Lundi 26 février 2007 1 26 /02 /2007 19:38

                                             tranches de vie, tronche de cake


        Il n’y a pas qu’une candidate aux élections présidentielles pour se livrer à quelques mots fabuleux dont nous avons tous le secret. L’homo ruga, l’homme de la rue, est là pour nous donner quelques tranches de vie qui nous sortent de la « peinartitude » dans laquelle on se vautre, hélas, trop souvent. Récit de choses vues et entendues ces derniers temps, dans différentes villes…


Chez un marchand de tabac dans le 13è arrondissement de Paris (qui vend aussi des tickets RATP) : la dame âgée : donnez-moi un carnet de bus.
Le patron : mais ça fait dix bus ça madame ! comment allez-vous les emporter ?  La dame âgée : c’est pas parce que je suis vieille que tu dois te foutre de ma gueule !  (visiblement ils se connaissent depuis longtemps vu le haut degré d’intimité dans le vocabulaire…).
Moi, derrière, je jubile en silence… Pas pour longtemps.
Le patron : et pour vous, ce sera quoi ? Une demi-douzaine de rames de métro ? 
Moi : euh… non, non… un timbre amende pour un PV de stationnement… (penaud).
Le patron : encore un futur gagnant à l’euro millions !
Moi : je vous dispense de vos commentaires devant tout le monde ! (je n’ai pas le même degré d’intimité que la vieille, et faire un chèque à l’ordre du Trésor Public ne m’a jamais amusé).
La dame âgée (qui n’est pas encore repartie, elle met du temps pour ranger les bus dans son cabas…) : ah non ! Ici, ce n’est pas tout le monde ! Ici, vous êtes rue de Tolbiac monsieur ! 
Je ne dis plus rien, assommé littéralement par les autobus de la RATP, le Trésor Public, et la gouaille rassurante de ces deux acteurs malgré eux.

Dimanche matin, place du Vieux Marché, à Rouen. Une petite fille fait un caprice au bras de sa mère, plutôt bon chic bon genre, mais gênée par le mini scandale de sa mini môme :
La maman : ah non Alice !  Je t’avais dit c’est soit le tour de manège, soit la friandise dans la boulangerie ! (le choix du prénom est un indicateur sociologique précieux pour la remarque sur le bécébégisme de la maman, au demeurant fort jolie et dans la pleine fleur de ses quarante ans).
Alice : mais… puisque j’ai eu le mickey ?! Je peux avoir les deux ! (les enfants sont formidables).
La maman :  ne sois pas bête, ça n’a rien à voir ! Et là, on va à la boulangerie, et on achètera que du pain !
Je souris intérieurement. Du pain, et des jeux ! La petite Alice avait trouvé le vieux ressort, du haut de ses 5 ans… César – maman a rendu son verdict : c’est non…
Ce n’est pas pour rien qu’il y a six siècles on a brûlé Jeanne d’Arc sur cette place !

Un peu plus tard, dans un grand marché de la place St Marc :
Un marchand de pommes très « couleur local », et sentant fort le calva, devise sur la météo, « on a pas eu d’hiver » etc. etc. Benoîtement j’embraye en lui demandant si ça fleurit dans la campagne (histoire de montrer que je m’intéresse malgré mon côté citadin…).
Le marchand de pommes : ah oui ! et plus que ça, les bourgeons même ! Il va falloir qu’on traite comme si on était en mai ! Avec du … ??? (un produit bizarre dont je ne retiens pas le nom).
Moi : ah bon ? (étonnement gênée, j’essaie de ne pas perdre la face) Mais… ce n’est pas trop polluant ?
Le marchand de pommes : nooonnn… ! Ca s’rait pas autorisé ! Mais en revanche les lapins, ils aiment pas !
Moi (étonnement) : ah bon, et comment vous le savez, ils vous l’on dit ? (limite insolent…)
Le marchand de pommes : ben non pardi ! Mais depuis que j’en ai mis, ils ne reviennent plus ! C’est quand même un signe qu’ils doivent trouver ça amère !
Y a plus de saison ! Et les lapins n'aiment pas les produits chimiques ! Tout fout le camp, vivement les élections... Je paie mes pommes. Ce sont des « bénédictins ». Comme pour illustrer le vieux proverbe : "les racines de la littérature sont amères, mais que les fruits sont doux !"
(à suivre…)



Par Fred Sabourin - Publié dans : émerveillement
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Lundi 26 février 2007 1 26 /02 /2007 19:32

                                                       alcool désertique


       Le curé de la paroisse où je me suis rendu à la messe ce dimanche a prêché sur le texte très convenu des « tentations du Christ au désert ».
« Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ». Ce que le texte ne dit pas, mais qui est sous-entendu, c’est qu’il dut aussi avoir soif… On ne saurait mieux comprendre cet état de manque physique, lié aux conditions arides du désert, et à la solitude qu’on peut ressentir après quarante jours dans ces conditions.
Comme le calendrier liturgique nous y invitait, nous étions le premier dimanche de carême, période bénie entre toutes les périodes pour réactiver les bonnes intentions et résolutions à tenir. Traditionnellement, on parle de « privations ». Elles sont censées nous rapprocher de Dieu. Je passe sur le bien fondé de ces arguments de riches, qui généralement ne manquent de rien (en apparence), invitant la masse de ceux dont certains manquent de tout à se priver encore, dans une sorte de spiritualité désertique bien à eux. Je doute que Dieu voit cela d’un bon œil, à moins qu’il ne soit borgne…
Le prédicateur, au demeurant fort sympathique, invita les fidèles présents à se « priver d’alcool pendant ce carême ». Il appuya cette invitation sur une observation sociétale très actuelle : la forte consommation d’alcool chez les jeunes est très préoccupante. C’est vrai, et il prouve ainsi qu’il avait lu la presse ces trente derniers jours. Constat : en soirée, qu’elles soient privées ou dans les grandes écoles (les « futurs élites et dirigeants de notre pays » ajouta-t-il), « les jeunes ne peuvent vivre la fête sans consommer l’alcool dans l’excès, parfois jusqu’au coma éthylique, allant même, pour les plus jeunes, jusqu’à cacher des bouteilles dans les buissons pour boire quand même dans les soirées où les parents, très présents, interdisent l’alcool ».
Je passe sur la réaction émotive palpable et bon chic bon genre de l’assemblée, qui semblait découvrir un phénomène vieux comme le monde, hélas. Les fêtes dionysiaques, ça ne date pas d’aujourd’hui, et si on a le courage de se rappeler l’adolescent ou l’étudiant qu’on a été, on voit très vite de quoi il s’agit. Je m’étonne qu’on s’en émeuve seulement aujourd’hui. Quittons le  sarcasme pour livrer quelques réflexions, que je soumets à votre sagacité.
Je reste perplexe, permettez-moi de le dire, quant au lien que je ne perçois pas entre la privation d’alcool par des adultes présents sur les bancs de cette église aujourd’hui, et l’alcoolisation des adolescents dans les soirées (bien tranquillement dans leurs lits à l’heure de la messe). Où est le lien ? Et quel est-il ? Et comment le faire ? Il y a comme qui dirait un « chaînon manquant ». Comment l’exemplarité prônée dans un sens se répercutera-t-elle vis à vis des autres ? Ca, l’homélie du bon père ne le dit pas, et c’est dommage, car c’est là, je crois, le véritable enjeu.
En effet, l’enjeu n’est pas dans la seule dénonciation d’un phénomène de société qui atteint les classes juvéniles et les classes adultes, même si le passage par la reconnaissance du phénomène est importante, mais insuffisante. L’enjeu n’est pas non plus dans le conseil de privation d’alcool pendant le carême, « sauf le dimanche car le dimanche ce n’est pas le carême ». On sourit à l’évocation de cette trêve qui profitera aux bougnats des bistrots restés ouverts le dimanche !
L’enjeu est beaucoup plus profond, puisqu’il est en amont : pourquoi les jeunes ont-ils besoin de l’ivresse pour exister en soirée, se désinhiber, se sentir plus forts, chasser les angoisses ?
Et la question se pose aussi pour l’adulte : pourquoi ressent-on parfois le besoin d’un petit verre de whisky en rentrant du boulot, les pieds sur la table basse du salon, à la lumière d’un lampadaire Ikéa ?
La réponse, chacun la connaît, ou la suppose : pour chasser les angoisses, une solitude, qu’elle soit physique ou morale, affective ou psychologique. Aucun milieu n’est épargné, même les plus équilibrés.
Pourquoi pour les jeunes, évoluant dans un milieu dit « porteur » (famille unie, sans problèmes sociaux, couples en apparence heureux, enfants gâtés etc.), l’alcool est un palliatif et un allié qui rend « plus fort » ?
Dans le film Un singe en hiver, tiré du roman d’Antoine Blondin, Gabin dit à Belmondo (dialogues de Michel Audiard) : « c’est pas l’alcool qui me manquait le plus, c’était  l’ivresse ». On ne saurait mieux dire.
L’ivresse pour combattre la solitude, l’angoisse, l’ennui, les cœurs secs ou fanés. L’ivresse des grandes profondeurs qui mènent à d’autres angoisses : celle du désert, informe et vide, que nous aurions besoin de remplir d’affection, d’amitié et surtout d’amour. D’estime et d’attentions.
C’est beaucoup plus dur que de se priver bourgeoisement de l’apéro pendant le « carême », qui, lui, finira bien un jour.
Et c’est sans doute à cela que le Christ invite, dans cette quarantaine. Voire plus si affinités…


Par Fred Sabourin - Publié dans : l'évènement
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Vendredi 23 février 2007 5 23 /02 /2007 18:41

                                                 en saignant


          Il n’est jamais facile de débuter. Nul part. L’apprenti, le nouveau, le « bleu », le débutant possède l’angoisse et l’excitation particulières des débuts, pareil à une jeune vierge effarouchée par son premier amant. Il en possède aussi la grâce, et parfois, selon sa maturité, la confiance de ceux qui se savent faillibles, mais ne le montrent pas. Seule la force tranquille de ceux qui marchent sur le bord du toit avec les colombes transparaît, avec renfort de mise en scène.
Enseigner a des points commun avec la comedia del arte : il y a une part de jeu, du haut d'un savoir censé être acquis et possédé par le professeur. Drame et tragi-comédie. Comédie aussi parfois. Lyrisme, de temps en temps. A ceci près qu’aujourd’hui, ce dernier ne prêche pas du haut des planches (l’estrade a disparue), mais au pied… du tableau. A niveau. Sur le sol d’une classe qui bien souvent n’en voit que son dos, en donnant le ‘la.’
J’ai donc joué au professeur, durant dix jours, sans rien montrer de mon inexpérience. Il n’y a pas usurpation ! Il me suffisait juste de changer de registre, hormis un seul : le principe de bienveillance vis à vis d’un public tantôt demandeur, souvent lassé, alternativement agité ou endormi. Trouver le ton juste, asseoir son autorité (« no smile before holidays », comme disent les anglo-saxons), ne pas se tromper de feuilles, naviguer parfois à vu, mais à l’allure d’un paquebot qui refuse de tirer des bords sous les vagues de l’ignorance ou de la peur.
Tout ceci nécessite du travail, scolaire ça va sans dire, mais aussi du travail sur soi. En saignant sur lui même, l’enseignant apprend de ceux qu’il est censé édifier. Etre et avoir, être soit même, surtout.
L’avenir est-il là ? La question reste ouverte.
Et vous pouvez utiliser autant de feuilles de brouillon que vous souhaitez…



 

 

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : édito
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Vendredi 16 février 2007 5 16 /02 /2007 18:38

"Le jour d'après" est légèrement en sommeil ces temps ci, ne vous inquiétez pas, l'auteur n'est pas mis en boîte avec l'abbé Pierre (cf dernier article), mais les temps sont agités et plein de changements ! Bientôt de nouvelles photos et quelques commentaires bien placés.

Merci de votre fidélité, le mois dernier (janvier) vous avez été plus de 1600 visiteurs uniques et cumulés, pour un total de 5000 pages lues. Bravo, courage, merci !

Fred Sabourin, "Le jour d'après..."

 

Par Fred Sabourin - Publié dans : l'évènement
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Vendredi 26 janvier 2007 5 26 /01 /2007 21:00

                              Pour qui sonne le glas ? 


        Bravant le froid qui devait ressembler à celui de l’hiver 54, et non loin du fameux boulevard Sébastopol, plus de trois milles personnes se sont recueillis sur le parvis de Notre Dame de Paris vendredi dernier, pour les obsèques du pèlerin d’Emmaüs.
 «Georges, toi qui es tout cassé, trouves-en un deuxième comme toi, et ensemble, allons en soulager un troisème ».  Les propos de l’Abbé Pierre, lors de la fondation de la première communauté d’Emmaüs, avaient donc pris des proportions fortes. A l’intérieur de la cathédrale, le protocole républicain, souhaité par le Président Chirac lui même, était légèrement écorné, pour respecter les dernières volontés de « l’Abbé » qui ne fut jamais tendre envers les gouvernants : aux premiers rangs, les compagnons d’Emmaüs. Derrière eux, les « officiels » et les gens « importants ». Sans doute une image prophétique de l’au-delà. Dans son mot d’accueil, Martin Hirsch, l’actuel président de l’association, a donné le ton : « La meilleur façon de lui rendre hommage, ce sera de continuer son combat ». Précision qu’il n’était sans doute pas inutile de rappeler à une assemblée composée donc pour une part de personnalités politiques de haut rang, en exercice, ou l’ayant été… Dans son homélie, le cardinal archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, s’est appuyé sur trois images tirés de l’évangile de Luc (le récit des pèlerins d’Emmaüs) : « la route, la parole, le pain ». Trois mots, trois piliers de la vie de l’Abbé Pierre, et de beaucoup de compagnons avec lui. « Nous reprenons la route, d’un bon pas, pour aimer et servir les autres, jusqu’à notre dernier souffle ».
A l’extérieur, au son du glas, un silence glacial s’est emparé d’une assemblée hétéroclite recueillie. A cet instant, les mouchoirs sont sortis des poches, parfois crasseuses de ceux dont on dit volontiers qu’ils ont des « trognes » plutôt que des visages et des figures. Parmi le public de parisiens parfois bon chic, bon genre, beaucoup de « sans » : sans travail, sans logement, sans propreté, sans beaux habits, sans papiers, mais pas sans espoirs. Car ils ont parfois croisé, en vrai ou par l’intermédiaire des compagnons, celui pour qui « les autres » étaient devenus une préoccupation de tous les instants. Depuis que son père lui avait dit, enfant : « et les autres ? Tu n’y penses pas aux autres ? ». Pour Jean-Pierre, sans domicile fixe depuis dix ans, « Emmaüs m’a permis de ne pas mourir dans la rue, alors pour moi, l’abbé Pierre c’est comme un père ». Jeannine, soixante ans, est en larmes : « qui va prendre le relais maintenant ? Et tous ces hommes politiques là qui ne font rien ou presque ». La révolte à fleur de peau, à la mesure de la peine.
Puis lentement, accompagné de nouveau par le glas dans le ciel froid de Paris en pleurs, le cercueil a traversé le parvis, la foule, le peuple des petits dont il faisait partie, au non de l’amour. « La vie m’a appris que vivre, c’est un peu de temps donné à nos libertés pour apprendre à aimer, et se préparer à l’éternelle rencontre avec l’Eternel Amour. Cette certitude-là, je voudrais pouvoir l’offrir en héritage. Elle est la clé de ma vie, et de mes actions », disait-il dans son « Testament » en 1994.
Cette rencontre est enfin arrivée, et elle ne regarde que Dieu et son fidèle compagnon. Sur le parvis de Notre Dame, il y a eu la dernière rencontre des hommes et femmes qui lui ont rendu un hommage poignant, avec un mot qui à lui seul suffit pour dire l’amour d’un proche : « merci, l’Abbé ! ».




 

 

 

 

 

 

 

 

(en rentrant, dans le métro, je suis tombé sur cette affiche et ce slogan. On achève bien les chevaux, même s'ils valent de l'or, mais la question posée par l'affiche prend une actualité singulière...) 

Par Fred Sabourin - Publié dans : l'évènement
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