocie l’intérêt de ce nouveau cahier, à quelques encablures des grandes vacances, dans lequel, à n’en pas douter, elle couchera ses pensées naissantes, les esquisses de dessins qui deviendront peut-être de futurs chefs-d’œuvre. Les secrets de vacances, les chagrins d’école. La vie d’une enfant de son âge quoi. Après tout, elle a bien le droit de rêver, dans la ville de Corneille et Flaubert.
A force de regards tendres et envieux, elle finit par emporter le marché : la mère dit « oui » au cahier neuf, couverture animalière. Le petit public a envie de pousser un « ouf » de soulagement.
Le coup du lapin, certes, mais il permet de sortir du clapier la tête haute : la demoiselle a gagné le cœur des clients impatients d’acheter leurs timbres, dont l’un d’entre eux se dit qu’au fond, l’essentiel est d’écrire entre les lignes. Grands carreaux. Marge à gauche.

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : émerveillement
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Lundi 2 avril 2007 1 02 /04 /Avr /2007 18:46

                    Grain de sable et goutte d’écume

          Il était une fois un grain de sable, sur une plage au printemps. Il se lamentait tout le jour de n’être qu’un grain de sable. « Je suis si petit au milieu de tous les autres, personne ne me remarque, nous sommes tellement nombreux ! On me foule du pied, le vent m’arrache du sol où je suis né, les animaux me souillent, et les hommes se plaignent que je leur colle à la peau en envahissant  leurs chaussures… ». Le seul moment où il attirait l’attention, c’était quand il bloquait les rouages d’une mécanique humaine d’ordinaire bien huilée. Le grain de sable qui bloque tout, le petit frère du cailloux dans la godasse. Une serrure, une machine, un cœur, un corps, un roulement à billes : un seul grain de sable et tout s’arrête. Il pensait à ses camarades emprisonnés dans un flacon emporté par des vacanciers, pour caler une bougie sur la table basse d’un appartement triste dans une banlieue quelconque. Il avait encore la chance d’être en liberté.


Au bout de la terre sèche, il y avait une goutte d’écume de mer. Tantôt bleue, grise ou verte, elle était souvent blanche. Recouvrant le varech et les corps bronzés, aux senteurs de monoï. Elle se croyait inutile, et mouillait de ses larmes la plage où rien ne lui faisait envie. « Je ne suis qu’une goutte d’eau dans la mer », disait-elle, « si seulement je voyais une bouteille contenant un message, je pourrais au moins me distraire avec un peu de lecture ! Et me rendre utile en l’acheminant vers son destinataire ». A peine avait-elle finit de penser qu'une nouvelle vague la projetait avec force sur le sable. Flux et reflux sans cesse. Jours. Nuits. Lunes. Soleil. Tempête. Calme. Pétrole aussi, parfois, de nuits noires et gluantes qui durent toute une saison.
Un jour, un rouleau de vagues féroces l’emporta plus loin que la grève, et elle se trouva nez à nez avec le grain de sable qui bloquait la circulation. Elle trouva la situation cocasse, amusante, et pour tout dire, attendrissante. Enfin un peu de changement ! « Qu’est-ce que vous faites là ? Vous ne voyez pas que vous bloquez le passage ? », dit la blanche goutte d’écume. « Je ne m’amuse pas, qu’est-ce que vous croyez ?! Je me fais remarquer mais tout le monde râle encore contre moi ! », lui répondit le grain de sable. « Je peine à trouver ma place au soleil au milieu de tous ces gogos qui viennent s’étendre sur moi en se plaignant que je me glisse partout : sous leurs pieds, dans leurs maillots, dans les pages de leurs livres, dans le numérique de leurs appareils photos ou de leurs téléphones portables». La goutte d’écume lui dit alors : « je peux peut-être vous aider ? Je ne sers pas à grand chose habituellement, hormis participer à l’éternel recommencement des marées. Les grandes et les petites. Voulez-vous que j’essuie  vos larmes de ma blanche mousse ? Vous me sécherez les cheveux, ensuite…», dit-elle en rougissant, un peu. Le grain de sable rosit, beaucoup. Il ne savait plus où se mettre. On ne lui avait jamais parlé comme ça… Trop d’égard d’un seul coup, sans prévenir, il y a de quoi avoir un peu peur. Il regarda la blanche goutte d’écume au fond des yeux. Ils étaient bleus, et cela le surpris. Il compris que c’était la mer elle même, des mers, qui lui envoyaient cette compagnie humide mais douce, aux parfums iodés, pour le soigner, peut-être. « Une thalasso thérapie ? Pourquoi lui faire confiance, à elle plus qu’à une autre » pensa-t-il en lui même. « Et pourquoi pas ? » lui dit-elle de ses yeux…

 


Il la laissa s’approcher, le prendre par la main. Fermant les yeux, aspirant l’air du large, ils n’entendirent plus que le murmure d’une brise légère, le son mécanique des activités humaines leur paraissant de plus en plus lointain. « Je crois que je pourrais vous aimer », dit le grain de sable à la goutte d’écume, qui ne répondit rien. Elle regarda vers le large et vit ses copines les étoiles de mer lui faire des clins d’œil. Dans le ciel, la lune s’était levée, attirant les vagues vers le reflux de la marée. « Moi aussi », murmura-t-elle.
Et alors, tout devint de nouveau possible...  

 



 

 

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Mardi 27 mars 2007 2 27 /03 /Mars /2007 18:36

                                                           Les yeux d’Hélène

           

          Il existe peut-être un seul avantage pour un chômeur : il peut aller à la FNAC quand les autres n’y vont pas, par exemple un mardi matin entre 10h et 11h… La première fois, il culpabilise, il a des scrupules, il se dit que non, quand même, il ferait mieux de… Et puis il faut avoir le grand courage d’en ressortir sans avoir rien acheté, surtout si il fait partie de la grande classe supérieure des chômeurs, les « non indemnisés ».  Autant dire qu’entre la culture et la nourriture, il faut choisir. Pourtant, il aurait tort de se priver d’une telle bibliothèque – discothèque… Alors il y retourne. Pour voir.
La FNAC de la ville normande où j’habite en ce moment possède des escalators pour y arriver. Je veux dire qu’il faut « descendre » dans cet antre de la culture qui s’échange contre menue monnaie. L’escalator « montant » est en panne, en réparation. Je prends les escaliers, mais ça c’est une habitude, je n’aime pas me « faire porter par le système ». Une dame âgée monte aussi, tenue bras dessus bras dessous par une autre dame, légèrement moins âgée : quelque chose me dit que ça doit être sa fille. Il arrive un moment où 20 ans d’écart ne veut plus rien dire. Comme je suis coincé derrière elles et que je n’ai aucunement l’intention de les bousculer (je ne suis pas un hooligan), je monte à leur rythme. Je devrais dire à son rythme, car c’est la vieille dame qui donne le « la ». J’entends la conversation : elle dit qu’elle est mal chaussée, que ce n’est pas pratique pour monter les marches. L’autre femme lui dit, d’une ton qui n’est ni réprobateur ni trop mielleux, qu’elle a des chaussures neuves chez elle, mais « il faut toujours que tu mettes ces vieilles godasses » (le tutoiement est un signe : elles sont bien de la même famille…). Alors la petite mamie ratatinée par l’effort de ces 25 ou 30 marches qui représentent pour elle un sommet alpin, lâche simplement : « ben oui ».
Ben oui. C’est exactement ce qui me vient à l’esprit en sortant, enfin, du trou de la FNAC. Un livre sous le bras. De poche bien sûr. Sur la couverture, une jeune et jolie femme répondant au nom d’Hélène Grimaud. Le titre Leçons particulières , me laisse deviner un printemps radieux. Je regarde s’éloigner la vielle dame et son soutient. Le ciel est azuréen, les yeux d’Hélène Grimaud sont verts comme l’amour. Les « leçons particulières » commencent par une palette de couleurs. Le vieillesse n’est qu’un état d’esprit, me dis-je, enfourchant ma bécane. Bleue.
Changer de chaussures, acheter un livre, sentir son corps.
Et contempler au dessus de la mer et des toitures, les yeux d’Hélène, les yeux d’Hélène, les yeux d’Hélène…


Pour N........e,  estime et reconnaissance... Pour David aussi, pour cette photo "papillon" qui n’appelle pas d’autre commentaire que la contemplation.



Par Fred Sabourin - Publié dans : émerveillement
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