Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /Juil /2008 21:02

 

Lyon est en finale, avec Marseille, Paris, Toulouse et Bordeaux, pour devenir « capitale européenne de la culture » en 2013.
Date qui, cela ne vous aura pas échappé, tombera un an après l’élection présidentielle, et Dieu lui-même ignore encore ce qui se passera cette année-là, et encore plus d’ici là !
Mais bon. Lyon veut devenir capitale européenne de la culture, et elle s’en donne les moyens. Sans doute ses concurrentes aussi. Elle a ses chances ceci dit.
Alors, pilier de la culture, Lyon communique. Quatre par trois JC Decaux dans toute la cité.
Sur l’un d’eux, le  visage « d’un homme de couleur », expression à la con car en réalité le noir est l’absence de couleur. Il y a du politiquement correct dans l’air, me dis-je en voyant la photo pour la première fois. De l’audace, enfin ! Il y a certes encore du chemin à faire, mais pour une fois qu’on ne nous sert pas sur une publicité institutionnelle une bonne tête de blond,  race des purs, ou une belle brune pas trop typée sud mais plutôt de race parisienne… 
Ah oui mais voilà : je regarde mieux la photo, et ce que je crois être un méchant reflet d’un néon mal réglé est en réalité un effet volontaire de la part de l’infographiste sûrement aidé par un logiciel de retouche photo qui permet de « blanchir le noir ».
Pour faire moins nègre.

Pour faire plus propre sur le placard quatre mètre sur trois. Chez Gérard Colomb, faut pas trop blaguer avec certaines audaces. C’est bien un homme de couleur, mais pas trop, en fait. C’est vrai quoi ! La parité a des limites, quand même !
Il ne faudrait pas effaroucher le bon bourgeois de la « presqu’île », ghetto de la frange culturelle candidate pour 2013. On ne sait jamais, si par hasard le ministre des reconduites à la frontière, Brice H. passait dans le coin. Il serait fichu de lui demander ses papiers !
Vous voyez l’affaire si, comme dans des restaurants chics du 1er et 2è arrondissements il n’en avait pas ?



Par Fred Sabourin - Publié dans : étonnement
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Dimanche 6 juillet 2008 7 06 /07 /Juil /2008 19:42

Belledone apparaît au centre d'un lac  des Grandes Rousses, perché dans le plan de Cavalles (2600m)



Lac de Grand Maison, vu du Col du Sabot (2100m). Au fond, le toit de l'Europe.


(à suivre...)
Par Fred Sabourin - Publié dans : montagne
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 18:00

                                       Comme un arbre dans la ville



Je suis né dans le béton, coincé entre deux maisons, sans abri, sans domicile, comme un arbre dans la ville.
Comme un arbre dans la ville, j’ai grandi loin des futaies, où mes frères des forêts ont fondé une famille, comme un arbre dans la ville.
Entre béton et bitume, pour pousser je me débats, mais mes branches volent bas. Si près des autos qui fument, entre béton et bitume.

Comme un arbre dans la ville, j’ai la fumée des usines, pour prisons et mes racines, on les recouvrent de grilles, comme un arbre dans la ville.
Comme un arbre dans la ville, j’ai des chansons sur mes feuilles, qui s’envoleront sous l’œil de vos fenêtres serviles, comme un arbre dans la ville.
Entre béton et bitume, on m’arrachera des rues, pour bâtir où j’ai vécu des parkings d’honneur posthume, entre béton et bitume.

Comme un arbre dans la ville, ami fais après ma mort, barricades de mon corps, et du feu de mes brindilles, comme un arbre dans la ville.

Maxime Le Forestier.

rue des Bons enfants, Rouen

île Barbe, Lyon
Par Fred Sabourin - Publié dans : émerveillement
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Samedi 21 juin 2008 6 21 /06 /Juin /2008 14:00
                                                  Le petit pêcheur



        Il est arrivé en roller. Sur son dos, un sac. Accrochées au sac, des perches. Méticuleusement, il s’est débarrassé de ses rollers, pour enfiler une paire de chaussures. Bateau, naturellement. Puis, lentement, avec assurance, il a ouvert le sac, sorti le matériel rangé dedans. Des perches, des boîtes, des machins et des trucs. Il a monté un petit trépied à vis, puis un deuxième, installé le râtelier. Ca y est, cette fois, c’est sûr : c’est un pêcheur. Il a déplié une première canne, installé le moulinet. Le tout – faut-il le préciser encore une fois – dans un calme profond, ignorant les rires et quolibets de la petite bande de jeunes assis tout près. Non loin de là, des notes d’une flûte traversière dégringolaient comme un ruisseau se jetant dans le Rhône, tumultueux après les pluies fournies de ces dernières semaines. Un joueur de flûte faisait une ode au fleuve. Un petit pêcheur s’apprêtait à en recueillir les fruits. Les jeunes ont fini par quitter les lieux, à la recherche d’une autre activité à faire, traîner son ennui ailleurs. La pêche exige de la patience. Difficilement compatible avec leurs estivales errances.
Le petit pêcheur, dans un geste sûr, a jeté une première ligne à l’eau, lestée d’un plomb. Il a mouliné légèrement, juste assez pour tendre le fil, mais pas trop. Emporté par le courant, celui-ci s’est figé. Il a posé la canne sur le râtelier ad hoc, avec une délicatesse infinie, comme si il avait bordé quelqu’un dans sons lit. Il a vérifié le moulinet, un léger cliquetis pour s’assurer du bon départ du fil, au cas où.
Puis il a monté une deuxième ligne, de la même manière que la première. Puis il a attendu. Les mains dans les poches. « Son paletot aussi devenait idéal ».

Petit pêcheur du Rhône, ta patience t’honore. Au bord du fleuve en furie, reste calme. Car c’est ainsi, petit pêcheur du Rhône, que tu deviendras grand.

J’avais apporté un livre. Il ne m’a servi à rien. Je le lirai demain.




Par Fred Sabourin - Publié dans : émerveillement
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Mercredi 18 juin 2008 3 18 /06 /Juin /2008 16:11

                                    Et on s’endort toutes les nuits, dans les casernes

photo Marc Lucas (le 6è RPIMa de Mont-de-Marsan transformé en maison de l'intercommunalité)

     Décidément, le Tout Puissant de la République, Président dit d’ouverture, est en réalité un président de fermeture. Après les maternités non rentables, les tribunaux idoines, les classes d’écoles, les services publics divers et variés, voici le temps pour les casernes de passer sous la férule de Monsieur Ouverture.
A voir l’acharnement avec lequel il conduit ses réformes, en y pesant de tout son poids, et en « assumant ses responsabilités » (on s’en rappellera t’inquiète pas !), il y a fort à parier que le coquin, s’il avait enfilé un treillis kaki lors du service militaire qu’il ne fit pas, aurait ciré les chiottes d’une caserne d’un régiment de lance-pierres du côté de Mourmelon, durant douze mois, au moins ! Ou bien - pire alors - il aurait peut-être été de ces abominables caporaux, surnommés à juste titre « cabots », jaloux de leurs maigres privilèges à faible responsabilités, faisant régner la terreur, du moins jusqu’à ce qu’un plus haut gradé n’entre dans la pièce, et change la donne.



Des casernes vont fermer. Dont acte. La menace se déplace, est-il besoin d’entretenir la blancheur des ponts de bateaux, les planchers des bâtiments à l’architecture si glamour, est-il besoin, enfin, de maintenir dans des villes déjà mourantes des garnisons qui n’étaient quasiment leur unique source d’activité économique ? Que pourraient donc devenir Langres, Chaumont, Dieuze, Bitche, Bourg-Saint-Maurice, Châteauroux, Lunéville ? Leur nom n’évoque qu’une curiosité géographique qui poussera, peut-être, à consulter un atlas pour situer où sont ces charmantes villes mourantes, et néanmoins françaises. Ou : comment passer, pour ces petites villes, de l’acharnement thérapeutique à l’accompagnement des mourants. Il se trouvera même, parmi ces villes dites de garnison, des électeurs du petit Nicolas… Gageons que les élus locaux savent désormais à quoi s’en tenir.



Les anti-militaristes vont se réjouir : on ferme des casernes ! Le vieux rêve commencé bien avant le Front Populaire va se poursuivre. Au bénéfice, en passant, du renseignement : 12000 espions au service très spécial de sa très gracieuse majesté, un belle Division en réalité.
L’avantage des casernes, outre qu’elles avaient ce côté gentiment désuet, fait de corvée de chiottes, de permissions suspendues, de chambrées de douze, de gaîtés d’escadron, de longues heures d’attentes en short par zéro degré le lundi matin dans une cour brumeuse, et, pour certains, un parfum de mauvais souvenir par anticipation (ils ont préféré déserter !), elles avaient l’avantage d’être visible, audible, et souvent aussi le poumon économique depuis plusieurs siècles. Une page se tourne.
Avec les espions, ce sera beaucoup plus difficile…
Surtout quand on sait qui les dirige.



Laissons à Jacques Brel, une fois encore, le soin d’illustrer de façon fort pertinente, le propos.

« L’âge idiot c’est à vingt fleurs
quand le ventre brûle de faim
qu’on croit se laver le coeur
rien qu’en se lavant les mains
qu’on a les yeux plus grands que le ventre
qu’on a les yeux plus grands que le cœur
qu’on a le cœur encore trop tendre
qu’on a les yeux encore plein de fleurs
mais qu’on sent bon les champs de luzerne
l’odeur des tambours mal battus
qu’on sent les clairons refroidis
et les lits de petites vertu
et qu’on s’endort toutes les nuits
dans les casernes.

L’âge idiot c’est à trente fleurs
quand le ventre prend naissance
quand le ventre prend puissance
qu’il vous grignote le cœur
quand les yeux se font plus lourds
quand les yeux marquent les heures
eux qui savent qu’à trente fleurs
commence le compte à rebours
qu’on rejette les vieux dans leur caverne
qu’on offre à Dieu des bonnets d’âne
mais que le soir on s’allume des feux
en frottant deux cœurs de femmes
et qu’on regrette déjà un peu
le temps des casernes.

L’âge idiot c’est soixante fleurs
quand le ventre se ballotte
quand le ventre ventripote
qu’il vous a bouffé le cœur
quand les yeux n’ont plus de larmes
quand les yeux tombent en neige
quand les yeux perdent leur piège
quand les yeux rendent les armes
qu’on se ressent de ses amours
mais qu’on se sent des patiences
pour des vieilles sur le retour
ou des jeunes en partance
et qu’on se croit protégé
par les casernes.
(…)


Par Fred Sabourin - Publié dans : édito
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