Mercredi 20 décembre 2006 3 20 /12 /2006 00:19

                                                               perplexe…

          Vous allez dire que les anges, décidément, me laissent perplexe. Il y a eu celui de Toulouse, un beau jour d’été, du côté de la place de la Daurade. Ceux d’un soir pianotant un air de jazz qui font vibrer le cœur des grands. Puis celui du train St Lazare – Versailles, rive droite, fou prophétique. Il y a maintenant ceux de Fourvière, et de la rue Monge, ou des brasseries à l’heure du déjeuner. Des endroits insolites autant qu’inattendus, des visages, des figures, des rencontres provoquées ou au hasard d’un coup de téléphone. Au détour d’une rue, d’une place, d’un monument.
Celui de Fourvière, sur la colline de Lyon, précède le lion du désert des soirs tombant. Derrière son dos, il trône, de ses ailes déployées, le doigt sur la bouche, semblant retenir un secret au delà de l’audible. Cet ange statufié est tout simplement… perplexe. La foi en points de suspension. Reflet de l’humain qui s’interroge, avance plutôt que de reculer, interpellant le passant dans sa pérégrination au devant de la réalité.
A l’entrée de la basilique, il m’accorde le droit et la liberté de dire à ceux qui se posent des questions : laissez la perplexité exercer son pouvoir de libération. Le désir d’aimer et de rencontrer ceux et celles qui sont sur son passage. Là, maintenant. En attente d’un ailleurs qui se fait toujours espérer. Mais qui approche, imperceptiblement, sûrement aussi.
La rencontre de l’être cher se fait attendre. Il n’est pas loin pourtant. Patiemment elle se rapproche, lorsque la reconstruction se fait plus sûre.
Au delà de la perplexité, la vertu principale de l’ange, et de l’homme, c’est la patience. Elle a commencée sur le continent indien, à l’orient de l’automne. Traversant l’hiver, elle sortira, très probablement, de la longue saison qui commence. Le printemps sera beau, car il aura la couleur de la lumière.
Le doigt sur la bouche, avant que lui même ne désigne l’amour qu’il attend, le cœur au chaud, prêt à tout. Sans être perplexe, mais avec assurance. Et libre.


(pour Bruno, Claire-Anne, Henriette, Jean-Guilleme, Loïc, Aurélie, Arnaud, Jeanne, Didier, Marc, Marie, Benoît, Emilie, Thierry, Laetitia, Jean-Marc, Thibault, Olivier, Bénédicte, Cécile, Hugues, Vanessa, Didier, Sophie, Lionel, Anne-Laure, Xavier, Claire, Paul, Laurence, Isabelle, Michel, Claire…)


Par Fred Sabourin - Publié dans : l'évènement
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Vendredi 15 décembre 2006 5 15 /12 /2006 18:44

C'est beau une ville le soir... Le coeur en hiver. Quand le bleu laisse la place à la brume, pour que s'illumine, enfin, les planètes suspendues au couteau du boucher... Les enfants peuvent goûter de tartines au chocolat, et courir vers le week-end. Il règne une sorte de fièvre de début de shabbat... Le Malka des lions pourra bientôt distiller la sagesse, à ceux qui la souhaiteront. Même l'ange est perplexe : le doigt sur la bouche empêche le serment de se dire. Il est donc à vivre...

Rien d'autre à dire, sinon que l'oeil peut fonctionner quand les pieds, quelques encablures plus bas, le porte là où personne ne voit. (rien d'autre à dire... pour l'instant ! car la plume va bientôt se faire prolongement de l'oeil...)   à suivre...

Par Fred Sabourin - Publié dans : l'évènement
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Jeudi 7 décembre 2006 4 07 /12 /2006 00:00

                               béatitudes, les pieds dans la neige  de l’Ossau

    Heureux les contemplatifs : ils verront souvent de belles choses que d’autres ne verront jamais.
Heureux ceux aiment combattre : la vie est là pour leur fournir des occasions de le faire.
Heureux ceux qui aiment marcher, la terre est grande, belle et ronde : ils n’ont pas fini d’en faire le tour.
Heureux ceux qui aiment la mer : elles noie les secrets inaudibles, et les transforme en pluie.
Heureux ceux qui aiment la montagne : sur les sommets, il n’y a pas d’encombrements.
Heureux ceux qui savent se mettre en danger : ils prennent des risques inconsidérés, mais ça peut donner du fruit.
Heureux ceux qui savent aimer jusqu’au bout d’eux mêmes : ils ne savent pas encore s’ils seront récompensés, mais ça prouve qu'ils sont vivants.
Heureux ceux qui pleurent à cause de l’amour : ils peuvent toucher le fond, et d’autres cœurs.
Heureux ceux qui savent perdre du temps : ils sauront rester jeunes.
Heureux ceux qui savent prendre du temps : ils connaissent la joie et l’excitation des joueurs.
Heureux ceux qui savent être patients : ils ont raison.
Heureux êtes vous si vous recherchez la paix : c’est le meilleur moyen de la retrouver.
Heureux êtes vous si vous êtes libre : ça coûte cher, mais c’est le meilleur moyen de trouver le bonheur.

(Marc et Bénédicte dans la montée vers les lacs d'Ayous, dans les Pyrénées du haut Ossau, le 2 décembre. Un autre Austerlitz...)

(l'Ossau ne lèvera pas plus le voile... Pudique ou impressionné par ses fidèles marcheurs ?)

 (la redescente dans la vallée est toujours une petite mort en soi. Le chant du torrent indique en réalité une renaissance... On peut y boire, l'eau n'est jamais la même)

 

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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Lundi 4 décembre 2006 1 04 /12 /2006 09:14

                                                       un pont, entre deux rives

         La vie des hommes est parfois faite de ruptures plus ou moins brèves, plus ou moins douloureuses. Entre eux s’instaurent une distance, des silences, qui ressemblent à ces fleuves. Tant qu’il y a un pont, les deux communiquent avec une facilité déconcertante. On y fait même plus attention. C’est aussi pour ça qu’on a construit des ponts : pour qu’on les oublie. Eloignés et puis soudain si proches. Traversés en tous sens. En dessous, coulent la Garonne, la Seine ou tout autre cordon ombilical qui permet de s’y admirer, de voyager, d’y noyer sa douleur : le fleuve absorbe tout, du murmure d’amour au cri déchirant des regrets.
La vie des hommes ressemble à ces histoires de ponts. Chacun sur sa rive, ils cherchent à se rejoindre. On imagine pas à quel point, parfois, cela peut être compliqué. Alors qu’il suffit de passer le pont. Entre deux rives.



« L’autre rive ! Avant tout, on doit apprendre à oublier qu’il existe une autre rive. Car la rive est toujours là quand c’est nécessaire. De même que, dans le rêve, le moyen d’éviter l’anéantissement, c’est de se réveiller, dans un voyage sous-marin, le rivage est toujours là à propos, dès qu’on a décidé de s’en sortir. La folie ne survient que lorsqu’on n’est pas certain d’en être capable. La mort qui nous attend tous est l’amnésie qui afflige inévitablement le rêveur qui refuse de se réveiller au moment crucial. Des générations entières d’hommes ont ainsi trépassé dans leur sommeil, si bien que la mort est devenue une habitude. C’est arrivé à ceux qui se sont embarqués pour un long voyage – je veux dire ceux qui ont voulu parvenir à la frontière d’une autre réalité – lorsque à un moment donné ils ont brusquement perdu la foi, et par la même occasion le contact avec toute réalité, la plus évanescente fût-elle ».
Henry Miller, ("le pont de Brooklyn") dans : L’œil qui voyage (1939)

Par Fred Sabourin - Publié dans : voyage, voyage...
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Dimanche 26 novembre 2006 7 26 /11 /2006 18:00

                                                                     miracle !

             

            On ne le dira jamais assez : le théâtre du peuple se joue chaque jour dans les transports en commun. Cette fois-ci, c’est dans un train de banlieue, un samedi après midi. Tout est calme. Keith Jarrett joue du piano dans mes oreilles, rien ne peut me perturber. Sauf quand deux hommes s’assoient dans le carré de sièges devant moi, et trouvent un petit livre bleu. Ils se retournent, pour savoir à qui il appartient. Un homme « d’un certain âge » les regarde et s’écrit : « miracle ! ». Le piano est recouvert par cette injonction de victoire. Je retranscris fidèlement le dialogue :
- si, si, c’est un miracle !
- je ne sais pas si on peut aller si loin
, dit l’homme qui a trouvé le livre

- ah si ! et vous savez pourquoi ?
- non
(l’homme est un peu stupéfait, son ami à côté de lui s’étouffe de rire)
- parce que c’est une bible ! c’est ma bible ! je l’avais perdue sur ce siège et vous l’avez retrouvée ! Regardez, j’ai souligné les passages les plus importants !
(là, il ouvre l’évangile, les trois quart des pages sont coloriées de marqueur fluo…). Et ce n’est pas tout : je lis aussi le Coran, regardez : j’ai souligné les passages les plus violents ! (semblable à l’évangile qu’il tient dans l’autre main, le livre est quasi entièrement fluo).
- mais alors, si ça c’est un miracle, il doit y en avoir tous les jours ?
- exactement ! mais on ne les voit pas ! Parce qu’on y fait pas attention !
- oui, mais par exemple, pour moi, un vrai miracle, ça serait que les gens qui meurent de faim ou ont des difficultés importantes soient plus heureux…
- écoutez, moi je suis croyant, j’essaie d’annoncer l’évangile, et la chose la plus importante c’est de faire comme le Christ fait dans les évangiles… ! C’est ça qui peut rendre les gens plus heureux !
La suite part dans des divagations spirituelles et évangéliques, le vieux bonhomme en costume excelle mais en fait trop, un mot n’attend pas l’autre. Les deux hommes se demandent du coup s’ils ont bien fait de retrouver le livre, ou s’il n’a pas été abandonné sur le siège volontairement pour mieux se faire avoir. Autour, le spectacle est aussi profitable : une dame âgée, style 16è arrondissement, fait semblant de se plonger dans son journal (un gratuit distribué dans le métro…). A côté de moi, une jeune femme essaie de lire, mais n’y arrive pas à cause des soliloques entendus derrière elle. Elle souffle d’agacement de manière à ce que tout le monde entende. Mon seul « allié » est un jeune homme vêtu d’une veste de survêtement « flashi » accompagné d’un étui à guitare multicolore. Je croise son regard plutôt amusé par le cours de théologie qui maintenant est bien installé.
La conversation (je devrais dire le monologue, le sermon !) dévie sur la responsabilité des parents dans l’éducation des enfants. Là, je subodore qu’on va parler politique : avec la religion, c’est lié, quoiqu’on en dise ou pense ! Ca ne rate pas : l’homme reprend l’avantage :
- oui, vous avez raison, et d’ailleurs c’est un des points du futur programme de Ségolène Royale, la responsabilité des familles dans l’éducation des jeunes… etc etc.
le vieil homme opine du bonnet, regardant par dessus ses lunettes, et ajoute : moi vous savez, mon cœur est à gauche. Enfin peu importe d’ailleurs…
La jeune femme est de plus en plus agacée par l’évangélisation malgré nous du wagon. Le jeune guitariste sourit franchement. La dame du 16è laisse entrevoir un visage de compassion, qui veut tout dire. Quant à moi je souris aussi, mais discrètement, craignant être repéré dans ma prise de notes. A Chaville, les deux hommes doivent descendre. Ils serrent la main du vieux prophète, qui leur dit, avec toute la bonhommie propre aux hommes de bonnes volonté mais légèrement décalés :
- merci messieurs de ce moment de dialogue. Tout ça à cause de cet évangile retrouvé sur le siège ! C’est un miracle, vous étiez des anges ! Les deux types s’engouffrent dans la porte en souriant.

Ce train allait à Versailles « Rive Droite ». Un homme essayait de parler de Dieu, il semblait avoir des ailes. Un autre lui proposait Ségolène, la nouvelle Immaculée Conception des Français. Je regardais attendri la comédie humaine dans ce qu’elle présente de plus royal. Un ange passa, le silence revint. La femme et le guitariste discutaient ensemble désormais. J’ai réappuyé sur le bouton de mon baladeur, et le piano est revenu.
Ce n’était peut-être pas la vie de château, mais ça y ressemblait…

(en mettant en ligne ce petit moment de bonheur, je me dis qu'il aurait sûrement plu à un grand homme de comédie qui vient de nous quitter. Merci à vous, monsieur Philippe Noiret... )

Par Fred Sabourin - Publié dans : édito
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